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PREMIER
JOUR
Première
oraison.
1.
« Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés y
soient avec moi, afin qu'ils contemplent la gloire que vous m'avez
donnée, parce que vous m'avez aimé avant la création du monde. » Telle est la dernière volonté du Christ, sa prière suprême
avant de retourner à son Père. Il veut que là où Il est, nous y
soyons aussi, non seulement durant l'éternité, mais déjà dans le
temps qui est l'éternité commencée, mais toujours en progrès. Il
importe donc de savoir où nous devons vivre avec Lui pour réaliser son
rêve divin. " Le lieu où est caché le Fils de Dieu, c'est le
sein du Père, ou l'Essence divine, invisible à tout regard mortel,
inaccessible à toute intelligence humaine", ce qui
faisait dire à Isaïe: « Vous êtes vraiment un Dieu caché.
» Et pourtant sa volonté c'est que nous soyons fixés en Lui, que nous
demeurions où Il demeure, dans l'unité d'amour, que nous soyons pour
ainsi dire comme l'ombre de Lui-même.
2.
Par le baptême, dit saint Paul, nous avons été entés en
Jésus-Christ. Et encore: « Dieu nous a fait asseoir dans les
Cieux en Jésus-Christ afin de montrer aux siècles à venir les
richesses de sa grâce. » Et plus loin: « Vous n'êtes plus
des hôtes ou des étrangers, mais vous êtes de la Cité des saints et
de la Maison de Dieu. » La Trinité, voilà notre demeure,
notre « chez nous », la maison paternelle d'où nous ne devons jamais
sortir. Le Maître l'a dit un jour: « L'esclave ne demeure pas toujours
en la maison, mais le fils y demeure toujours » (saint Jean).
Deuxième
oraison.
3.
« Demeurez en moi. » C'est le Verbe de Dieu qui donne cet
ordre, qui exprime cette volonté. Demeurez en moi, non pas pour
quelques instants, quelques heures qui doivent passer, mais «
demeurez... » d'une façon permanente, habituelle. Demeurez en moi,
priez en moi, adorez en moi, aimez en moi, souffrez en moi, travaillez,
agissez en moi. Demeurez en moi pour vous présenter à toute personne
ou à toute chose, pénétrez toujours plus avant en cette profondeur.
C'est bien là vraiment la « solitude où Dieu veut attirer l'âme pour
lui parler », comme le chantait le prophète.
4.
Mais pour entendre cette parole toute mystérieuse, il ne faut pas
s'arrêter pour ainsi dire à la surface, il faut entrer toujours plus
en l'être divin par le recueillement. « Je poursuis ma course », s'écriait saint Paul
; ainsi nous devons descendre chaque jour en ce
sentier de l'Abîme qui est Dieu ; laissons-nous glisser sur
cette pente dans une confiance toute pleine d'amour. « Un
abîme appelle un autre abîme. » C'est là tout au fond que
se fera le choc divin, que l'abîme de notre néant, de notre
misère, se trouvera en tête à tête avec l'Abîme de la miséricorde, de l'immensité du tout
de Dieu. Là que nous trouverons la
force de mourir à nous-mêmes et que, perdant notre propre trace, nous
serons changés en amour.. « Bienheureux ceux qui meurent dans le
Seigneur ! »
DEUXIèME
JOUR
Première
oraison.
5.
« Le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Tout à
l'heure Dieu nous invitait à « demeurer en Lui », à vivre par l'âme
en son héritage de gloire, et maintenant Il nous révèle que
nous n'avons pas à sortir de nous pour le trouver: « Le royaume de
Dieu est au-dedans » !... Saint Jean de la Croix dit que " c'est
dans la substance de l'âme, où ne peuvent atteindre ni le démon ni le
monde " que Dieu se donne à elle ; alors "tous ses
mouvements deviennent divins et quoiqu'ils soient de Dieu, ils sont
également d'elle, parce que Notre Seigneur les produit en elle et avec
elle ".
6.
Le même saint dit encore que " Dieu est le centre de l'âme.
Lorsque l'âme selon toute " sa " force connaîtra Dieu
parfaitement, l'aimera et en jouira entièrement, elle sera arrivée au
centre le plus profond qu'elle puisse atteindre en Lui. " Avant
d'être arrivée là, l'âme est bien déjà " en Dieu qui est son
centre ", " mais elle n'est pas dans son centre le plus
profond puisqu'elle peut aller plus loin. Comme c'est l'amour qui
unit l'âme à Dieu, plus cet amour est intense, plus elle entre
profondément en Dieu et se concentre en Lui " ; lorsqu'elle "
possède un seul degré d'amour elle est déjà en son centre " ;
mais quand cet amour aura atteint sa perfection, l'âme aura pénétré
en son "centre le plus profond. C'est là qu'elle sera
transformée au point de devenir très semblable à Dieu." A cette âme qui vit au-dedans peuvent s'adresser les paroles du
Père Lacordaire à sainte Madeleine: « Ne demandez plus le Maître à
personne sur la terre, à personne dans le Ciel, car Lui c'est votre
âme, et votre âme c'est Lui. »
Deuxième
oraison.
7.
« Hâte-toi de descendre, car il faut que je demeure aujourd'hui en ta
maison. » Le Maître redit incessamment à notre âme cette
parole qu'Il adressait un jour à Zachée. « Hâte-toi de descendre. »
Mais quelle est donc cette descente qu'Il exige de nous sinon une
entrée plus profonde en notre abîme intérieur ? Cet acte
n'est pas "une séparation extérieure des choses
extérieures", mais une "solitude de l'esprit ",
un dégagement de tout ce qui n'est pas Dieu.
8.
