Le curé de Carlipa, village "familial" d'Elisabeth et où elle allait passer des vacances, nous dit sa joie...
Des chrétiens heureux, un curé comblé...
RECIT COMPLET des FÊTES du CENTENAIRE
à CARLIPA
4 – 12 novembre 2006
par le Père Olivier Escaffit, curé de Carlipa
Samedi 4 novembre soir : Veillée
Si les vacances nous ont privés des adolescents attendus, l’arrivée des Frères Pierre et Jean-Baptiste, Carmes de TOULOUSE au moment de l’eucharistie du soir (qu’ils prirent au pied levé) constitue le premier grand cadeau d’Elisabeth.
Une quarantaine de personnes participeront à la veillée, ce soir. Un concert spirituel entièrement consacré à Élisabeth-poète ! Le frère Pierre n’a rien perdu de son talent et c’est une vraie joie d’entendre pour la première fois Jean-Baptiste chanter sur une mélodie personnelle : « Non, je n’oublierai pas que c’est à Carlipa, dans ce coin de l’univers, que j’ai fais mes premiers vers… »
Dimanche 5 novembre : Ouverture de la semaine
Un « oh ! d’admiration monte des lèvres des premiers arrivants en pénétrant dans ce « petit écrin de prière » qu’est redevenue l’église Saint-Pierre de CARLIPA après bien des efforts de restauration et de décoration. La nef a été repeinte
L'église de Carlipa
Au centre du chœur, au dessus du maître-autel et entouré de belles tentures grenat presque dignes de St-Pierre de Rome, le portrait en pied de la Bienheureuse ! De part et d’autre, des blasons aux armes du Carmel surmontés de drapeaux aux couleurs de l’église et de Marie qui sont aussi (bleu et jaune) les couleurs de Carlipa.
Au dessus de l’arc central du chœur et gracieusement entourées de draperies légères retombant gracieusement de part et d’autre, on peut lire les ultimes paroles d’Elisabeth : « Je vais à la lumière, à l’amour, à la vie », surmontées d’un médaillon représentant la Bienheureuse, jouant de la harpe en présence de la Trinité Sainte : Laudem Gloriae !
Le maître-autel est paré de ses plus beaux ornements de dentelle et de fil d’or et surmonté de plusieurs candélabres garnis de bougies naturelles.
A droite, dans l’avant-chœur qui a été aménagé pour la circonstance et placé bien à l’honneur : l’harmonium tenu par Elisabeth et dont une plaque dorée rappelle qu’elle y a accompagné les offices lors de ses séjours dans la paroisse.
A gauche, la chaire de marbre blanc ornée des statues du Christ et des évangélistes, brille elle aussi d’une splendeur nouvelle : elle va reprendre ses fonctions liturgiques pour les principales célébrations de la semaine du centenaire en faisant office d’ambon.
la chapelle des demoiselles Rolland
La chapelle latérale droite, celle de la Sainte Vierge dite aussi « des demoiselles ROLLAND » a été repeinte il y a quelques semaines à peine et rayonne de toute sa splendeur, comme au temps de ces fêtes de l’Assomption où Elisabeth la contemplait fleurie et illuminée.
Au dessus de l’autel, trois citations d’elle servent de méditations et
d’ornement tout spirituel, reliées par un ruban bleu qui entoure la
niche centrale. Là, la Vierge Immaculée montrant son cœur, la « belle
Vierge » offerte en 1875 en même temps que l’autel par Benoît SEIGNES,
grand-père des demoiselles Rolland, se trouve, gracieusement inclinée et
semblant attendre le reliquaire de la « petite épouse de son Divin
Fils » qui revient ici après avoir reçu « l’honneur des autels ». C’est
sur une console surmontant le tabernacle que le reliquaire va être
déposé dans quelques heures, juste devant la statue de Marie et sur un
beau support conçu par le menuisier local et décoré par Simone (une
fidèle paroissienne) de velours bleu et de galons dorés avec, au centre,
le blason du Carmel.
