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Gemeaux est un petit village à 30 km au nord de Dijon. Germaine, sœur aînée d’Yvonne et Albert de Gemeaux, est née le 17 septembre 1888 au château du même nom. De huit ans plus jeune qu’Elisabeth, elle ne fait pas partie du premier cercle de ses amies intimes, mais lorsque les Sourdon invitent madame Catez et ses filles à passer quelques jours de vacances dans leur maison de Gemeaux, à 200 m du château, les deux familles y sont souvent invitées.
C’est au château que fut prise la photo d’Elisabeth pianiste, en 1993 alors qu’elle venait de remporter le premier prix de piano au Conservatoire de Dijon. C’est là aussi qu’elle se rendit plusieurs fois avec grand bonheur pour la procession de la Fête du Saint Sacrement qui partait du château jusqu’à l’église du village. Elle décrit même, dans une rédaction, « le splendide reposoir : il s'élevait à la hauteur d'un deuxième étage » !
En 1896, Elisabeth, 16 ans, demande à sa petite amie de 8 ans : « Germaine, que ferez-vous quand vous serez grande ? ── Je serai carmélite ». Elisabeth court vers sa mère : « Maman, Germaine dit qu’elle sera carmélite ! ── Tais-toi ! » répond vivement madame Catez… En 1901, toujours à Gemeaux, alors qu’Elisabeth est au piano, sa mère, en pleurant, annonce à ses hôtes que sa fille va entrer au Carmel. Germaine accueille cette confidence avec une joie profonde et une certaine envie.
C’est l’acte de naissance d’une véritable amitié. Entre ses 14 et ses 18 ans, Elisabeth lui écrira huit lettres, témoins d’un accompagnement spirituel d’abord marqué par le désir de lui faire partager son enthousiasme pour le Carmel, – on parle déjà de « Germaine de la Trinité » – puis se faisant plus discret sans renoncer à l’exigence.
En fait Germaine entrera à la Visitation de Dijon en 1911, tout en prenant le nom d’« Elisabeth de Sales » : tout un programme !
Françoise, née en 1887, est la fille cadette du comte Georges de Sourdon (1845-1895) et de son épouse Marguerite d’Anthès (1855-1933). Elle a pour sœur aînée Marie-Louise, née en 1883. Dès l’arrivée des Catez à Dijon, les deux familles nouent de profondes relations. C’est chez Mme de Sourdon qu’aura lieu le dîner de première communion d’Elisabeth. Françoise, quatre ans, gardera un souvenir mémorable de cet événement : sa première coupe de champagne ! Lors d’une soirée organisée chez les Sourdon, Elisabeth est invitée à se mettre au piano. « Ce soir-là, disait Mr de Sourdon, grand musicien, cette petite nous arracha des larmes. »
Mme Catez trouvera un soutien fidèle dans l’amitié de la comtesse, veuve en 1895. Elle sera à ses côtés le jour de l’entrée d’Elisabeth au Carmel et viendra passer quelques jours chez elle lors de l’agonie d’Elisabeth. De nombreuses lettres de cette dernière témoignent de la générosité de celle qu’elle appelait « sa seconde maman ».
En deux mots, Elisabeth nous trace le portrait le plus vivant de sa petite « Framboise » pour qui elle éprouve une vive affection… et beaucoup d’ambition ! Elle se reconnaît dans le caractère très entier et ardent de la jeune fille qui lui voue un attachement jaloux. Elle sait rire de ses fantaisies mais ne lui laisse rien passer.
Entrée au carmel, Elisabeth la stimule et l’encourage sans relâche de ses lettres et de ses conseils au parloir. C’est à elle qu’est destinée la longue lettre appelée La grandeur de notre vocation. Après la mort de sa grande amie, Françoise lui rendra cet hommage : « L’amour de Dieu chez Elisabeth était dévorant ». Témoin précieux au procès de béatification, Françoise restera célibataire. Elle meurt à Paris en 1979.
Sa sœur Marie-Louise verra dans son mariage avec Charles Louis Le Pin le 13 mai 1907, six mois après la mort d’Elisabeth, un signe de son amie, qui avait tant prié à cette intention. Elle meurt à Saint Jean de Luz le 25 septembre 1979.