"Tant que notre volonté a des caprices étrangers à l'union
divine, des fantaisies de oui et de non, nous restons à l'état
d'enfance, nous ne marchons pas à pas de géant dans l'amour ; car le
feu n'a pas encore brûlé tout l'alliage ; l'or n'est pas pur ; nous
sommes encore les chercheurs de nous-mêmes ; Dieu n'a pas consumé toute
notre hostilité à Lui. Mais quand le bouillonnement de la chaudière a
consumé" "tout amour vicieux, toute douleur vicieuse, toute
crainte vicieuse", "alors l'amour est parfait, et l'anneau
d'or de notre alliance est plus large que le Ciel et la terre. Voilà le
cellier secret où l'amour place ses élus", cet "amour nous
entraîne dans les détours et les sentiers que lui seul connaît ; et il
nous entraîne sans retour, nous ne revenons plus sur nos pas ".
TROISIèME
JOUR
Première
oraison.
9.
« Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et
nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. »
Voici
le Maître qui nous exprime encore son désir d'habiter en nous. « Si
quelqu'un m'aime » ! L'amour, voilà ce qui attire, ce qui entraîne
Dieu jusqu'à sa créature: non pas un amour de sensibilité, mais cet
amour « fort comme la mort et que les grandes eaux ne peuvent éteindre
».
10.
« Parce que j'aime mon Père, je fais toujours ce qui Lui plaît. » Ainsi parlait le Maître saint, et toute âme qui veut vivre à son
contact doit vivre aussi de cette maxime. Le bon plaisir divin doit être sa nourriture, son pain quotidien
; elle doit se
laisser immoler par toutes les volontés du Père à l'image de son
Christ adoré ; chaque incident, chaque événement, chaque souffrance
comme chaque joie est un sacrement qui lui donne Dieu ; aussi elle ne
fait plus de différence entre ces choses, elle les franchit, elle les
dépasse pour se reposer, au-dessus de tout, en son Maître Lui-même ;
elle l'"exalte" bien haut "sur la montagne de son coeur", oui "plus haut
que ses dons, ses consolations, plus haut que les douceurs qui tombent
de Lui ". " La propriété de l'amour est de ne jamais se rechercher, de
ne rien se réserver mais de donner tout à celui qu'il aime. " Heureuse
l'âme qui aime " en vérité, " le Seigneur est devenu son captif par
amour " !
Deuxième
oraison.
11.
« Vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. » Voici saint Paul qui vient nous donner une lumière pour nous
éclairer sur le sentier de l'abîme. « Vous êtes morts » ! Qu'est-ce
à dire? sinon que l'âme qui aspire à vivre au contact de Dieu "
dans la forteresse inexpugnable du saint recueillement "
doit être " séparée, dépouillée, éloignée de toutes choses " (quant à l'esprit). Cette âme " trouve en
elle-même une simple pente d'amour qui va vers Dieu, quoi que fassent
les créatures ; elle est invincible aux choses qui" passent, "
car elle passe au-dessus d'elles visant à Dieu ".
12.
« Quotidie morior. » « Je meurs chaque jour », je diminue, je me renonce plus chaque jour afin qu'en moi le Christ
grandisse et soit exalté ; je " réside " toute petite "
au fond de ma pauvreté ", je vois " mon néant, ma misère,
mon impuissance, je m'aperçois incapable de progrès, de
persévérance, je vois la multitude de mes négligences, de mes
défauts, je m'apparais dans mon indigence ", " je me
prosterne dans ma misère, reconnaissant ma détresse, je l'étale
devant la miséricorde " de mon Maître. « Quotidie
morior », je mets la joie de mon âme (ceci quant à la volonté et non
pour la sensibilité) dans tout ce qui peut m'immoler, me détruire,
m'abaisser, car je veux faire la place à mon Maître. Ce n'est plus moi
qui vis, c'est Lui qui vit en moi : je ne veux " plus
vivre de ma propre vie, mais être transformée en Jésus-Christ afin
que ma vie soit plus divine qu'humaine " et que le Père
en se penchant sur moi puisse reconnaître l'image du Fils
bien-aimé en qui Il a mis toutes ses complaisances.
QUATRIèME
JOUR
Première
oraison.
13.
« Deus ignis consumens . » Notre Dieu, écrivait saint Paul,
est un Feu consumant, c'est-à-dire " un feu d'amour " qui
détruit, qui " transforme en lui-même tout ce qu'il touche ". " Les délices de l'embrasement
divin sont
renouvelées au fond de nous par une activité qui ne se relâche
jamais, c'est l'embrasement de l'amour dans une complaisance mutuelle et
éternelle. C'est un renouvellement qui se fait à toute heure dans le
noeud de l'amour. " Certaines âmes " ont choisi cet
asile pour s'y reposer éternellement, et voilà le silence où elles se
sont en quelque façon perdues ". " Délivrées de leur
prison, elles naviguent dans l'Océan de la Divinité sans qu'aucune
créature leur soit obstacle ou gêne. "
14.
Pour ces âmes, la mort mystique dont saint Paul nous parlait hier
devient si simple, si suave ! Elles pensent beaucoup moins au travail de
destruction et de dépouillement qui leur reste à faire qu'à se
plonger dans le Foyer d'amour qui brûle en elles, et qui n'est autre
que l'Esprit Saint, ce même Amour qui dans la Trinité est le lien du
Père et de son Verbe. Elles " entrent en Lui par la foi vive, et
là, simples, paisibles ", elles sont " emportées par Lui
" au-dessus des choses, des goûts sensibles, " dans la
ténèbre sacrée " et " transformées en l'image "
divine. Elles vivent, selon l'expression de saint Jean, en «
société » avec les Trois adorables Personnes, leur vie est
" commune ", et c'est " là la vie contemplative " ;
cette contemplation " conduit à la possession ". Or
cette possession simple est la vie éternelle goûtée dans le lieu sans
fond. C'est là qu'au-dessus de la raison nous attend la tranquillité
profonde de la divine immutabilité. "
Deuxième
oraison.
15.
