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Invitée par l'Amour,
Aussitôt tu t'élances !
Jésus qui t'a nourrie
Dans son Eucharistie
Vaincra toute violence :
En toi naît le silence
Pour écouter l'Ami...
Heureuse Elisabeth,
Invitée
par l'Amour !
Résumé
: Qu'Élisabeth demande à Dieu d'aller plus loin
dans la profondeur de son Mystère renouvelle une approche courante du
mystère. Le Mystère de Dieu n'est pas une énigme ou une étape vers une
connaissance porteuse de salut. Il est le secret d'un excès d'amour,
vécu en Dieu et révélé par l'Incarnation du Verbe. Une révélation
que Dieu fait à tout homme pour l'inviter à entrer en lui et pour -
comme Élisabeth - demeurer
chez lui.
Après
avoir demandé à Dieu Trinité de l’aider à s’oublier
entièrement pour l’établir en Lui, après avoir désiré que
rien ne puisse troubler ma paix, Élisabeth exprime une troisième
demande : que chaque minute m’emporte plus loin dans la
profondeur de votre Mystère.
Priant
avec les mots d’Élisabeth, n’a-t-on pas parfois l’impression d’arriver
devant des horizons inconnus ? Un mystère ne nous apparaît-il pas
souvent, en effet, comme une énigme à déchiffrer ou l’objet d’une
connaissance réservée à quelques initiés ? Ou bien, dans le
domaine de la foi, ne considérons-nous pas que les mystères restent
absolument inaccessibles à l’intelligence ?
Alors
comment une telle compréhension du mystère permet-elle d’entendre ce
dont vit Élisabeth ?
Le
mot mystère revient une seconde fois dans sa Prière.
S’adressant
à l’Esprit Saint elle lui demande : « survenez en moi » afin
qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui
sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère.
Apparemment
le contexte est différent de celui du début de la Prière (on notera
cependant la majuscule à Mystère dans les deux cas). Ici, Élisabeth
paraît évoquer le mystère de notre salut : l’Incarnation du
Verbe de Dieu et la rédemption qu’il a opérée pour nous. La profondeur
de votre Mystère renvoyait plutôt au mystère trinitaire, au
mystère de Dieu en lui-même.
Alors
un seul mot pour deux réalités ?
Ce
n’est sans doute pas ainsi que le vit Élisabeth. Car d’emblée le
Mystère lui apparaît moins comme un objet à connaître que comme l’entrée
dans un « vivre avec » et même comme un « vivre
en ». Ne confie-t-elle pas à l’abbé Chevignard en 1903 une
remarque du Père Vallée qui la séduit absolument : « Le
contemplatif est un être qui vit sous le rayonnement de la Face du
Christ, qui entre dans le mystère de Dieu, non sous la clarté qui
monte de la pensée humaine, mais sous celle que fait la parole du Verbe
Incarné. » Pour elle le Mystère n’est pas objet, il est
relation ; il n’est pas obscur, Il est profond. Or pressentir une
profondeur, n’est-ce pas déjà toucher une réalité ?
Et
la réalité profonde qui fascine Élisabeth c’est l’amour de Dieu.
Fascinée par l'Amour,
Ton cœur ardent se livre !
Jésus,
Verbe éternel,
Est ton brillant soleil :
Parole qui délivre,
Lumière qui fait vivre,
Astre qui crée le ciel…
Heureuse Elisabeth,
Fascinée
par l'Amour !
Pour
cette fervente lectrice de Saint Paul la mention de la profondeur
ne manque pas de rappeler un passage de la lettre que l’apôtre a
écrite aux Ephésiens.
Dévoilant
la connaissance qu’il a reçu du Mystère du Christ - c’est-à-dire,
dans le contexte de l’épître, son dessein de salut pour le monde -
Saint Paul ajoute : que le Christ habite en vos cœurs par la
foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l'amour. Ainsi vous
recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la
Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez
l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par
votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu. (Eph 3, 17-19).
Ces
versets ont habité la méditation d’Élisabeth en 1904. On en trouve
la trace dans sa correspondance. Ainsi cite-t-elle le verset 18 dans une
lettre à l’abbé Chevignard (frère de son beau-frère) du mois de
janvier. La profondeur du mystère, pour Élisabeth, c’est bien d’abord
la profondeur de l’amour de Dieu révélée par/dans le Christ.
Et
c’est pourquoi lorsqu’elle parle du Mystère, elle pense d’abord
au mystère d’amour vécu en Dieu et révélé par l’Incarnation du
Verbe. N'avez-vous pas cette passion de l'écouter ? Parfois c'est si
fort, ce besoin de se taire, on voudrait ne plus savoir faire autre
chose que de demeurer comme Madeleine, ce beau type de l'âme
contemplative, aux pieds du Maître, avide de tout entendre, de
pénétrer toujours plus loin en ce mystère de Charité qu'Il est venu
nous révéler. (L 158 du 24 février 1903, à l’abbé Chevignard)
Habitée par l'Amour,
Tu
vis de son mystère :
Jésus,
au fond de toi,
Te
découvre les Trois.
Rien
ne peut te distraire :
L'abîme
de lumière,
Tu l'étreins
dans la foi...
Heureuse
Élisabeth,
Habitée par l'Amour !
Les
contextes du Mystère chez Élisabeth donnent bien à entendre le fond de
sa pensée. Elle n’utilise le mot - principalement pour ne pas dire
exclusivement - que pour évoquer Dieu Trinité ou l’Incarnation, en
tant que celle-ci est d’abord la révélation de l’amour qui est en
Dieu. Il en est ainsi, très concrètement, dans les poésies, voir
même dans les lettres qu’elle écrit au moment de Noël ou de la
fête de la Trinité.