Exposition
ELISABETH et CARLIPA, correspondance avec
ses tantes
Au fond de l’église, sous la tribune qui a reçu une décoration de rubans bleu et jaune comme le chœur, on peut voir l’exposition « ELISABETH et CARLIPA, correspondance avec ses tantes » qui a pour but de situer la Bienheureuse dans le village de l’époque à travers ses lettres et ses poèmes évoquant Carlipa mais aussi bon nombre de clichés des années 1900 aimablement reproduits. On peut y voir aussi de précieux souvenirs : les statues utilisées pour les processions qu’évoque Elisabeth, le missel de Mathilde Rolland, le portrait et les ornements de l’Abbé TESCOU, son canon d’autel, sa pale de calice… et même des chaises de l’époque sur lesquelles Elisabeth a pu s’asseoir pour prier. Près de l’exposition : le stand des ouvrages et souvenirs qui connaîtra un immense succès tout au long de la semaine.
La messe solennelle commence à 10H et le premier cortège solennel entre dans l’église venant du Foyer Municipal qui a fait office de sacristie. Les enfants de chœur eux-mêmes ont revêtu leur habit de chœur des grands jours de fête et les prêtres portent les vêtements liturgiques blancs.
Le clergé prend place dans le chœur tandis que l’on chante « Mon Dieu, Trinité que j’adore… », le président encense l’autel et gagne le siège épiscopal qui a été dressé sur la gauche du chœur.
Allocution de bienvenue du Père Escaffit :
Frères et sœurs, chers amis,
Avec émotion et au nom de tous les chrétiens du Secteur Pastoral « Lauragais Nord-Est » qui ont préparé avec dévouement la semaine exceptionnelle qui s’ouvre aujourd’hui, je tiens d’abord à vous souhaiter la bienvenue dans cette belle église de CARLIPA.
Pour ceux qui découvrent ce lieu comme pour les plus familiers qui en apprécient aussi la décoration et la « résurrection », je tiens à préciser que l’artisan principal de cette renaissance se nomme ELISABETH de la TRINITE ! Elisabeth… Celle dont le nom signifie « Maison de Dieu », Celle qui, par toute l’ardeur de ses aspirations a souhaité, durant sa vie terrestre, devenir demeure de la trinité et louange de gloire du Dieu d’Amour. Il y a un siècle, après bien des visites sur cette terre du Lauragais, elle assurait ses tantes que « sa pensée les suivait dans la chère petite église où elle aimait tant prier », elle affirmait que « son âme y était perceptible » à qui venait ici goûter le silence de la rencontre. Elle songeait à la chapelle mariale, à sa belle madone, à son autel garni de fleurs et de lumières…
Ce cadre qui a élevé la jeune ELISABETH vers son Divin époux, le voilà sous nos yeux… et c’est elle qui nous le fait goûter, et c’est elle qui nous l’offre encore !
En ce jour mémorable, sa précieuse relique vient de franchir le seuil de ce sanctuaire et, cet après-midi, elle va parcourir triomphalement les rues de son cher CARLIPA avant de demeurer définitivement sous ces voûtes qui l’ont vue, au dessus de cet autel qu’elle a fleuri et orné.
Comment pourrions-nous penser que celle qui exerce désormais un rayonnement insoupçonné sur tous les continents puisse ne pas chérir d’un rayon tout spécial de sa sollicitude, cette place où, en écrivant ses premiers vers, elle goûtait déjà la grandeur du mystère de Celui qui captivait son âme ?
Sa présence est ici si intense, son témoignage si lumineux que nous ne pouvons qu’en être bouleversés, émerveillés. Nous sommes venus ici en pèlerins pour nous laisser toucher, saisir par l’admirable proximité de la sainteté. Quelle TOUSSAINT extraordinaire !
En marchant sur les pas d’une Sainte, en accueillant la force de son Amour débordant, nous apprendrons durant ces jours à faire de toute notre vie une réponse aimante à Celui qui est l’Amour.
Laissons-nous maintenant conduire par notre lumineuse messagère dont la mission au ciel demeure si précieuse : « Attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même ».
C’est le Frère Pierre qui, durant un bon quart d’heure commente l’évangile du jour en le reliant à Elisabeth. Les trente choristes qui chantent de la tribune apportent à la célébration une dynamique qui entraîne toute l’assemblée. Quelle émotion, à l’offertoire, lorsque retentit l’harmonium d’Elisabeth !Plus encore, au moment de la communion quand le même instrument accompagne Marie-Lise qui interprète de sa voix de cristal « Le Ciel a visité la terre, mon Bien aimé repose en moi… » de Gounod ! Toute la spiritualité de notre petite Sainte semble contenue dans ce chant…
14 h : A la Salle des fêtes qui a été transformée en salle de projection, c’est la première présentation du diaporama « Elisabeth, un amour excessif » réalisé par le Carmel. Une trentaine de personnes y assistent.