« Je suis venu allumer le feu sur la terre et que désiré-je sinon de
le voir brûler? » C'est le Maître Lui-même qui vient nous
exprimer son désir de voir brûler le feu d'amour. En effet, "
toutes nos oeuvres, tous nos travaux ne sont rien devant Lui. Nous ne
pouvons rien Lui donner, ni satisfaire son unique désir qui est de
relever la dignité de notre âme. " Rien ne Lui plaît autant que
de la voir " grandir ". " Or rien ne peut l'élever
autant que de devenir en quelque sorte l'égale de Dieu ; voilà pourquoi
Il exige d'elle le tribut de son amour, la propriété de l'amour étant
d'égaler autant que possible celui qui aime à celui qui est aimé.
L'âme en possession de cet amour " " apparaît avec
Jésus-Christ sur le pied d'égalité parce que leur affection
réciproque rend tout commun entre l'un et l'autre ". «
Je vous ai donné à vous le nom d'amis, parce que je vous ai manifesté
tout ce que j'ai entendu dire à mon Père. »
16.
Mais pour arriver à cet amour l'âme doit s'être auparavant "
livrée tout entière ", sa " volonté doit être
doucement perdue en celle de Dieu " afin que ses
"inclinations ", " ses facultés " " ne se
meuvent plus que dans cet amour et pour cet amour. Je fais tout avec
amour, je souffre tout avec amour: tel est le sens de ce que chantait
David: « Je vous conserverai toute ma force . » " Alors
" l'amour la remplit tellement, il l'absorbe et la protège "
si bien " qu'elle trouve partout le secret de grandir en amour
", " même parmi les relations qu'elle a avec le monde " ; " au milieu des sollicitudes de la vie elle est en droit de
dire: « Ma seule occupation c'est d'aimer » !... "
CINQUIèME JOUR
Première
oraison.
17.
« Voilà que je suis debout à la porte, et je frappe. Si quelqu'un
entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai
chez lui, et lui avec moi. » Heureuses les oreilles de l'âme
assez éveillée, assez recueillie pour entendre cette voix du Verbe de
Dieu, heureux aussi les yeux de cette âme qui sous la lumière
de la foi vive et profonde peut assister à " l'arrivée " du
Maître en son sanctuaire intime. Mais quelle est donc cette arrivée?
" C'est une génération incessante, une illustration sans
défaillance. " Le Christ " vient avec ses trésors, mais tel
est le mystère des rapidités divines qu'Il arrive continuellement,
toujours pour la première fois comme si jamais Il n'était venu ; car
son arrivée, indépendante du temps, consiste dans un éternel «
maintenant », et un éternel désir renouvelle
éternellement les joies de l'arrivée. Les délices qu'Il apporte sont
infinies, puisqu'elles sont Lui-même." " La capacité de
l'âme, dilatée par l'arrivée du Maître, semble sortir d'elle-même
pour passer à travers les murs dans l'immensité de Celui qui arrive ;
et il se passe un phénomène que voici: c'est Dieu qui, au fond de
nous, reçoit Dieu venant à nous, et Dieu contemple Dieu ! Dieu en qui
consiste la béatitude. "
Deuxième
oraison.
18.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en
lui. » " Le premier signe de l'amour c'est que Jésus
nous a donné sa chair à manger, son sang à boire. " " Le
propre de l'amour est de toujours donner et toujours recevoir. Or
l'amour " du Christ est " libéral. Tout ce qu'Il a,
tout ce qu'Il est, Il le donne ; tout ce que nous avons, tout ce que nous
sommes, Il l'enlève. Il demande plus que nous ne sommes par nous-mêmes
capables de donner. Il a une faim immense qui veut nous dévorer
absolument. Il entre jusque dans la moelle de nos os, et plus nous le
Lui permettons avec amour, plus nous le goûtons avec ampleur. "
" Il sait que nous sommes pauvres, mais Il n'en tient aucun compte
et ne nous fait grâce de rien. Il se fait en nous son pain Lui-même,
brûlant d'abord, dans son amour, vices, fautes et péchés. Puis, quand
Il nous voit purs, Il arrive béant comme un vautour qui va tout
dévorer. Il veut consumer notre vie, pour la changer en la sienne, la
nôtre pleine de vices, la sienne pleine de grâce et de gloire, toute
préparée pour nous, si seulement nous nous renonçons. Si nos yeux
étaient assez bons pour voir cette avide appétence du Christ, qui a
faim de notre salut, tous nos efforts ne nous empêcheraient pas de nous
envoler dans sa bouche ouverte. " Cela a " l'air d'une
absurdité ; ceux qui aiment comprendront ! " Quand nous recevons le
Christ " avec le dévouement intérieur, son sang plein de chaleur
et de gloire coule dans nos veines, et le feu prend au fond de nous
", " et la ressemblance de ses vertus nous vient, et Il vit en
nous, et nous vivons en Lui, et Il nous donne son âme avec la
plénitude de la grâce par laquelle l'âme persiste dans la charité et
la louange du Père " ! "L'amour entraîne en soi son objet ;
nous entraînons en nous Jésus, Jésus nous entraîne en Lui. Alors
emportés au-dessus de nous dans l'intérieur de l'amour ", visant
à Dieu, " nous allons au-devant de Lui, au-devant de son Esprit,
qui est son amour, et cet amour nous brûle, nous consume et nous attire
dans l'unité où nous attend la béatitude ". " Jésus-Christ
regardait là quand Il disait : « J'ai désiré d'un grand
désir de manger cette pâque avec vous »."
SIXIèME JOUR
Première
oraison.
19.
