Être morte à ce qui n'est pas Lui. Ce désir d'Élisabeth va devenir en quelque sorte un programme, alors que la maladie s'abat sur elle et la conduit inexorablement à la mort.
Le premier janvier 1906, alors que les sœurs tirent en récréation les saints protecteurs de l'année, Élisabeth reçoit St Joseph. Elle dit alors :
Saint Joseph est le patron de la bonne mort. Il vient pour me conduire au Père.
Personne ne crut à cela et les sœurs sourirent même de cette espérance.
En fait, Élisabeth est fort atteinte, déjà, par la maladie qui l'emportera. Son énergie et sa volonté lui permettent de trouver la force dans sa foi. Elle confiera à sa Prieure :
Ma Mère, la pensée que je devais vous en parler ne m'est jamais venue ; vos soins, comme les exceptions auxquelles j'étais soumise, restant sans effet, je voyais clairement la volonté de Dieu ; d'ailleurs je craignais toujours d'écouter la nature et de me plaindre ; puis, qu'auriez-vous pu faire de plus pour moi ? Quand vous me donniez un repos, je n'en étais pas soulagée : brisée dans tout mon être, je ne trouvais ni position, ni sommeil profond, en sorte que je n'aurais pu dire qui l'emportait du jour ou de la nuit en fait d'accablement.
La fatigue qui abat Élisabeth prend la forme, vers le milieu du Carême 1906, d'une "maladie d'estomac". Il s'agit en fait de la maladie diagnostiquée plus tard sous le nom de "maladie d'Addison". Ses sœurs, sa famille et ses amis vont alors se mobiliser pour procurer à Élisabeth des aliments que son estomac puisse digérer. Cependant la maladie agit.
Malgré cela, Élisabeth s'oublie elle-même pour penser à ceux qu'elle laisse : sa mère, sa sœur, sa Prieure et ses sœurs, ses amis.
Dans cette perspective elle compose au mois d'août 1906 quatre " traités spirituels ". Trois d'entre eux ont une destinataire précise : sa sœur, une amie, Françoise de Sourdon, et sa Prieure, Mère Germaine de Jésus.
Ici ou à travers ses lettres, elle commence à exercer la mission qu'elle pressent être la sienne :
Il me semble qu'au Ciel, ma mission sera d'attirer les âmes en les aidant à sortir d'elles-mêmes pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s'imprimer en elles, de les transformer en Lui-même.
Quoiqu'en proie à des souffrances qui impressionnent tous ceux qui l'approchent Élisabeth reste profondément unie à Celui auquel, par amour, elle a voulu être configurée.
Le matin 9 novembre 1906, alors que sonne l'Angélus Élisabeth s'élance au sein des Trois.
Ses derniers mots intelligibles auront été :
Je vais à la Lumière,
à l'Amour,
à la Vie !...