Pendant cette séance appréciée à sa juste valeur, les cloches annoncent déjà les célébrations de l’après-midi.
A 15 h, dans le modeste vaisseau encore parfumé d’encens, une importante assemblée a repris place, inférieure à peine d’une cinquantaine de personnes de celle du matin estimée à 200 ou 220.
Lundi 6 novembre : Elisabeth et le MCR
Dès 14H30, à la salle des fêtes, un groupe d’une quinzaine de personnes découvre avec émerveillement le film SABETH et nous prenons le temps de partager les détail inattendus, la force des mots, la beauté d’un visage qui s’épanouit en Dieu… Elisabeth n’a pas laissé indifférent. «
Quel dommage qu’on ne nous en ai pas parlé plus tôt ! » s’exclame une grand mère, les larmes aux yeux… A l’appel des cloches, l’église s’emplit de fidèles et aux membres présents du MCR s’ajoutent d’autres personnes qui ont choisi de suivre chaque jour les offices du Centenaire et bien des gens de Carlipa. Le temps d’adoration sera vécu dans un recueillement remarquable.
Après le salut, vient la messe. Je préside en présence d’une bonne soixantaine de personnes et j’oriente l’homélie sur le témoignage des aînés : Elisabeth, morte à 26 ans a t’elle quelque chose à dire aux aînés ? Les passions s’apaisent avec l’âge mais l’amour de Dieu demeure la jeunesse du croyant… et de citer le passage où Elisabeth rêve de demeurer comme un petit vase à la source divine pour se remplir et rejaillir. Les grands parents doivent demeurer à la source pour rejaillir les valeurs et spécialement la foi sur leurs enfants et petits enfants qui manquent souvent de cette eau vive. La prière est la condition de l’action… catholique.
La vénération de la relique à l’entrée de la chapelle mariale clôture la célébration.
Mardi 7 novembre : Elisabeth à la rencontre des handicapés
Ce sera, dans sa simplicité et sa brièveté, l’un des temps les plus forts de la semaine que cette visite d’une bonne vingtaine de personnes handicapées du C.A.T. de Castelnaudary. Le directeur a eu la bonté d’autoriser ce déplacement à Carlipa et de mettre un bus à disposition.
A la salle des fêtes, le diaporama de la « petite fusée » les a interpellés et ils posent de nombreuses questions. Nous disposons de peu de temps et c’est donc ensuite la marche vers l’église, l’un marche mal, l’autre ne voit pas bien, un troisième s’exprime avec difficulté mais c’est une belle procession, la plus belle peut-être de ces fêtes à laquelle Elisabeth sourit du Ciel avec amour. A l’église, nous chantons l’Ave Maria de Lourdes qu’ils aiment toujours puis, après avoir découvert l’harmonium et la relique, nous prions à toutes les intentions qu’ils souhaitent apporter et partager. Ces Je vous salue chantés sont une pure louange de gloire au Dieu Trinité par le cœur pur de la Maman de l’Eglise. On vénère la relique « comme on embrasse la photo ou le souvenir de quelqu’un qu’on aime et qui nous aime » et ce geste est très apprécié par tous avant de repartir avec l’image du centenaire. La presse locale annonce chaque jour dans le « bloc note du Lauragais » le programme des célébrations, ce qui permet à bien des gens de participer, même occasionnellement à tel ou tel office.
Le soir de ce mardi, l’église a encore l’air pleine pour le temps d’adoration eucharistique puis pour la messe.
Mercredi 8 novembre : avec les enfants...
Deux bus et de nombreuses voitures particulières déversent maintenant dans les rues de CARLIPA une multitude de petits hommes et de petites femmes multicolores et bruyants venant de divers coins du Lauragais, accompagnés de nombreuses mamans et de leurs catéchistes. En quelques minutes l’église est saturée. Nul ne peut ignorer la matinée consacrée à l’enfance !
Promenade générale de l’immense troupe sur les chemins de la Serre. Il fait très très beau et les enfants qui sont estimés à 150 ont emporté un petit papier de couleur sur lequel figure une phrase d’Elisabeth qui va les interpeller en chemin.