Ainsi
en P 75, poésie qu’elle écrit pour Noël en 1901 :
O
pure, ô douce vision
C'est
en mon âme que s'opère
Le
grand, le sublime mystère,
La
nouvelle incarnation!
…
Il
vient révéler le mystère,
Livrer
tous les secrets du Père,
Mener
de clartés en clartés
Jusqu'au
sein de la Trinité.
En
1902, toujours à l’occasion de Noël, faisant parler l’ange près
de la crèche elle rapportera ces paroles qu’il lui adresse :
Ta
mission sur cette terre
C'est
de ne plus savoir qu'aimer,
C'est
pénétrer tout le mystère
Qu'Il
est venu te révéler.
Dans
la Poésie 75, citée plus haut, Élisabeth évoque discrètement un
autre verset de St Paul qui lui tient à cœur : Eph 2, 4 à
cause du grand amour dont Il nous a aimés.
Quelques
années plus tard elle confiera à sa mère : Oh, vois-tu, il y
a un mot de saint Paul qui est comme un résumé de ma vie, et que l'on
pourrait écrire sur chacun de ses instants: « Propter nimiam
charitatem ». Oui, tous ces flots de grâces, c'est « parce qu'Il m'a
trop aimée ». (L 280 du 12 juin 1906). La poésie s’intitule d’ailleurs
C’est pour moi qu’il est venu.
Contemplant
la grande détresse
Des
enfants qu'Il a trop aimés,
Le
Père en une sainte ivresse
Leur
donne son Verbe adoré.
Le
Mystère est Dieu tout amour nous aimant à l’excès. L’importance
du « trop »…
Consumée par l'Amour,
Tu
t'offres à son emprise :
Jésus,
livré pour toi,
Te
partage sa croix.
La
douleur qui te brise
Jaillira
dans l'Eglise
Comme
Source de joie...
Heureuse Élisabeth,
Consumée par l'Amour !
Et
c’est ce trop grand amour de Dieu qui la conduira à découvrir en lui
un Mystère infini (L 332 à Marthe Weishardt ), insondable
(P 91), grand (L 113 – à sa sœur, L 250 à l’abbé
Chevignard, L 252 à Germaine de Gemeaux), profond (P 80, P 88, P
98, P 105, P 109), un mystère qui est un abîme : J'aime tant
ce mystère de la Sainte Trinité, c'est un abîme dans lequel je me
perds !... (L 62 au Chanoine Angles)
Mais
pour grand, pour profond, pour insondable que soit cet abîme de l’amour,
il ne reste pas inaccessible, au contraire. N’insiste-t-elle pas
auprès de madame Angles : à travers tout, communions tout le
temps à ce Verbe incarné, à Jésus qui demeure en nous et qui veut
nous dire tout le Mystère. (L 145) Jésus vient révéler ce
mystère d’amour où que nous soyons. Élisabeth confie au chanoine
Angles en 1902 « Je me sens enveloppée dans le mystère de la
charité du Christ, et lorsque je regarde en arrière, je vois comme une
divine poursuite sur mon âme ; oh ! que d'amour, je suis comme écrasée
sous ce poids, alors je me tais et j'adore !... » Or si, à
cette époque, elle se réjouit en annonçant au Chanoine sa profession
prévue le jour de l’Epiphanie 1903, elle fait spirituellement l’expérience
d’une obscurité bien douloureuse…
Transformée par l'Amour,
Tu
n'es plus que louange :
Jésus,
le grand Vivant,
Fait
éclater ton chant
Où
vibrent et se mélangent
En
admirable échange,
L'au-delà
et le temps...
Heureuse Élisabeth,
Transformée par l'Amour !
En
demandant à entrer plus loin dans la profondeur du Mystère, Élisabeth
ne s’interroge donc pas sur le comment et le pourquoi de la Trinité,
de l’Incarnation, mais elle vit de l’excès d’amour de Dieu. Un
excès d’amour qui ne peut se dire mais se découvre de minute en
minute dans une proximité où l’on n’a jamais fini d’avancer car
elle n’a pas de fond.
Et
Elisabeth donne le secret pour entrer dans cette profondeur : il s’agit
de se tenir près de Celui qui sait tout le Mystère : Je
voudrais me tenir sans cesse près de Celui qui sait tout le mystère,
afin d'entendre tout de Lui. « Le langage du Verbe, c'est l'infusion du
don »; oh oui, n'est-ce pas, c'est bien ainsi qu'Il parle à notre âme
dans le silence. (L 165 à l’abbé Chevignard , 1903) Ce qui
permet de se disposer à l’action de la Trinité : Oh,
n'est-ce pas, mettez-moi dans le calice, afin que mon âme soit toute
baignée dans ce Sang de mon Christ dont j'ai si soif ! afin d'être
toute pure, toute transparente pour que la Trinité puisse se refléter
en moi comme en un cristal. Elle aime tant contempler sa beauté dans
une âme, cela l'attire à se donner encore plus, à venir plus
comblante, afin d'opérer le grand mystère d'amour et d'unité! (L
131 au Chanoine Angles).
Alors,
lorsqu’ Élisabeth demande à être pour le Verbe une humanité de
surcroît en laquelle il renouvelle tout son Mystère, elle s’ouvre
à l’Esprit pour permettre au Christ de vivre en elle et de continuer
à annoncer ainsi l’Amour qu’ Il est venu manifester au monde.
Au grand Foyer d'Amour,
Dans
la maison du Père,
Jésus
te donne VIE
Au
souffle de l'Esprit !
éblouie de lumière,
Penche-toi sur la terre,
Sois
toujours notre amie,
Heureuse Elisabeth,
Au grand Foyer d'Amour ! |