Spiritualité

Eucharistie

Les notes d'Elisabeth

Fin juin 1895... Elisabeth a trouvé son sujet de rédaction : elle « racontera » à son amie Marie-Thérèse la procession du Saint Sacrement à laquelle elle a pris part la veille à Gemeaux (Côte d’Or) :
 On se croit au temps où Notre-Seigneur traversait les rues de Jérusalem suivi de ses disciples.
La procession part du château où un splendide reposoir a été monté…

... le vénérable Curé donna la bénédiction et la foule nombreuse se range pour suivre le Saint-Sacrement. On traverse l'étroite rue ornée de branches d'arbres et l'on arrive à la vieille église. Tu ne saurais croire ce que cette cérémonie est touchante…
Et elle regrette :
Quel dommage que ces processions ne se fassent plus dans nos villes ! 
En cette année consacrée à l’Eucharistie, le pape Benoît XVI – dès les premières heures de son pontificat - a demandé aux catholiques de célébrer la Solennité du Corpus Domini avec une importance particulière. Et voici une nouvelle occasion de se tourner vers Elisabeth. Car, Jean Paul II le rappelait dans sa lettre apostolique Reste avec nous Seigneur :

Les exemples des saints sont devant nos yeux. Dans l'Eucharistie, ils ont trouvé la nourriture pour leur chemin de perfection. Combien de fois n'ont-ils pas versé des larmes d'émotion en faisant l'expérience d'un si grand mystère et combien de fois n'ont-ils pas vécu des heures indicibles de joie « sponsale » devant le Sacrement de l'Autel ?
Dans ces paroles se profile le visage d’Elisabeth. N’a-t-elle pas dit littéralement le jour de sa première communion : « Je n’ai pas faim, Jésus m’a nourrie » ? Comment, pour elle, cette nourriture est-elle devenue source de vie ? Essayons de l’entendre à partir de quelques clés offertes par la lettre de Jean Paul II : l’Eucharistie, mystère de lumière et d’amour, épiphanie de communion invitant à l’action de grâce et à la louange.  

Un mystère d’amour
 Il me semble que rien ne dit plus l'amour qui est au Cœur de Dieu que l'Eucharistie: c'est l'union, la consommation, c'est Lui en nous, nous en Lui, et n'est-ce pas le Ciel sur la terre ?
écrit-elle à un séminariste. Car

c'est toujours le désir du Créateur de s'identifier, de s'associer sa créature ! Et ...le premier signe de l’amour c’est que Jésus nous a donné sa chair à manger, son sang à boire... 
Or celui qui mange ma chair
et boit mon sang,
demeure en moi
et moi en lui 
Jn 6, 56
Le propre de l’amour est de toujours donner et toujours recevoir. 
Elisabeth est entrée dans cet échange dès sa première communion, faite à Saint Michel – à  Dijon - le 19 avril 1891. A partir de ce moment elle n’aura plus qu’un désir : communier à nouveau. En effet elle sent qu’ainsi elle donne à Jésus la possibilité de réaliser en elle une œuvre de transformation qui la fait devenir, elle aussi, tout amour. Ne Lui demande-t-elle pas :

O Jésus de l’Eucharistie,
Ecoute-moi, je t’en supplie,
Accorde-moi en ce si beau jour
La sublime vertu d’amour.
(Poésie 21 – Communion du 30 novembre 1894
Et elle sera exaucée ! Car demandant à Jésus sa force, elle vaincra avec Lui son tempérament violent. Avec Lui aussi elle attendra que sa mère lui permette de réaliser son désir : entrer au Carmel.

L’Eucharistie est aussi un mystère de réciprocité d’amour.
Et la réponse à l’amour ainsi offert Elisabeth la donne en s’ouvrant de plus en plus largement à ce Dieu qui repose en mon cœur.
* Avec un désir toujours plus vif de vivre en sa présence. En ayant les yeux, le cœur, la pensée hantés par Lui. En aimant Le visiter, Le prier, désirant par là Lui tenir compagnie et voulant le consoler de la solitude dans laquelle le laissent ceux qui se détournent de Lui, qui l’oublient.
* Avec le désir aussi de lui donner sa vie. Et les moments existentiellement importants d’Elisabeth se vivent pendant son action de grâce – donc après avoir communié : le vœu de virginité, alors qu’elle va avoir 14 ans, par lequel elle se lie à Jésus :

...nous nous donnâmes l'un à l'autre en nous aimant si fort, que la résolution d'être toute à Lui devint chez moi plus définitive encore. 
le choix de l’Ordre dans lequel elle entrera : le Carmel.  