«
Laisse-toi aimer, l’Amour est un vivant, l’Amour est un foyer, l’Amour est Trinité !… » Les petites voix lancent à tue tête sous les voûtes qui n’en reviennent pas cette affirmation dynamique qui pourrait être celles de l’église de demain !!! Il faut voir l’admiration des visages, leur curiosité devant la relique ou l’harmonium.
Jeudi 9 novembre : Centième anniversaire de l'entrée d'Elisabeth au ciel...
L’Eucharistie de ce jour mémorable demeurera comme l’une des plus émouvantes grâce à la présence et surtout au témoignage de celui qui fut le pasteur dévoué de ces lieux durant près de quarante ans, le témoin privilégié de la Béatification, le promoteur du rayonnement d’Elisabeth sur la terre du Lauragais.
Après l’évangile, M. BUIL prend la parole et annonce d’emblée qu’il risque d’être un peu long. Il n’a pas vraiment prévu une homélie au sens strict, mais un témoignage venant droit du cœur exprimé sans le moindre papier. L’assemblée semble boire ses paroles, toujours fermes et énergiques. Il évoque tout d’abord la place que Carlipa a tenu dans le cheminement spirituel d’Elisabeth et dans la maturation de son projet d’offrande d’elle-même au Seigneur : silence de l’église, silence de la Serre, contrastes entre la vie dijonnaise, déjà agitée en ces temps, et la quiétude bucolique de Carlipa : petite communauté fraternelle où Elisabeth trouve la paix. Elisabeth est la Sainte du Silence habité par Dieu… et d’ajouter «
j’hésite presque à parler ici, tant le silence seul peut nous la révéler ! » Pourtant il parle… et fort judicieusement de cette voisine des demoiselles Rolland qu’il a bien connue et enterrée il y a déjà longtemps : Angeline MONS. Elle appartenait à la génération d’Elisabeth et l’avait bien fréquentée lors de ses séjours au village. Ecoutons-le ! «
Ce jour là, je suis allé chez elle et l’ai trouvée assise devant la cheminée… elle était très avancée dans l’âge. Elle me dit tout de suite : ‘Monsieur le curé, je sais pourquoi vous venez ! vous voulez que je vous parle d’Elisabeth…’ Angeline chantait très bien et appartenait au chœur de chant de l’époque mais elle était connue pour son caractère vif qui la poussait parfois à garder un radical mutisme si un cantique ou une interprétation ne lui convenaient pas. Elle me dit donc : ‘Jai fais souffrir Elisabeth ! Nous étions un jour à l’église pour une répétition. C’était avant la fête de l’Assomption. Elisabeth était à l’harmonium entourée du chœur de chant et elle devait m’accompagner pour un solo’… Angeline n’avait pas apprécié un détail et avait refusé de chanter…Aller Elisabeth l’avait interpellée en l’invitant à démarrer mais… rien à faire ! Alors, j’interrogeais Angeline : ‘que vous a t’elle dit ? que vous a t’elle répondu ?’ Elle répliqua : ‘Elle n’a rien dit ! elle a gardé le silence !’ ce silence ! il est la réponse des saints ! » Le vieux curé s’interrompt quelques secondes, pris par l’émotion qui frise le sanglot et après un «
excusez-moi » plein de pudeur répète encore : «
Ce silence, c’est le langage des saints ! »
A 15H, le film SABETH attire à nouveau une bonne trentaine de spectateurs.
RCF Pays d’Aude, la radio chrétienne, a présenté trois fois dans la journée sur les ondes locales les fêtes du centenaire. Une belle émission qui encourage la participation et la découverte d’Elisabeth. Elle comprend une intervention du Frère Pierre Eliane, la mienne (15mn) et celle de l’ adjoint au maire de Carlipa « épinglé » dans la rue et qui est touchant de spontanéité.
Vendredi 10 novembre : rencontre avec les équipes du Rosaire
Nous portons avec ferveur toutes les intentions de nos vies, du diocèse, les malades, les vocations, le Synode…
Le chapelet terminé par la prière à la Trinité, on place une table et un micro au centre de l’avant-chœur et le Frère Ange-Marie y prend place pour la conférence qui durera trois quart d’heure. Il nous parle de l’amour chrétien à partir à partir de l’évangile de Saint Marc (12, 28-34) et en lien avec le parcours spirituel d’Elisabeth.
