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Résumé :
Dans l’émerveillement d’Élisabeth
devant le Christ crucifié par amour surgit pour notre temps la
redécouverte de l’amour de Dieu, de l’amour qu’est Dieu. Un amour
non nécessaire, gratuit…
Après avoir découvert la démarche d’Élisabeth à
l’égard de chaque Personne divine, entrons avec elle dans une
connaissance plus profonde.
O
mon Christ aimé
crucifié par amour,
Le Christ crucifié est la première personne
contemplée de la Trinité.
Ce Christ est aussi le Verbe. Et ainsi l’adresse d’Élisabeth
à la seconde personne de la Trinité apparaît - en volume - deux fois
plus importante que les adresses à l’Esprit et au Père
réunies !
Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie a dit
Jésus, ajoutant que Nul ne vient au Père que par moi. (évangile
selon St Jean, chapitre 14, verset 6) D’où l’importance de
le connaître… le connaître, lui, avec la puissance de sa
résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme
dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les
morts. Comme le dit St Paul dans l’épître aux Philippiens,
chapitre 3, verset 7.
Et
Élisabeth le contemple donc longuement.

O mon Christ aimé… Pour la seconde
fois de la Prière, Élisabeth reprend ce O d’exclamation, d’émerveillement
qui la scande entièrement. Pour goûter son mouvement intérieur
laissons résonner la parole de Saint Jean de la Croix, dans son
commentaire du premier vers du cantique de la Vive flamme d’amour. Il
écrit : L'âme, pour rehausser le prix qu'elle attache à ces
faveurs, et pour exprimer le sentiment qui l'inspire dans ces quatre
strophes, se sert dans chacune d'elles de ces exclamations : 0 ! et
COMBIEN ! qui révèlent toute l'ardeur de son amour. Chaque fois
qu'elle les prononce, elle veut dire que ses émotions intérieures sont
beaucoup plus profondes que ne peut le révéler la langue humaine.
L'interjection ô s'emploie pour exprimer un brûlant désir ou une
ardente prière…. (St Jean de la Croix est cité ici à partir du
livre même dont Élisabeth s’est servie depuis le jour où il lui fut
offert en 1902 : la traduction des œuvres du Saint par les Carmélites
de Paris en 1892)
Quelle émotion habite en effet le cœur d’Élisabeth
lorsqu’elle se tourne vers le Christ ! Depuis toujours il est
réellement l’Aimé comme le donne à entendre la manière dont elle s’adresse
à Lui.

Avant son entrée, et plus particulièrement lorsqu’elle
se confie à son journal en 1899, elle nomme plus précisément Jésus
(191 fois dans son Journal, contre 5 pour le Christ !). Elle aurait
souhaité s’appeler Élisabeth de Jésus au Carmel. Mais Mère Marie de
Jésus, la Prieure en avait décidé autrement, et ce sera alors pour Élisabeth
l’occasion de découvrir avec émerveillement le mystère trinitaire.
Peut-être est-ce pour cela, peut-être est-ce aussi sous l’influence
de Saint Paul, qu’Élisabeth, après son entrée, parle presque
également à Jésus ou au Christ, avec une
petite préférence pour Jésus, dans l’intimité (25 fois dans les
notes intimes, contre 13 fois pour le Christ).
Dans la prière, toutefois, Elle ne nomme pas Jésus,
mais en désignant mon Christ aimé, donne un écho de la
tendresse qu’elle porte à Jésus.
…
crucifié
par amour
C’est le Christ crucifié par amour qui introduit
dans la Trinité. Élisabeth en est convaincue :
Demeurons toujours unies au pied de la
Croix, restons
silencieuses auprès du divin Crucifié et écoutons-le. Tous ses
secrets, Il nous les dira, c'est Lui qui nous conduira au Père, à
Celui qui nous a tant aimées « qu'Il nous a donné son Fils unique ».
(Lettre 58 du 2 juin 1901 à Marguerite Gollot)
Dans la lumière du Christ crucifié, Élisabeth est
fascinée par l’amour de Dieu. Le langage qu’elle emploie peut
donner à penser qu’elle est prisonnière de la théologie de son
temps. Ainsi, elle parlera du Christ mort sur la Croix comme Victime
offerte pour apaiser le courroux du Père devant notre péché. Mais à
travers… au-delà de ce discours elle vit une expérience
nouvelle : elle découvre la gratuité de l’amour de Dieu. Ce qui
la fascine n’est pas tant que le Christ est mort pour nous sauver du
péché (même si cela la touche profondément, bien entendu), mais c’est
l’amour que Dieu vit : l’amour du Père que le Fils
manifeste et dans lequel fait entrer l’Esprit ; un amour qui va
jusqu’à livrer sa vie.
Élisabeth ne fait aucun retour sur elle-même. Elle
ne découvre pas la justice ou la miséricorde de Dieu – ce à quoi
nous porte ce qui peut être la crainte du jugement dans une
culpabilité à dépasser. Sortie d’elle-même elle découvre que l’amour
de Dieu est gratuit, inconditionnel. Avec ou sans péché, Dieu aime
parcequ’Il est amour.
L’objection que l’on pourrait faire à
considérer cette expérience d’Elisabeth comme une découverte serait
de remarquer qu’elle dit ce que Saint Jean dit et redit dans son évangile
et ses épîtres : Dieu est amour !
Sans doute. Cependant Élisabeth le redécouvre
pour
son temps. De la même manière que Thérèse de l’Enfant Jésus
refuse le Dieu justicier que craignent ses contemporains et redécouvre
le visage miséricordieux de Dieu, de même Élisabeth fait retentir à
sa manière le cri que lançait Saint François au XIIIème siècle : l’Amour n’est pas aimé ! Au début du
XXème siècle, elle dit : Il y a un être qui est l'Amour et qui veut
que nous vivions en société avec Lui (Lettre 327, vers le 20
octobre 1906 à sa mère) Une nouveauté qui préfigure les redécouvertes de la théologie contemporaine méditant sur la Passion
du Christ.
A l’amour de Dieu ainsi redécouvert Élisabeth
apporte une réponse de même profondeur.
Une petite note de Mère Germaine, dans les
Souvenirs, dévoile sans détour son secret : La transformation en
Jésus crucifié était déjà tout son idéal de sainteté (avant son entrée au Carmel). A son Journal, en 1899, 2 ans avant son entrée Élisabeth
confiait :
Je te rendrai amour pour amour, sang pour sang. Tu es
mort pour moi; eh bien, chaque jour te mourrai à moi-même, chaque jour
j'endurerai de nouvelles souffrances, chaque jour je supporterai un
nouveau martyre, et cela pour toi, pour toi que j'aime tant!...
Le « trop grand amour » de Dieu éveille
l’amour d’Élisabeth et lui fait désirer se donner à lui
entièrement, comme une épouse… |