« Pour s'approcher de Dieu il faut croire. » C'est saint
Paul qui parle ainsi. Il dit encore: « La foi est la substance des
choses que l'on doit espérer et la démonstration de celles que l'on ne
voit pas. » C'est-à-dire que " la foi nous rend
tellement certains et présents les biens futurs que, par elle, ils
prennent être en notre âme et qu'ils y subsistent avant que nous en
jouissions ". Saint Jean de la Croix dit qu'elle nous sert
de " pieds " pour aller " à Dieu " , et
encore qu'elle est " la possession à l'état obscur ". C'est elle " seule qui peut nous donner de véritables
lumières " sur Celui que nous aimons, et notre âme doit " la
choisir comme le moyen pour parvenir à l'union bienheureuse ". " C'est elle qui verse à flots au fond de nous tous les
biens spirituels. Jésus-Christ, parlant à la Samaritaine, désignait
la foi lorsqu'Il promit à tous ceux qui croiraient en Lui de leur
donner « une source d'eau vive qui rejaillirait jusqu'à la vie
éternelle »." " Ainsi donc la foi nous donne Dieu
dès cette vie, revêtu, il est vrai, du voile dont elle le couvre, mais
pourtant Dieu Lui-même ." " « Quand viendra ce qui
est parfait », c'est-à-dire la claire vision, « ce qui est imparfait
» ou en d'autres termes la connaissance donnée par la foi, « recevra
toute sa perfection .» "
20.
" « Nous, nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous et nous y
avons cru . » C'est là le grand acte de notre foi ; c'est le
moyen de rendre à notre Dieu amour pour amour ; c'est « le secret
caché » au coeur du Père, dont parle saint Paul, que nous
pénétrons enfin, et toute notre âme tressaille ! "
Lorsqu'elle sait croire à ce « trop grand amour » qui est
sur elle, on peut dire comme il est dit de Moïse: « Il était
inébranlable dans sa foi comme s'il avait vu l'Invisible. »
Elle ne s'arrête plus aux goûts, aux sentiments ; peu lui importe de
sentir Dieu ou de ne pas le sentir ; peu lui importe s'Il lui donne la
joie ou la souffrance: elle croit à son amour. Plus elle [?]
éprouvée, plus sa foi grandit, parce qu'elle traverse pour ainsi dire
tous les obstacles pour aller se reposer au sein de l'Amour infini, qui
ne peut faire qu'oeuvres d'amour. Aussi à cette âme tout éveillée en
sa foi la voix du Maître peut dire dans le secret intime
cette parole qu'Il adressait un jour à Marie-Madeleine: « Va dans la
paix, ta foi t'a sauvée. »
Deuxième
oraison.
21.
« Si ton oeil est simple, tout ton corps sera lumineux. »
Quel est cet oeil simple dont le Maître nous parle sinon cette "
simplicité d'intention " qui " rassemble dans l'unité toutes
les forces dispersées de l'âme et unit à Dieu l'esprit lui-même.
C'est la simplicité qui rend à Dieu honneur et louange ; c'est elle qui
Lui présente et Lui offre les vertus. Puis, se pénétrant et se
traversant elle-même, traversant et pénétrant toutes les créatures,
elle trouve Dieu dans sa profondeur. Elle est le principe et la fin des
vertus, leur splendeur et leur gloire. J'appelle intention simple celle
qui ne vise qu'à Dieu, rapportant toutes choses à Dieu. " "
C'est elle qui place l'homme en présence de Dieu ; c'est elle qui Lui
donne lumière et courage ; c'est elle qui le rend vide et libre,
aujourd'hui et au jour du jugement, de toute crainte. " " Elle
est la pente intérieure " et " le fondement de toute la vie
spirituelle ". " Elle foule aux pieds la mauvaise nature, elle
donne la paix, elle impose silence aux bruits vains qui se font en nous.
" C'est elle qui " augmentera d'heure en heure notre
ressemblance divine. Et puis, au-delà des intermédiaires, c'est elle
encore qui nous transportera dans la profondeur où Dieu habite et nous
donnera le repos de l'abîme. L'héritage que l'éternité nous a
préparé, c'est la simplicité qui nous le donnera. Toute la vie des
esprits, toute leur vertu consiste, avec la ressemblance divine, dans la
simplicité, et leur repos suprême se passe sur la hauteur dans la
simplicité aussi. " " Et suivant la mesure de son amour
chaque esprit possède une recherche de Dieu plus ou moins profonde,
dans sa propre profondeur. " L'âme simple, " se
soulevant par la vertu de son regard intérieur, rentre en elle-même et
contemple dans son propre abîme le sanctuaire où elle est touchée
" d'un attouchement de la Trinité sainte. Elle a pénétré ainsi
en sa profondeur, " jusqu'à son fondement qui est la porte de la
vie éternelle ".
SEPTIèME JOUR
Première
oraison.
22.
« Dieu nous a élus en Lui avant la création, afin que nous soyons
immaculés et saints en sa présence, dans l'amour. » "
La Sainte Trinité nous a créés à son image, d'après l'exemplaire
éternel de nous-mêmes qu'elle possédait dans son sein avant que le
monde fût ", en ce " commencement sans
commencement" dont parle Bossuet après saint Jean: « In
principio erat Verbum », au commencement était le Verbe ; et
l'on peut ajouter: au commencement était le néant, car Dieu en son éternelle solitude nous portait déjà dans sa pensée
.