Il préside ensuite l’Eucharistie. Une adoration eucharistique de trois quart d’heure sur simple fond musical enregistré termine ce riche après-midi.
Samedi 11 novembre : Journée avec les religieuses
J’avais largement invité les religieuses du diocèse pour l’après-midi. Plusieurs communautés de contemplatives m’ont adressé des courriers très fraternels, assurant nos fêtes de leur soutien priant. L’église est bien remplie ce soir à l’heure de la messe.
Dimanche 12 novembre : Clôture de la semaine et action de grâces
Ce qu’a pu être (et demeurera dans les mémoires) cette journée ne peut se traduire par de simples mots. Pour la population de Carlipa , pour les visiteurs comme pour moi-même, elle reste un incomparable temps de grâce, un signe fort de l’Amour du Seigneur qui n’abandonne pas son église et parvient toujours a écrire droit avec des lignes courbes. En relatant ces heures, je ne puis que formuler une simple prière : que ce phare éclaire notre route et nous conduise un peu plus chaque vers la lumière, l’amour et la vie ! Ce phare, c’est bien sûr ce jour… qui est maintenant passé, mais c’est surtout Elisabeth qui demeure présente… « tu restes avec nous, témoin qui nous fait signe, tu restes avec nous pour nous conduire au Jour » avons-nous chanté…
Un grand nombre de personnes visitent l’exposition qui occupe la chapelle du baptistère. Les trois chapelles du nord (baptistère, Saint-Joseph et Sacré-Cœur) sont du XIVe Siècle et appartiennent à l’ancienne église, transformée et agrandie au XIXe. Elles sont les seules à comporter des voûtes bâties en pierre alors que toutes les autres sont des voûtes sur lambris. Cette exposition, donc, est très appréciée des carlipanais, particulièrement de ceux qui sont partis vivre ailleurs et qui reviennent pour l’occasion « à la source ». L’une de ces personnes me dit : «
Vous savez, Monsieur l’Abbé, je possède un souvenir très précieux de la Bienheureuse !… Mon grand-père était métayer chez les Demoiselles ROLLAND. Lorsqu’il quitta son travail pour prendre la retraite, elles voulurent lui offrir un souvenir car elles l’appréciaient beaucoup. Ce fut un joli lit ‘de coin’ qui provenait de leur maison. Elles lui dirent : ‘Vous savez, notre cousine religieuse y a couché ! conservez-le bien car ce sera un jour une sainte ! »
Il est 9 h 30 et, de toutes part, les voitures envahissent le village.
L’entrée solennelle dans l’église se déroule majestueusement au milieu d’une assemblée très dense et qui vient de se renforcer considérablement dans les dernières minutes, débordant de tous côtés.
Plus de 300 communions seront données, ce qui explique que la petite église soit très insuffisante. Les enfants sont assis par terre à l’entrée des chapelles ou près du chœur. Après l’encensement de l’autel, Monseigneur l’évêque a pris place au siège de présidence qui est surmonté de ses armoiries. Il est entouré, à sa droite par Monseigneur GAIDON et à sa gauche par le diacre.
Mot de bienvenue du Père Escaffit:
Messeigneurs,
Chers confrères,
M. le maire, Mesdames et Messieurs les élus,
Frères et sœurs, chers amis,
Jamais, je pense, il ne m’a été donné d’éprouver ici une joie aussi profonde et une aussi grande fierté que celles que je voudrais vous partager, au terme d’une semaine tout à fait exceptionnelle et à l’aube d’un jour aussi mémorable, en vous souhaitant à tous la bienvenue en cette belle église de CARLIPA.
Tout imprégné, comme vous, en ce lieu, de la présence et la force spirituelle de la Bienheureuse Elisabeth, je n’ai jamais été aussi heureux d’être, à la suite de M. l’Abbé BUIL (qui nous honore encore de sa présence), l’humble serviteur de cette communauté, le gardien privilégié d’un sanctuaire où Dieu a voulu ajouter à sa présence, celle d’une jeune fille d’exception qui voulut être, dès cette vie, temple vivant de la Trinité.
