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Résumé :
L’adresse d’Élisabeth à chaque Personne
divine n’est pas aléatoire mais révèle déjà le cœur de la vie
trinitaire que redouble l’intimité transformante avec Christ, l’Esprit
et le Père. Ainsi se découvre le cœur de l’expérience chrétienne
Poursuivant
la Prière avec Elisabeth, nous passons d’une prière aux
« Trois » à une adresse tournée vers chaque personne de ce
Dieu Trinité.
Ainsi
Elisabeth entre dans une autre dimension de sa prière et il est bien
naturel qu’à sa suite nous souhaitions regarder chaque personne tour
à tour avant d’entrer en dialogue avec elle.
Du
Christ au Père
Le
Christ est celui auquel Élisabeth s’adresse en premier. Elle se
tournera ensuite vers l’Esprit, puis vers le Père.
Quelques
éléments donnent à penser que cette succession n’est pas
aléatoire.
*
Du visible à l’invisible

Le
Christ est le Christ crucifié, qui a un cœur et une âme. Élisabeth
contemple donc un homme. Mais ce Christ est le Verbe éternel, Parole de
Dieu, Astre aimé dans la lumière duquel Élisabeth veut demeurer. Du
corps on passe à la lumière.
Le
feu consumant qu’est l’Esprit accentue le passage vers l’invisible.
Certes Élisabeth parle de feu. Et l’on peu « voir » la
réalité matérielle à laquelle elle fait allusion. Mais elle parle
plus exactement d’un feu consumant. Or le feu consumant ne se
« voit », on ne voit que le feu qui consume ou qui a
consumé. Le feu consumant est celui qu’on ressent, mais sans voir.
Enfin
le Père demeure absolument invisible. Elisabeth lui demande de « se
pencher » et de la « couvrir de son ombre »,
ce qui la fait passer de la lumière de l’astre, à l’ombre du
Père.
Du
Christ au Père se réalise ainsi un passage du visible à l’invisible.
Mais ce passage se fait moins sur le mode successif que sur celui d’un
fondu-enchaîné (avec le jeu de la lumière et de l’ombre), ce qui
donne déjà à pressentir que le visage du Christ crucifié révèle le
Père invisible.
Cette
révélation se redouble dans l’évocation d’un espace qu’elle
donne à entendre.
*
De la « terre » au « ciel »
Élisabeth
ne parle ni de la terre, ni du ciel. Cependant le passage d’une
personne divine à l’autre la fait entrer dans un espace auquel
peuvent bien s’appliquer ces deux termes même s’ils ne désignent
pas des lieux cosmologiques précis.
En
tant qu’homme, le Christ est bien de la terre.
Le
Verbe, contemplé aussi comme un astre lumineux incite à lever les yeux
vers le ciel, pour le fixer.
Le
feu consumant qu’est l’Esprit n’est de la terre que dans l’action
de consumer dans laquelle Il est perçu.
Enfin
le Père est prié de se pencher, ce qui suggère qu’il est
bien dans un au-dessus…
Dans
l’espace qu’ouvre le Christ pointant vers le Père, résonne le
silence.

*
De la parole au silence
Le
Christ crucifié est le Verbe éternel, Parole de Dieu. Élisabeth veut
passer sa vie à l’écouter. Mais l’écoute se réalise dans une
contemplation où elle demeure dans la rayonnement de l’astre
lumineux. La Parole est lumière et ce passage introduit au silence qui
n’est pas chez Élisabeth l’absence de bruit matériel,
répétons-le, mais cet absence de bruit intérieur que réalise l’oubli
de soi par amour de et pour l’autre.
Le
« feu consumant » rend possible ce passage au silence en
consumant tout bruit (l’incarnation du Verbe), permettant le
renouvellement du Mystère..
Et
le Père fait entrer dans l’éternel silence. Ce qui rend d’ailleurs
ce silence du Père d’autant plus concret est le fait qu’Élisabeth
évoque l’évangile de la Transfiguration (évangile selon St
Matthieu, chapitre 17, verset 5 : voici qu'une nuée lumineuse
les prit sous son ombre, et voici qu'une voix disait de la nuée :
" Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur,
écoutez-le. " ou évangile selon St Marc, chapitre 9, verset
2 : une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix
partit de la nuée : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé ;
écoutez-le. ") qu’elle arrête l’évocation juste avant
que retentisse la voix du Père. Vient alors à l’esprit cette parole
de Saint Jean de la Croix : Le Père a dit une seule parole, qui
est son Fils, et il la dit toujours dans un éternel silence, et c’est
dans le silence que l’âme l’entend.
Ainsi,
à nouveau, le Christ crucifié, Parole du Père révèle son silence.
Élisabeth
passe donc du Christ au Père, selon une marche qui n’a rien d’aléatoire.
Elle
qui avait demandé à entrer plus avant dans la profondeur de votre
Mystère, chemine selon une plongée à double face, si l’on peut
dire : celle qui la mène de l’une à l’autre des personnes
divines en réalisant l’intimité transformante qu’Élisabeth
entretient avec chacune d’elle.
Intimité
transformante
En
s’adressant à chaque personne divine, Élisabeth en révèle aussi la
…personnalité, et ceci à la fois par rapport à elle mais de
manière plus subtile, par rapport à la place que chaque personne tient
en face des deux autres.
Au
Christ crucifié, dont elle veut être l’épouse, elle demande de
pouvoir l’imiter … d’identifier mon âme à tous les mouvements
de votre âme..
L’envahissant,
l’Esprit réalisera en elle l’œuvre d’incarnation la faisant
être une humanité de surcroît au Christ ;
le
Père parfera enfin la configuration au Christ en ne voyant alors plus
en elle que le Bien-Aimé en qui Il a mis toutes ses complaisances…
L’adresse
à chaque personne divine se révèle une adresse transformante
découvrant la mission propre de chaque personne.
De
là pointe l’originalité de la prière d’Élisabeth.
La
profondeur d’une
expérience chrétienne
L’adresse
d’Élisabeth aux trois Personnes divines est remarquablement bien
« incarnée ». Élisabeth ne s’adresse pas en effet à
trois dieux perdus dans un au-delà pour elle inaccessible.
Elle
prie un Dieu Trinité dont chaque personne, dans sa manière propre la
rejoint dans son humanité et assume à son égard une mission de salut
qu’elle appelle aussi action créatrice.
En
dévoilant la diversité des personnes divines dans leur unité, en
expérimentant l’action de chacune comme ordonnée à celle des deux
autres pour une unique mission de salut et enfin en révélant que cette
action n’est rendue possible que par une réponse libre (je
voudrais être une épouse…) Élisabeth est au cœur de l’expérience
chrétienne. |