" Le Père se contemple Lui-même " " dans l'abîme de sa
fécondité, et voici que, par l'acte même de se comprendre, Il
engendre une autre personne, le Fils, son Verbe éternel. Le type de
toutes les créatures, qui n'étaient pas encore sorties du néant,
résidait éternellement en Lui, et Dieu les voyait et les contemplait
dans leur type, mais en Lui-même. Cette vie éternelle que nos types
possèdent sans nous en Dieu, est la cause de notre création. "
23. " Notre essence créée demande à rejoindre son principe . " Le Verbe,
" la Splendeur du Père, est le type éternel sur lequel sont dessinées
les créatures au jour de leur création ". Voilà " pourquoi Dieu veut
que, délivrés de nous-mêmes, nous tendions les bras vers notre
exemplaire et que nous le possédions ", " montant " au-dessus de toutes
choses " vers notre modèle ". " Cette contemplation ouvre " à l'âme "
des horizons inespérés ", " elle possède d'une certaine manière la
couronne vers laquelle elle aspire ". Les richesses immenses que Dieu a
par nature, nous pouvons les avoir par la vertu de l'amour, par sa
résidence en nous, par notre résidence en Lui." "C'est par la
vertu de cet amour immense " que nous sommes attirés au fond du "
sanctuaire intime " où Dieu " imprime en nous une certaine image de sa
majesté . " C'est donc grâce à l'amour et par l'amour, comme le
dit l'Apôtre, que nous pouvons être immaculés et saints en présence
de Dieu, et chanter avec David: « Je serai sans tache et je
me garderai du fonds d'iniquité qui est en moi. »
Deuxième
oraison.
24.
« Soyez saints, parce que je suis saint. » C'est le
Seigneur qui parle ainsi. " Quel que soit notre genre de vie ou
l'habit qui nous couvre, chacun de nous doit être le saint de Dieu. " " Le plus saint ", quel est-il donc? " C'est le
plus aimant, c'est celui qui regarde le plus vers Dieu et qui satisfait
le plus pleinement les besoins de son regard. " Comment
satisfaire les besoins du regard de Dieu, sinon en se tenant "
simplement et amoureusement " tourné vers Lui afin qu'Il
puisse refléter sa propre image, comme le soleil se reflète au travers
d'un pur cristal. « Faisons l'homme à notre image et à
notre ressemblance »: tel fut le grand vouloir du Cœur de
notre Dieu. " Sans la ressemblance qui vient de la grâce, la
damnation éternelle nous attend. Dès que Dieu nous voit habiles à
recevoir sa grâce, sa bonté libre est prête à nous donner le don qui
nous donne sa ressemblance. Notre aptitude à recevoir sa grâce dépend
de l'intégrité intérieure avec laquelle nous nous mouvons vers Lui.
" Et Dieu, " nous apportant ses dons ", peut alors "
se donner Lui-même, nous imprimer sa ressemblance, nous absoudre et
nous délivrer ".
25.
" La perfection la plus haute en cette vie, dit un pieux auteur, consiste à rester tellement uni à Dieu que l'âme avec toutes ses
facultés et ses puissances soit recueillie en Dieu", " que
ses affections unies dans la joie de l'amour ne trouvent de repos que
dans la possession du Créateur. L'image de Dieu imprimée dans l'âme
est en effet constituée par la raison, la mémoire et la volonté. Tant
que ces facultés ne portent pas l'image parfaite de Dieu, elles ne lui
ressemblent pas comme au jour de la création. La forme de l'âme, c'est
Dieu, qui doit s'y imprimer comme le sceau sur la cire, comme la marque
sur son objet. Or cela ne se réalise pleinement que si la raison est
complètement éclairée par la connaissance de Dieu, que si la volonté
est enchaînée à l'amour du bien souverain, que si la mémoire est
pleinement absorbée dans la contemplation et la jouissance de
l'éternelle félicité. " " Et comme la gloire des
bienheureux n'est autre que la possession parfaite de cet état, il est
manifeste que la possession commencée de ces biens constitue la
perfection en cette vie. " Pour " réaliser cet
idéal " il faut " se tenir recueillie au-dedans de
soi-même ", " se tenir en silence en présence de Dieu
", tandis que l'âme " s'abîme, se dilate, s'enflamme et se
fond en Lui, avec une plénitude sans limites ".
HUITIèME
JOUR
Première
oraison
26.
« Ceux que Dieu a connus en sa prescience, Il les a aussi prédestinés
pour être conformes à l'image de son divin Fils... Et ceux qu'Il a
prédestinés, Il les a appelés ; et ceux qu'Il a appelés, Il les a
justifiés ; et ceux qu'Il a justifiés, Il les a glorifiés. Après cela
que disons-nous? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?... Qui me
séparera de la charité de Jésus-Christ ? » Tel apparaît au
regard éclairé de l'Apôtre le mystère de la prédestination, le
mystère de l'élection divine. « Ceux qu'Il a connus. » N'avons-nous
pas été du nombre? Dieu ne peut-Il pas dire à notre âme ce qu'Il
disait jadis par la voix de son prophète: « J'ai passé près de vous
et je vous ai considérée. J'ai vu que le temps était venu pour vous
d'être aimée, j'ai étendu sur vous mon vêtement, je vous ai juré de
vous protéger, j'ai fait alliance avec vous, et vous êtes devenue
mienne. »
27.
Oui, nous sommes devenues siennes par le baptême, c'est ce que saint
Paul veut dire par ces paroles: « Il les a appelés » ; oui, appelées
à recevoir le sceau de la Sainte Trinité ; en même temps que nous
avons été faites selon le langage de saint Pierre « participantes de
la nature divine », nous avons reçu « un commencement de son
être »... Puis, Il nous a justifiées par ses sacrements, par
ses " attouchements " directs dans le recueillement " au
fond " de notre âme ; justifiées aussi par la foi et selon la mesure de notre foi dans la rédemption que Jésus-Christ
nous a acquise. Enfin, Il veut nous glorifier et pour cela, dit saint
Paul, Il « nous a rendus dignes d'avoir part à l'héritage des saints
dans la lumière », mais nous serons glorifiées dans la
mesure où nous aurons été conformes à l'image de son divin Fils . Contemplons donc cette Image adorée, tenons-nous sans cesse sous son
rayonnement pour qu'elle s'imprime en nous ; puis allons à toutes choses
dans l'attitude d'âme où s'y rendrait notre Maître saint. Alors nous
réaliserons la grande volonté par laquelle Dieu a « résolu en
soi-même de restaurer toutes choses dans le Christ ».