En la proposant comme modèle à tous les chrétiens du monde, le pape Jean-Paul II la décrivait, au jour de sa béatification ; en 1984 ; comme « une nouvelle lumière qui brille pour nous, un guide sûr et certain, un témoin éclatant de la joie d’être enraciné et fondé dans l’amour, dont le message se répand aujourd’hui avec une force prophétique ».
La chère petite église de CARLIPA (comme Elisabeth aimait à la nommer) nous livre aujourd’hui, plus que jamais, le secret d’une présence, le secret de cette âme d’élite qui nous offre ici son admirable proximité… l’indicible proximité de la Sainteté. Brillant aujourd’hui de toutes ses beautés, cette église nous apparaît telle qu’elle aimait la voir pour les fêtes de l’Assomption ou de Saint-Roch : fleurie et illuminée…
Mais, au delà des solennités légitimes, c’est aussi dans le silence et la pénombre que nous aimerons y revenir pour contempler son joyau : une vivante lampe du sanctuaire, ardente et intérieure, orante et surnaturelle, ensevelie en Celui qui demeure le « soleil irradiant la vie »…
Elisabeth de la Trinité, vivante Louange de Gloire du Dieu d’Amour, nous rejoint ici, bien au delà de la matérialité des souvenirs.
- En voyant l’autel marial qu’elle admirait et fleurissait avec ses tantes, c’est vers Dieu, à travers l’humble Vierge des Vierges, que nous nous tournons,
- En prenant place dans ses rangs où elle s’est tenue, c’est encore vers Dieu que nous orientons nos âmes par la grâce de la prière,
- En écoutant les mélodies de cet harmonium qu’elle a tenu avec talent, c’est toujours vers Dieu que nous élevons nos cœurs dans la louange…
Suivez-la encore aujourd’hui, vers la maison où elle a séjourné, sur les chemins de la Serre où elle aimait à s’attarder dans la contemplation… Elisabeth ne vous parlera que de Dieu et, ce matin, nous sommes ici avec elle pour lui laisser prendre un peu plus de place en nos vies d’hommes et de femmes de ce XXIe siècle naissant.
Admirable proximité de la sainteté, suprême délicatesse de celle qui est aujourd’hui la cause de notre joie.
Car c’est bien Elisabeth qui nous rassemble aujourd’hui et nous conduit vers son Divin Epoux,
C’est elle qui a ressuscité ces lieux pour la joie du peuple des croyants,
C’est elle, aussi, qui a guidé les pas de notre évêque pour sa première visite à CARLIPA.
Recevez, Monseigneur, l’hommage respectueux et filial des Carlipanais et de tous les chrétiens de ce secteur ou d’ailleurs, présents ce matin ! Soyez remerciés pour votre disponibilité, malgré tant de déplacements ces jours-ci !!!
C’est elle, enfin, qui nous comble encore de la présence de l’un de ses « grands amis Dijonnais » dirons-nous…
Monseigneur GAIDON, quelle joie de vous accueillir pour la première fois sur cette terre du Lauragais Audois ! Vous êtes un peu l’ambassadeur des Bourguignons et des virtuoses et vous renforcez encore nos liens de communion fraternelle avec DIJON et le Carmel de Flavignerot en ce grand jour de fête. Par la prière, en ces jours, nous avons pris part à la perte douloureuse que vous venez d’éprouver en la personne de votre sœur et apprécions d’autant plus l’effort consenti pour être parmi nous.
… Deux évêques à CARLIPA… cela ne s’est jamais vu ! me disait-on encore ce matin !… Mais l’événement que nous célébrons, le témoignage de sainteté que nous accueillons méritaient bien cette éminente présence d’église !
Merci aussi à vous tous, chers confrères prêtres, diacre, consacrés… à vous les enfants de chœur, les choristes, et à vous tous (si nombreux) qui venez de divers horizons, à vous qui avez tant donné bénévolement depuis plusieurs semaines ! à vous spécialement M. le Maire, à vous les élus locaux.
Laissons-nous maintenant conduire par notre lumineuse messagère dont la mission au ciel demeure si précieuse : « Attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux, et les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même ».