Le capitaine Georges Hallo, né en 1848, marié à Marie de Bellecourt en 1879, est muté à Dijon en 1890 – il y sera nommé commandant en 1893. Il s’installe rue Saint-Lazare, avec son épouse et ses deux enfants, Marie-Louise et Charles, à cinq minutes de la rue Prieur de la Côte-d’Or où demeurent madame Catez et ses filles. Les deux familles sympathisent puis deviennent inséparables : « On se voyait presque tous les jours », dira Charles, de 18 mois plus jeune qu’Elisabeth, le « petit frère » à qui elle écrira sa dernière lettre…
Marie-Louise, qui n’avait qu’un mois de différence avec elle, connut Elisabeth sur les bancs du catéchisme. Une amitié profonde et fidèle naît entre les deux fillettes, et c’est Marie-Louise, sa véritable « amie de cœur » qui recueillera ses confidences les plus intimes : la grâce de sa première communion, ou le sujet de ses méditations : l’agonie de Jésus.
En 1893, le commandant Hallo est muté à Bourges et la famille y déménage, sauf Charles pensionnaire chez les jésuites de Dijon. Deux ans de suite, les Catez sont chargées, aux vacances de Pâques, de le conduire à Bourges pour de joyeuses retrouvailles.
En février 1897, le commandant, malade, doit cesser son activité et se fixe à Dijon, où il meurt le 4 mai, à 49 ans. Madame Catez est là, près de son épouse, et il lui dit : « Madame Catez, j’aime beaucoup vos filles ». Par la suite, Madame Hallo, qu’Elisabeth appelait « sa seconde maman », apporta tout son soutien à la vocation d’Elisabeth, et elle-même fit son « oblation » chez les Filles du Cœur de Marie en mars 1900, alors que Marie-Louise faisait un essai au noviciat du Sacré-Cœur.
La mère et la fille accompagnent Elisabeth au Carmel le 2 août 1901. En 1904 la famille Hallo quitte Dijon et s’installe à Paris, près de la maison des Filles du Cœur de Marie, où Marie-Louise fit à son tour son oblation en février 1904. Charles, marié en 1911, s’engagea dans l’aviation en 1914. Sortant indemne de son avion abattu par l’ennemi, il attribua son salut à Elisabeth dont il portait toujours sur lui la dernière lettre. Revenu à la vie civile, il eut cinq enfants et mourut en 1969.
Marguerite, surnommée Guite, naît le 20 février 1883 à Dijon où son père, le capitaine Catez vient d’être muté. Quand celui-ci meurt le 24 janvier 1887, Guite n’a pas cinq ans. Douce et timide, elle se cramponne à sa bouillonnante aînée qui lui voue une affection débordante. Ensemble, elles fréquentent le conservatoire où Guite, pianiste hors-pair, obtient un prix d’excellence en 1896. Voyages, soirées dansantes, piano, vie paroissiale, amitiés, les deux sœurs partagent tout. Brisée de douleur par la vocation d’Élisabeth, Guite saura s’oublier pour le bonheur de son aînée.
Entrée au Carmel, Elisabeth profite de toutes les occasions pour partager son expérience à cette sœur dont elle se sent si bien comprise. Pourtant, c’est un autre chemin que celui du Carmel qui s’ouvre sous les pas de Guite, demandée en mariage par George Chevignard, banquier de son état et violoncelliste passionné. Le mariage est célébré le 15 octobre 1902. Elisabeth aura la joie de connaître ses deux premières nièces, Sabeth et Odette. En octobre 1906 Guite reçoit de sa sœur mourante un ultime message :Le Ciel dans la Foi. Après 23 ans d’un mariage heureux, la mort brutale de son mari laisse Guite veuve à 42 ans, avec neuf enfants. Graves difficultés financières, mort d’un enfant, autant d’épreuves qui la trouvent inébranlable dans sa foi, vivant profondément ce conseil d’Elisabeth : « Mangeons avec amour ce pain de la volonté de Dieu ».
Tous les témoins, et ses enfants les premiers, le confirment : à l’école d’Elisabeth, à travers tous les événements de sa vie d’épouse, de maman, de veuve, Guite a su croire et aimer, sûre de l’Amour « qui plane sur son âme et la nuit et le jour ». Parmi ses neufs enfants, trois se marieront, son fils aîné deviendra prêtre et quatre de ces filles religieuses, dont une, Elisabeth, carmélite. Guite rejoint « la maison paternelle » le 7 mai 1954. Elle a 71 ans.