Deuxième
oraison.
28.
« Il me semble que tout est perte depuis que je sais ce qu'a de
transcendant la connaissance du Christ-Jésus, mon Seigneur. Pour son
amour j'ai tout perdu, tenant toutes choses pour du fumier, afin de
gagner le Christ. Ce que je veux c'est le connaître, Lui, la communion
à ses souffrances et la conformité à sa mort. Je poursuis ma course,
tâchant d'atteindre là où Il m'a destiné en me prenant ; tout mon
souci est d'oublier ce qui est en arrière, de tendre constamment vers
ce qui est en avant ; je cours droit au but, à la vocation à laquelle
Dieu m'a appelé dans le Christ Jésus.» C'est-à-dire je ne
veux plus rien sinon être identifié avec Lui: « Mihi vivere Christus
est », le Christ est ma vie !...
Toute
l'âme ardente de saint Paul passe à travers ces lignes. Pendant cette
retraite dont le but est de nous rendre plus conformes à
notre Maître adoré, plus que cela, de nous fondre si bien en Lui que
nous puissions dire: « Je ne vis plus, c'est Lui qui vit en moi, et ce
que j'ai de vie en ce corps de mort, je l'ai en la foi du Fils de Dieu,
qui m'a aimé et s'est livré pour moi », oh ! étudions ce
Modèle divin: sa connaissance, nous dit l'Apôtre, est si «
transcendante ».
29.
Et d'abord, entrant dans le monde, qu'a-t-Il dit? « Les holocaustes ne
vous sont plus agréables ; alors j'ai pris un corps: me voici, ô Dieu,
pour faire votre volonté . » Durant ses trente-trois années
cette volonté fut si bien son pain de chaque jour, qu'au moment de
remettre son âme entre les mains de son Père Il pouvait Lui dire: «
Tout est consommé », oui, toutes vos volontés, toutes
ont été accomplies, c'est pourquoi « je vous ai glorifié sur la
terre ». En effet Jésus-Christ, parlant à ses apôtres de
cette nourriture qu'ils ne connaissaient pas, leur disait « qu'elle
était de faire la volonté de Celui qui l'avait envoyé ».
Aussi Il pouvait dire: « Je ne suis jamais seul, Celui qui m'a envoyé
est toujours avec moi parce que je fais toujours ce qui Lui plaît . »
30.
Mangeons avec amour ce pain de la volonté de Dieu. Si parfois ces
volontés sont plus crucifiantes, nous pouvons dire sans doute avec
notre Maître adoré: « Père, s'il est possible, que ce calice
s'éloigne de moi », mais nous ajouterons aussitôt: « Non pas comme
je veux, mais comme vous voulez » ; et dans le calme et la force, avec
le divin Crucifié, nous gravirons aussi notre calvaire, chantant au fond
de nos âmes, faisant monter vers le Père une hymne d'action de grâces,
car ceux qui marchent en cette voie douloureuse, ce sont ceux-là « qu'Il
a connus et prédestinés pour être conformes à l'image de son divin Fils
», le Crucifié par amour !
NEUVIèME
JOUR
Première
oraison.
31.
« Dieu nous a prédestinés à l'adoption des enfants par
Jésus-Christ, en union avec Lui, selon le décret de sa volonté, pour
faire éclater la gloire de sa grâce par laquelle Il nous a justifiés
en son Fils bien-aimé, dans lequel nous avons la rédemption par son
sang, la rémission des péchés selon les richesses de sa grâce qui a
surabondé en nous en toute sagesse et prudence... » "
L'âme réellement devenue fille de Dieu est, selon la parole de
l'Apôtre, mue par l'Esprit Saint Lui-même: « Tous ceux qui sont
poussés par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont enfants de Dieu.
» " Et encore: « Nous n'avons pas reçu l'esprit de servitude,
pour nous conduire encore par la crainte, mais l'esprit d'adoption des
enfants dans lequel nous crions: Abba, Père ! En effet, l'Esprit
Lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de
Dieu. Mais si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; je dis
héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ, si toutefois nous
souffrons avec Lui pour être glorifiés avec Lui. » "
C'est pour nous faire parvenir jusqu'à cet abîme de gloire que Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance.
"
«
Voyez, dit saint Jean, de quelle charité nous a gratifiés le Père en
nous donnant d'être appelés enfants de Dieu, et de l'être en
réalité... Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu et on n'a pas
encore vu ce que nous serons. Nous savons que lorsqu'Il se montrera nous
serons semblables à Lui, parce que nous le verrons tel qu'Il est. Et
quiconque a cette espérance en lui se sanctifie, comme Lui-même est
saint. »
32.
Voilà la mesure de sainteté des enfants de Dieu: « être saint comme
Dieu, être saint de la sainteté de Dieu » ; et cela en vivant
en contact avec Lui " au fond de l'abîme sans fond ", « au-dedans ». " L'âme semble alors avoir une
certaine ressemblance avec Dieu, qui tout en prenant ses délices en
toutes choses, n'en trouve cependant jamais autant qu'en Lui-même,
parce qu'Il possède en Lui un bien suréminent devant lequel
disparaissent tous les autres. Aussi toutes les joies qui surviennent à
l'âme lui sont-elles autant d'avertissements qui l'invitent à savourer
de préférence le bien dont elle est en possession et auquel nul autre
ne peut être comparé . " « Notre Père qui êtes aux
Cieux »... C'est dans " ce petit ciel "
qu'Il s'est fait au centre de notre âme que nous devons le chercher et
surtout que nous devons demeurer.
33.