Il y a quelques jours, une amie me disait :
« Aimer Dieu comme on aime une personne… ce n’est pas possible… » Et bien, aujourd’hui, par toute sa vie, une autre grande amie : Elisabeth, nous répond : « Qu’importe ce que nous sentons ; Lui, Il est l’Immuable, Celui qui ne change jamais : Il t’aime aujourd’hui, comme Il t’aimait hier, comme Il t’aimera demain ! »
Monseigneur PLANET introduit la célébration en répondant chaleureusement, en remerciant pour l’initiative de la célébration du Centenaire, en disant sa joie d’être rejoint par Monseigneur GAIDON, en saluant tous ceux qui sont venus si nombreux et spécialement les enfants à qui il rappelle qu’ «
une jeune adolescente se tenait comme eux, au même endroit il y a cent ans sans que personne se doute alors qu’elle serait sainte » et il formule le vœu que parmi les filles, il y en ait qui découvre le secret d’Elisabeth pour se donner entièrement à Jésus. S’adressant aussi à la phalange des enfants de chœur, il ajoute en se tournant vers le Père GAIDON : «
Nous non plus, à votre âge, nous n’avions pas prévu de devenir évêques !… Y aura t’il des prêtres et des évêques parmi vous ?… Des évêques !… vous en avez déjà presque la tenue ! » conclue-t-il avec l’humour qui le caractérise auprès de ceux qu’il nomme souvent très affectueusement «
le petit conclave ». Il poursuit en demandant ces grâces par l’intercession d’Elisabeth.
Notre évêque n’est jamais trop long dans ses homélies, ce qui rend le message plus facile d’accès à son auditoire. Il oriente encore la méditation sur l’évangile du jour et la sainteté d’Elisabeth dans le sens de l’appel vocationnel. «
Il y avait sans doute beaucoup de saints à Carlipa lorsqu’ Elisabeth y venait et certains l’ont aidée à devenir elle-même une Sainte… Si nous ne nous fixons pas pour objectif de devenir des saints, de nous aider les uns, les autres à en devenir, alors notre vie risque bien d’être manquée ! »
Il parle alors spécialement aux nombreux jeunes et enfants qui sont aujourd’hui dans l’assemblée. Bien de jeunes familles sont venues, accompagnant les grand parents ou répondant à l’invitation des catéchistes.
Le récital de Monseigneur Gaidon
Après tant de célébrations et un dimanche soir… j’avais craint un auditoire un peu restreint au concert de 20H45. Mais pas du tout ! L’église est déjà bien remplie et ce public mélomane semble avide de partager ce moment avec l’évêque virtuose qu’on leur a annoncé. Monseigneur annoncera d’emblée qu’il s’agit-là d’une veillée de prière qui va nous permettre de retrouver Elisabeth à travers les œuvres musicales romantiques qu’elle a jouées ou aurait pu jouer mais aussi à travers plusieurs cantiques de son époque qu’elle a peut-être accompagnés à cet harmonium. Les deux temps de la veillée sont précisés.
Chopin, Schumann, Liszt… avec un talent admirable, sans partitions, le Père GAIDON nous transporte par le fait que sa musique est prière. Il parcourt avec une sensibilité et une délicatesse louables les différentes phases de la vie de la Bienheureuse en y adaptant une pièce évocatrice. Après une pause, l’assemblée émerveillée peut alors devenir plus partie-prenante en reprenant des cantiques anciens qui ne sont pas oubliés chez nous et que Marie-Lise et moi soutenons par le chant : « Pitié mon Dieu, Loué soit à tout instant, Oh l’auguste Sacrement, Le ciel a visité la terre, J’irai la voir un jour, Ave Maria de Lourdes » Nous terminons en chantant le Salve Regina.
Carlipa s’endort et le silence revient dans le temple saint, dans la chapelle où brillent des dizaines de flammes dans la nuit, prolongeant l’ardent élan spirituel d’un jour incomparable, d’un « saint transport » dirait-on dans un langage plus précieux…Je crois vraiment que notre petite Elisabeth doit sourire devant la Face de Dieu, en cet état où la nuit comme le jour sont lumière, d’avoir vu ses Carlipanais si fidèles à son souvenir et si accueillants à son message d’Amour. Je crois vraiment qu’une vraie pluie… de grâces est descendue sur nous en ces jours, nous comblant au delà de toute espérance.
Puissent ces grâces fructifier à présent quotidiennement dans nos âmes à cette voix qui nous appelle :
Pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le temple… Petit à petit, l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un Ciel où le Dieu d’amour a fixé son séjour.