Un mystère lumineux

L’Eucharistie est donc un mystère lumineux pour Elisabeth

* Elle découvre en effet les profondeurs de l’Amour de Dieu. Et elle comprend que Dieu est vivant, vivant au tabernacle – et elle aimera passer tout son temps disponible, avant comme après son entrée au Carmel, devant le Saint Sacrement – et vivant aussi en nos âmes. Elle écrira à une amie :

Je Lui demande de s'imprimer en vous afin que vous puissiez dire avec l'Apôtre : « Je ne vis plus, Jésus-Christ vit en moi » et que vous soyez son sacrement en lequel vos deux chères petites filles le voient toujours.

* Et elle entre dans une connaissance amoureuse du cœur de Dieu qui, en l’unissant à Lui, élargit ses horizons. Ainsi lorsqu’elle sera momentanément empêchée d’aller à la Messe et donc de communier, elle pourra s’écrier :
 Vous n’avez pas besoin du Sacrement pour venir à moi.
En effet cherchant à s’oublier pour faire ce qui plaît au Seigneur, Sa volonté lui devient une nourriture :

C'est si bon, cette présence de Dieu ! C'est là, tout au fond, dans le Ciel de mon âme, que j'aime le trouver puisqu'Il ne me quitte jamais. « Dieu en moi, moi en Lui », oh! c'est ma vie !...
Alors chaque incident, chaque événement, chaque souffrance comme chaque joie est un sacrement qui lui donne Dieu.  Bien sûr, disant cela, elle ne relativise en rien la communion eucharistique. Elle en révèle au contraire la profondeur. Car communiant au corps et au sang du Christ, elle fait sien le désir du Crucifié par amour dont toute la nourriture a été de faire la volonté de Son Père. Elle lui devient alors cette humanité de surcroît, sous l’action de l’Esprit Saint, en laquelle Il renouvelle tout son mystère. Et cette attitude n’est pas propre à la carmélite. Voici ce qu’elle dit à une amie de 8 ans sa cadette :
 « Vous êtes privée de le recevoir aussi souvent que vous le désirez et je comprends si bien votre sacrifice. Mais pensez que son Amour n'a pas besoin de sacrement pour venir à sa petite Germaine: communiez à Lui tout le jour, puisqu'Il est vivant en votre âme. » Lettre 136 du 14 septembre 1902 à Germaine de Gemeaux 

Epiphanie de communion

Ainsi elle fait aussi pressentir cette « spiritualité de communion » dont parle Jean-Paul II.. Car avec beaucoup de délicatesse elle partage les joies et les peines de ses amis. Et elle les entraîne au lieu de son bonheur : l’intimité avec le Seigneur. A une amie elle écrit :

 … pauvre sœur qui êtes privée de recevoir Celui que votre âme désire uniquement; mais, voyez-vous, Il n'a pas besoin du Sacrement pour venir à vous : chaque matin je fais mon action de grâces avec vous; unissez-vous à moi de 7 à 8, voulez-vous ? Puis, à 1 heure je vous retrouve au pied de la Croix où nous nous sommes donné notre rendez-vous.  lettre 42 du 30 mars 1901 à Marguerite Gollot
Et lorsque, du fait de la maladie, elle ne pourra pas communier elle saura elle aussi communier autrement, à travers la visite de sa Prieure :
 Oh ! quelle Mère !… Chaque matin, elle vient faire son action de grâces près de mon petit lit ; je communie ainsi dans son âme, et le même Amour s'écoule dans l'âme de la mère et dans celle de son enfant.

Pour la louange de Sa gloire

Cette vie de communion à Dieu la transforme en hostie de louange pour Sa gloire et elle devient eucharistie, c’est-à-dire selon la signification même du mot : « action de grâce ». Peu de temps avant de mourir, elle veut affermir la foi au cœur d’une jeune amie. Elle lui écrit un certain nombre de recommandations et enfin elle termine :
 Et puis enfin, croîs en l'action de grâces. C'est le dernier mot du programme, il n'en est que la conséquence : si tu marches enracinée en Jésus-Christ, affermie en ta foi, tu vivras dans l'action de grâces. La dilection des enfants de Dieu ! je me demande comment l'âme qui a sondé l'amour qui est au Coeur de Dieu «pour elle » peut n'être pas joyeuse toujours, dans toute souffrance et toute douleur. La grandeur de notre vocation
De l’action de grâce Elisabeth ne donne aucune définition. Elle fait entendre un chant qui monte à travers elle (par seulement à ses lèvres, par tout son être). Chant d’amour et de reconnaissance qui annonce la profondeur de sa foi, elle qui, à travers joie comme à travers toute souffrance a toujours cru à l’Amour.

Elisabeth de la Trinité