Le Christ disait un jour à la Samaritaine que « le Père cherchait de
vrais adorateurs en esprit et en vérité ». Pour donner joie
à son Coeur, soyons ces grandes adorantes. Adorons-le en « esprit
», c'est-à-dire ayons le cœur et la pensée fixés en Lui, l'esprit
plein de sa connaissance par la lumière de foi. Adorons-le en «
vérité », c'est-à-dire par nos oeuvres, car c'est par les actes
surtout que nous sommes vraies ; c'est faire toujours ce qui
plaît au Père dont nous sommes les enfants. Enfin « adorons
en esprit et en vérité », c'est-à-dire par Jésus-Christ et
avec Jésus-Christ, car Lui seul est le véritable Adorateur en esprit
et en vérité.
34.
Alors nous serons les filles de Dieu ; nous " connaîtrons
de science expérimentale la vérité de ces paroles d'Isaïe: « Vous
serez portés à la mamelle et l'on vous caressera sur les genoux ».
" En effet, " toute l'occupation de Dieu semble être de
combler l'âme de caresses et de marques d'affection, comme une mère
qui élève son enfant et le nourrit de son lait ". Oh !
soyons attentives à la voix mystérieuse de notre Père ! « Ma fille,
dit-elle, donne-moi ton cœur. »
Deuxième
oraison.
35.
« Dieu qui est riche en miséricorde, poussé par son trop grand amour,
alors que nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en
Jésus-Christ... » « Parce que tous ont péché et ont
besoin de la gloire de Dieu, ils sont justifiés gratuitement par sa
grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus, que Dieu a
préétabli propitiation pour les péchés, montrant tout à la fois qu'Il est juste et qu'Il justifie celui qui a foi en Lui
» (saint Paul).
"
Le péché est un mal tellement épouvantable que pour chercher un bien
quelconque ou éviter un mal quelconque aucun péché ne doit être
commis. " " Or nous en avons commis un grand nombre. "
Comment pouvons-nous ne pas " défaillir d'adoration quand nous
plongeons dans l'abîme de la miséricorde et que les yeux de notre âme
sont arrêtés sur ce fait: Dieu a enlevé nos péchés.
" Il l'a dit: « J' effacerai toutes leurs iniquités et je ne me
souviendrai plus de leurs péchés. »
"
Le Seigneur, dans sa clémence, a voulu retourner nos péchés contre
eux-mêmes et pour nous ; Il a trouvé le moyen de nous les rendre
utiles, de les convertir entre nos mains en instruments de salut. Que
ceci ne diminue en rien ni notre terreur de pécher, ni notre douleur
d'avoir péché. Mais nos péchés" "sont devenus pour nous
une source d'humilité."
36.
Quand l'âme "considère au fond d'elle-même, avec des yeux
brûlés d'amour, l'immensité de Dieu, sa fidélité, ses preuves
d'amour, ses bienfaits qui ne peuvent rien ajouter à son bonheur ; quand
ensuite, se regardant elle-même, elle voit ses attentats contre
l'immense Seigneur, elle se tourne vers son propre fond avec un tel
mépris d'elle-même qu'elle ne sait plus comment faire pour suffire à
son horreur ". Ce qu'elle a "de mieux à faire,
c'est de se plaindre à Dieu, son Ami, des forces de son mépris
qui la
trahissent en ne la mettant pas aussi bas qu'elle le voudrait. Elle se
résigne à la volonté de Dieu et, dans l'abnégation intime, trouve la
paix véritable, invincible et parfaite, celle que rien ne troublera.
Car elle s'est précipitée dans un tel abîme, que personne n'ira la
chercher là. "
37.
" Si quelqu'un m'affirmait que d'avoir trouvé le fond c'est
d'être noyé dans l'humilité, je ne le démentirais pas. Il me semble
pourtant qu'être plongé dans l'humilité c'est être plongé en Dieu,
car Dieu est le fond de l'abîme. C'est pourquoi l'humilité, comme la
charité, est toujours capable de grandir. " "
Puisqu'un fond humble est le vase qu'il faut, le vase capable de la
grâce, et que Dieu veut la verser là ", soyons " humbles
". " Jamais l'humble ne placera Dieu assez haut, ni lui-même
assez bas. Mais voici la merveille: son impuissance se tournera en
sagesse, et le défaut de son acte, toujours insuffisant à ses yeux,
sera la plus grande saveur de sa vie. Quiconque possède un fond
d'humilité n'a pas besoin de beaucoup de paroles pour s'instruire ; Dieu
lui dit plus de choses qu'on ne peut lui en apprendre ; les disciples de
Dieu sont dans cette position. "
DIXIèME
JOUR
Première
oraison.
38.
« Si scires donum Dei... » Si tu savais le don de Dieu,
disait un soir le Christ à la Samaritaine. Mais quel est-il, ce don de
Dieu, si ce n'est Lui-même? Et, nous dit le disciple bien-aimé: Il est
venu chez Lui et les siens ne l'ont pas reçu. Saint
Jean-Baptiste pourrait dire encore à bien des âmes cette parole de
reproche: « Il y en a un, au milieu de vous, « en vous », que
vous ne connaissez pas. »
39.
« Si tu savais le don de Dieu... » Il est une créature qui connut ce
don de Dieu, une créature qui n'en perdit pas une parcelle, une
créature qui fut si pure, si lumineuse, qu'elle semble être la
Lumière elle-même: « Speculum justitiae. » Une créature
dont la vie fut si simple, si perdue en Dieu que l'on ne peut presque
rien en dire.
«
Virgo fidelis »: c'est la Vierge fidèle, « celle qui gardait
toutes choses en son coeur » Elle se tenait si petite, si
recueillie en face de Dieu, dans le secret du temple, qu'elle attirait
les complaisances de la Trinité sainte: « Parce qu'Il a regardé la
bassesse de sa servante, désormais toutes les générations
m'appelleront bienheureuse !... » Le Père se penchant vers
cette créature si belle, si ignorante de sa beauté, voulut qu'elle
soit la Mère dans le temps de Celui dont Il est le Père dans
l'éternité. Alors l'Esprit d'amour qui préside à toutes les
opérations de Dieu survint ; la Vierge dit son fiat: « Voici la
servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole »,
et le plus grand des mystères fut accompli. Et par la descente du Verbe
en elle Marie fut pour toujours la proie de Dieu.
