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                                                                             T. et M. : Carmel de Flavignerot

 

Elle s’appelle Élisabeth de la Trinité ; on s’attend donc à ce qu’elle parle et de la Trinité et de chacune des personnes divines. Et c’est ce qu’elle fait. Mais si elle évoque souvent la seconde personne de la Trinité – le Fils (comme Fils, Jésus ou Christ : 772 fois), le Père est plus effacé : 235 fois. Quant à l’Esprit, il n’est nommé que 79 fois !

 

Élisabeth laisse-t-elle de côté l’Esprit ? Il n’en est rien, bien évidemment, car ne rien dire au sujet de l’Esprit Saint, pour elle, c’est en parler abondamment…

Ce que dit le silence des mots se laisse entendre au travers des noms qu’Élisabeth utilise lorsqu’elle nomme l’Esprit. Si elle emploie les termes classiques du vocabulaire ecclésial, elle ne les retient pas tous et son insistance sur quelques uns exprime ce qu’elle expérimente de la nature et de l’action de l’Esprit.

 

Esprit de Dieu – Ce titre, Élisabeth l’utilise deux fois en l’empruntant à St Paul. Il est profondément biblique comme l’atteste son usage dans l’Un et l’Autre Testament.

Dans le Premier Testament ruah (x;Wr) désigne le souffle divin en évoquant une formidable puissance de création ; une force de libération, de salut, de libération et de rassemblement. Il a par ailleurs une dimension charismatique, le souffle divin inspirant le travail des artistes et des artisans, la prise de parole prophétique ou le gouvernement des chefs d’Israël. Le même mot hébreu a aussi une dimension cosmologique et anthropologique (c’est la respiration physique, le domaine du vouloir et du vouloir vivre)

Passant dans la culture grecque, le mot ruah est traduit par pneuma (pneuma) qui lui garde toute sa richesse de signification ; il est avant tout force et dynamisme. C’est pourquoi, dans le Nouveau Testament on voit Jésus agir dans la force de l’Esprit. Esprit qu’il remet au moment de son retour vers le Père, lui permettant ainsi d’être répandu et reconnu pour ce qu’Il est.

Réalité divine, l’Esprit est essentiel à la vie dans le Christ qu’il anime. Et, pour St Paul, connaître Jésus-Christ, c’est nécessairement connaître le Père, c’est nécessairement aussi être transformé par l’Esprit.

Élisabeth qui s’est nourrie de la parole de St Paul, rejoint profondément l’Apôtre. Ainsi elle écrit dans la Dernière Retraite :

 

Comment imiter dans le ciel de mon âme cette occupation incessante des bienheureux dans le Ciel de la gloire ? Comment poursuivre cette louange, cette adoration ininterrompues ? Saint Paul me donne une lumière là-dessus lorsqu'il écrit aux siens que « le Père les fortifie en puissance par son Esprit quant à l'homme intérieur, en sorte que Jésus-Christ habite par la foi en leurs cœurs et qu'ils soient enracinés et fondés en l'amour». (Dernière retraite - huitième jour)

 

 

Tu es le Souffle du Père et du Fils,

 

Viens respirer l'amour au profond de nos vies !

 

L’Esprit est donc l’Esprit Saint, celui-ci qui sanctifie. Cette prise de conscience de l’action de l’Esprit se fait dès les débuts de l’église et conduit les Pères à comprendre qui est l’Esprit par rapport au Père et Fils.

Troisième Personne de la Trinité, l’Esprit Saint est envoyé par le Père et le Fils. Reçu par tout homme qui veut bien se livrer à Lui, Il l’introduit dans la vie divine.

 

Elles (les âmes) pensent beaucoup moins au travail de destruction et de dépouillement qui leur reste à faire qu'à se plonger dans le Foyer d'amour qui brûle en elles, et qui n'est autre que l'Esprit Saint, ce même Amour qui dans la Trinité est le lien du Père et de son Verbe. Elles " entrent en Lui par la foi vive, et là, simples, paisibles ", elles sont " emportées par Lui " au-dessus des choses, des goûts sensibles, " dans la ténèbre sacrée " et " transformées en l'image " divine . (le Ciel dans la foi – quatrième jour)

 

Cet Esprit Saint est donc un Esprit d’amour – une expression qu’Élisabeth aime à utiliser, car elle exprime si justement l'être de Dieu.. Ainsi dans sa célèbre Prière :

 

O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère.

 

 

Tu es le feu qui brûle sans détruire,

 

Viens consumer le cœur de ton église !

 

 

Car c’est en effet l’Esprit d’amour, Esprit tout amour, qui préside à toutes les opérations de Dieu – et de manière éminente au moment de l’Incarnation

 

Alors l'Esprit d'amour qui préside à toutes les opérations de Dieu survint; la Vierge dit son fiat: « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole », et le plus grand des mystères fut accompli. Et par la descente du Verbe en elle Marie fut pour toujours la proie de Dieu. (le Ciel dans la foi – dixième jour)

 

Tu es l'Onction qui consacre et guérit,

 

Viens imprégner nos vies du parfum de Jésus-Christ !

 

 

Par ces touches discrètes, mais fortes, Élisabeth met réellement en lumière l'action de l'Esprit dans la vie chrétienne.

Léon XIII en 1897, avec son encyclique Divinum illud munus (9 mai 1897) avait rappelé ce rôle essentiel de l’Esprit dans la vie spirituelle et avait incité les chrétiens à le prier davantage. Il avait institué alors la neuvaine au Saint Esprit dans les jours qui précèdent la fête de la Pentecôte.

A sa manière le Pape Jean-Paul dans son encyclique Dominum et vivificantem donnée le 18 mai 1986 a rappelé l'action vitale de l'Esprit

 

La route de l'Eglise passe à travers le cœur de l'homme, car c'est le lieu intime de la rencontre salvifique avec l'Esprit Saint, avec le Dieu caché, et c'est bien là que l'Esprit Saint devient une "source d'eau jaillissant en vie éternelle".

 

 

Tu es l'Oiseau de feu, tu es l'Oiseau de Paix,

 

Pose-toi sur le monde pour qu'y règne l'amour !

 

 

Le cœur de l'homme est le Temple de l'Esprit disait Elisabeth, toujours inspirée par St Paul ; cette habitation de l'Esprit, Élisabeth la décrit en termes de feu consumant, de foyer d'amour - sous l'influence des saints du Carmel et particulièrement de St Jean de la Croix. 

Activement passive – ou passivement active, elle se livre à l'Esprit d'amour et de force, qui lui donne de témoigner de sa foi au fil du quotidien de la vie. Et l'Esprit d'amour et de lumière lui ouvre les profondeurs de Dieu et lui permet d'en rayonner les clartés pour tous ceux qui lui confient leurs joies et leurs peines.

 

 

Tu es le Mystère indicible de Dieu,

 

Fais vibrer le silence comme un chant d'adoration !

 

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