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Résumé :
Mais
je sens mon impuissance…
Après l’éclat du « je voudrais vous aimer… jusqu’à en
mourir », on reçoit douloureusement ce constat d’Élisabeth,
mais il se révèle, en fait, être le ressort de son expérience
spirituelle
Concentrés
dans la partie où Élisabeth s’adresse au Christ, au Verbe de Dieu,
les mots impuissance, nuits, vides et impuissances encore (mais au
pluriel) semblent obscurcir l’ambiance pleine de ferveur de la Prière
d’Élisabeth.
Et
pourtant n’est-ce pas plutôt l'effet de l’irruption de la Lumière ?
La
demande d’Élisabeth je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir !
Mais je sens mon impuissance… n’est pas sans rappeler celle de
Thérèse de l’Enfant Jésus dans son Acte d’Offrande : Je désire
être sainte, mais je sens mon impuissance, et je vous demande, ô mon
Dieu, d’être vous-même ma sainteté.
Montrant
un même mouvement ce rapprochement donne à saisir l’originalité
d’Élisabeth. Dans sa prière, en effet, c’est moins la sainteté,
qu’elle vise, que l’union à Dieu dans l’amour. L’impuissance
qu’éprouve Élisabeth, c’est de ne pas pouvoir donner au Christ -
crucifié par amour - un amour qui soit aussi total que le sien.
Or cette impuissance, loin de la décourager,
est un ressort pour Élisabeth. Elle le confie en conseillant Françoise
de Sourdon.
Celle-ci, jeune fille de 19 ans écrit
à Élisabeth en 1906 pour lui soumettre ce qui la tourmente, en
particulier l’orgueil qui l’habite et auquel elle se laisse aller
parfois, ce qui engendre en elle un sentiment de découragement.
Bien malade (elle mourra deux mois après), Élisabeth
prend son crayon :
Je veux répondre à tes questions. Traitons d’abord de l’humilité…Et
elle explique : Ce que le bon Dieu te demande c'est de ne
jamais t'arrêter volontairement à une pensée d'orgueil quelconque, et
de ne jamais faire un acte inspiré par ce même orgueil; car cela, ce
n'est pas bien. Mais plus encore : Et encore, si tu
constates une de ces choses, il ne faut pas te décourager, car c'est
encore l'orgueil qui s'irrite , mais tu dois "étaler ta misère"
comme Madeleine aux pieds du Maître, et Lui demander qu'Il te délivre.
Il aime tant voir une âme reconnaître son impuissance; alors, comme
disait une grande sainte, "l'abîme de l'immensité de Dieu se
trouve en tête à tête avec l'abîme du néant " de la créature,
et Dieu étreint ce néant.
Ces
conseils, enveloppés dans un langage mystique, sont d’abord le fruit
de l’expérience même d’Élisabeth
Le 30 janvier 1900 elle confiait à son Journal :
J'ai eu
aujourd'hui la joie d'offrir à mon Jésus plusieurs sacrifices sur mon
défaut dominant, mais comme ils m'ont coûté ! Je reconnais là ma
faiblesse. Il me semble, lorsque je reçois une observation injuste, que
je sens bouillir mon sang dans mes veines, tout mon être se révolte
!... Mais Jésus était avec moi, j'entendais sa voix au fond de mon cœur,
et alors j'étais prête à tout supporter pour l'amour de Lui!...
Le
défaut dominant d’Élisabeth c’est la colère et cela depuis sa plus
tendre enfance. Or depuis sa première confession (à 7 ans) elle a
entrepris un véritable combat contre sa nature bouillante. Aux yeux de
son entourage elle est victorieuse, comme en témoigne Louise Recoing,
lorsqu’elle la rencontre pour la première fois en 1892 (Élisabeth a
alors 12 ans… et Louise est un peu plus jeune)…
je fus tout de suite frappée par Élisabeth, qui, je m'en aperçus très
vite, était l'âme du jeu. Je ne tardai pas à la connaître et à
l'apprécier. Comme j'avais un caractère très ardent et emporté, son
égalité d'humeur et sa douceur me stupéfiaient. Je l'enviais d'être
si calme, mettant tellement d'entrain à tout et pourtant toujours prête
à s'effacer et à céder.
Avec surprise elle apprend : Quand je compris que cette
possession d'elle-même n'était pas chez elle effet de nature mais de
grâce, mon envie se changea en admiration profonde et je compris aussi
qu'il fallait marcher sur ses traces.
Un effet de grâce… Le Journal
d’Élisabeth le révèle effectivement. Et c’est parce qu’elle
reconnaît son impuissance, sa faiblesse, qu’Élisabeth peut donner
toute la place à Jésus et être victorieuse.
Alors elle poursuit sa prière :
je vous demande de
me « revêtir de vous même », d'identifier mon âme à tous
les mouvements de votre âme, de me submerger, de m'envahir, de vous
substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre
Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.
On
ne peut pas ne pas penser à la parole de l’apôtre Paul dans l’épître
aux éphésiens (chapitre 2, versets 4 – 8) et dans laquelle
Elisabeth trouve un résumé de sa vie :
Mais
Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il
nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes,
nous a fait revivre avec le Christ - c'est par grâce que vous êtes
sauvés ! - avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux,
dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles
à venir l'extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous
dans le Christ Jésus. Car c'est bien par la grâce que vous êtes sauvés,
moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de
Dieu…
Et
c’est en se reconnaissant impuissante à aimer Jésus jusqu’à en
mourir et en s’en remettant totalement à Lui qu’Élisabeth le
couvre de gloire, comme elle l’assure à madame Angles :
Je
vous souhaite aussi toutes les grâces de santé dont vous avez besoin
puisque vous êtes si éprouvée de ce côté, rappelez-vous ce que
disait saint Paul: « Je me glorifie dans mes infirmités, car alors la
force de Jésus-Christ habite en moi
». Tout est dans la volonté du bon Dieu et, dans vos
souffrances physiques, qui atteignent aussi votre âme, réjouissez
vous, chère Madame, et pensez qu'en cet état d'impuissance porté fidèlement,
avec amour, vous pouvez Le couvrir de gloire.
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