40.
Il me semble que l'attitude de la Vierge durant les mois qui
s'écoulèrent entre l'Annonciation et la Nativité est le modèle des
âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans,
au fond de l'abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement
Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui
étaient les plus banales étaient divinisées par elle ! Car à travers
tout la Vierge restait l'adorante du don de Dieu ! Cela ne
l'empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu'il s'agissait
d'exercer la charité ; l'Evangile nous dit que Marie parcourut en toute
diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine
Élisabeth. Jamais la vision ineffable qu'elle contemplait en
elle-même ne diminua sa charité extérieure. Car, dit un pieux auteur,
si la contemplation " s'en va vers la louange et vers l'éternité
de son Seigneur, elle possède l'unité et ne la perdra pas. Qu'un ordre
du Ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes
leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut
qu'elle pleure et qu'elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme
lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le Ciel ce qu'elle
a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève, et
reprend, brûlante de son feu, le chemin de la hauteur.
"
Deuxième
oraison.
41.
« Nous avons été prédestinés par un décret de Celui qui opère
toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons
la louange de sa gloire . »
C'est
saint Paul qui parle ainsi, saint Paul instruit par Dieu Lui-même.
Comment réaliser ce grand rêve du Coeur de notre Dieu, ce vouloir
immuable sur nos âmes? Comment, en un mot, répondre à notre vocation
et devenir parfaites Louanges de gloire de la Très Sainte
Trinité?
42.
" Au Ciel " chaque âme est une louange de gloire au Père, au
Verbe, à l'Esprit Saint, parce que chaque âme est fixée dans le pur
amour et " ne vit plus de sa vie propre, mais de la vie de Dieu ". Alors elle le connaît, dit saint Paul, comme elle est connue de
Lui, en d'autres termes " son entendement est
l'entendement de Dieu, sa volonté la volonté de Dieu, son amour
l'amour même de Dieu. C'est en réalité l'Esprit d'amour et de force
qui transforme l'âme, car lui ayant été donné
pour suppléer à ce
qui lui manque ", comme dit encore saint Paul, " Il
opère en elle cette glorieuse transformation ". Saint Jean de la
Croix affirme que " peu s'en faut que l'âme livrée à l'amour,
par la vertu de l'Esprit Saint ne s'élève jusqu'au degré dont nous
venons de parler ", dès ici-bas ! Voilà ce que j'appelle une
parfaite louange de gloire !
43.
Une louange de gloire, c'est une âme qui demeure en Dieu, qui l'aime
d'un amour pur et désintéressé, sans se rechercher dans la douceur de
cet amour ; qui l'aime par-dessus tous ses dons et quand même elle
n'aurait rien reçu de Lui, et qui désire du bien à l'Objet ainsi
aimé. Or comment désirer et vouloir effectivement du bien à
Dieu si ce n'est en accomplissant sa volonté, puisque cette volonté
ordonne toutes choses pour sa plus grande gloire? Donc cette âme doit
s'y livrer pleinement, éperdument, jusqu'à ne plus vouloir autre chose
que ce que Dieu veut.
Une
louange de gloire, c'est une âme de silence qui se tient comme une lyre
sous la touche mystérieuse de l'Esprit Saint afin qu'Il en fasse sortir
des harmonies divines ; elle sait que la souffrance est une corde qui
produit des sons plus beaux encore, aussi elle aime la voir à son
instrument afin de remuer plus délicieusement le Cœur de son Dieu.
Une
louange de gloire, c'est une âme qui fixe Dieu dans la foi et la
simplicité ; c'est un réflecteur de tout ce qu'Il est ; c'est comme un
abîme sans fond dans lequel Il peut s'écouler, s'épancher ; c'est
aussi comme un cristal au travers duquel Il peut rayonner et contempler
toutes ses perfections et sa propre splendeur. Une âme qui
permet ainsi à l'être divin de rassasier en elle son besoin de
communiquer " tout ce qu'Il est et tout ce qu'Il a ", est en réalité la louange de gloire de tous ses dons.
Enfin
une louange de gloire est un être toujours dans l'action de grâces.
Chacun de ses actes, de ses mouvements, chacune de [?] pensées,
de ses aspirations, en même temps qu'ils l'enracinent plus
profondément en l'amour, sont comme un écho du Sanctus éternel.
44.
Au Ciel de la gloire les bienheureux n'ont " de repos ni jour ni
nuit, disant: Saint, saint, saint, le Seigneur Tout-puissant... Et se
prosternant ils adorent Celui qui vit dans les siècles...
"
Dans
le ciel de son âme, la louange de gloire commence déjà son office de
l'éternité. Son cantique est ininterrompu, car elle est sous l'action
de l'Esprit Saint qui opère tout en elle ; et quoiqu'elle
n'en ait pas toujours conscience, car la faiblesse de la nature ne lui
permet pas d'être fixée en Dieu sans distractions, elle chante
toujours, elle adore toujours, elle est pour ainsi [?] toute
passée dans la louange et l'amour, dans la passion de la gloire de son
Dieu. Dans le ciel de notre âme soyons louanges de gloire de la Sainte
Trinité, louanges d'amour de notre Mère Immaculée. Un jour le voile
tombera, nous serons introduites dans les parvis éternels, et là nous
chanterons au sein de l'Amour infini. Et Dieu nous donnera « le nom
nouveau promis au vainqueur » . Quel sera-t-il ?...
Laudem
gloriae
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Ensemble des écrits
le Ciel dans la foi
Dernière retraite
La grandeur de notre vocation
"Laisse-toi aimer"
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