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Résumé :
Dans l'impuissance, les impuissances... à
l'écoute du Verbe, Parole du Père, Elisabeth peut traverser des nuits,
des vides, des impuissances. Fascinée cependant par la lumière de
l'Astre aimé, elle veut ne pas s'y laisser
enfermer.

En
contemplant le Crucifié, Élisabeth lui avait exprimé son impuissance
à l’aimer… jusqu’à en mourir.
écoutant
le Verbe, Élisabeth éprouve cette fois des impuissances.
Du
singulier au pluriel, la différence n’est pas absolument grande pour Élisabeth : les impuissances ne sont-elles pas l’expression concrète
de l’impuissance ? Elle le fait entendre à l’abbé Chevignard, beau-frère de sa sœur Guite, le 29
novembre 1904, donc quelques jours après la rédaction de sa prière :
Je lui ai demandé de s'établir en moi comme Adorateur, comme Réparateur
et comme Sauveur, et je ne puis vous dire quelle paix cela donne à mon
âme de penser qu'Il supplée à mes impuissances et que, si je tombe à
chaque instant qui passe, Il est là pour me relever et m'emporter plus
loin en Lui, au fond de cette essence divine que nous habitons déjà
par la grâce et où je voudrais m'ensevelir en de telles profondeurs
que rien ne puisse m'en faire sortir. Les impuissances sont donc
bien chez Élisabeth l’expression concrète de l’impuissance… une
impuissance qui va croissant. En 1905 elle confiera encore à
l’abbé Chevignard… plus la lumière se fait plus je sens mon
impuissance.
Confidence qui peu sembler
surprenante après ces quelques années déjà passées au Carmel et
compte tenu de la profondeur spirituelle d'Elisabeth. Et
cependant, n’est-ce pas l’expérience de l’amour, que ce soit dans
l’amitié ou dans l’état conjugal ?
écrivant
à sa sœur Guite en juin 1906 Elisabeth donne cette définition de
l’amour : Aimer, c'est si simple, c'est se livrer à toutes
ses volontés, comme Lui s'est livré à celles du Père; c'est demeurer
en Lui car le cœur qui aime ne vit plus en soi mais en celui qui fait
l'objet de son amour…
Aimer
c'est si simple... mais justement une telle définition fait bien pressentir tout l’oubli de soi qu’implique la découverte du mystère de
l’autre en reconnaissant en soi tout ce qui fait obstacle à
l’ajustement à sa volonté. Aimer c’est mourir à soi-même, en
laissant la lumière de l’autre traverser toutes les nuits, investir
tous les vides qu’il n’habite pas et le laisser réaliser tous les
vides dans les trop-pleins où il n’est pas.
La
découverte de l’Autre (mais aussi de l'autre) dans l’amour entraîne dans une aventure
jamais finie. Cet Autre se révèle dans une parole qui est vivante, comme le souligne l’épître aux Hébreux
– chapitre 4, verset 12 : Vivante,
en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive
à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme
et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les
sentiments et les pensées du cœur.)
Et c'est pourquoi la lumière que réalise Sa
Parole
creuse en Élisabeth le sentier d’amour révélant en elle des nuits,
des vides, des impuissances, car plus la lumière se fait moins elle
laisse dans l'ombre tous les recoins de l'être.
En
1906 Elisabeth sera encore plus explicite. Commentant dans sa Dernière
Retraite le Psaume 18 et se réjouissant que le ciel en elle raconte la
gloire de Dieu, elle poursuit :
« La nuit l'annonce à la nuit. » Voici qui est bien consolant ! Mes
impuissances, mes dégoûts, mes obscurités, mes fautes elles-mêmes,
racontent la gloire de l'Eternel ! Mes souffrances de l'âme ou du corps
racontent aussi la gloire de mon Maître !
Car
Élisabeth ne se laisse pas décourager par toutes ses impuissances,
comme elle l’écrit à sa sœur Guite en juillet 1906 Petite sœur chérie, il faut rayer le mot
« découragement » de ton dictionnaire
d'amour; plus tu sens ta faiblesse, ta difficulté à te recueillir,
plus le Maître semble caché, plus tu dois te réjouir, car alors tu
Lui donnes, et n'est-ce pas meilleur de donner que de recevoir, quand on
aime ?
Elle
ne veut pas se laisser happer par la nuit, le vide : elle veut demeurer
sous la grande lumière de l’Astre aimé.
Cette
volonté d’aimer la fait entrer dans la liberté et lui donne la force
d’aller jusqu’au bout de l’amour, réalisant ainsi son désir,
comme en témoigne Mère Germaine, sa Prieure, dans les Souvenirs :
Sa
résolution si ferme de croire à l'amour à travers tout, avait
tellement accru sa foi, qu'elle fut divinement soutenue par cette
force des martyrs, tout le temps que dura le sien [sa dernière
maladie], sous les
impuissances, comme sous les impressions crucifiantes d'abandon, rappelant
celui du Calvaire. « Il me semble, dit-elle un jour, que mon corps est
suspendu, et que mon âme est dans les ténèbres ; mais c'est l'amour
qui fait cela, je le sais et je jubile en mon cœur . » |
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