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Sommaire

 

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INTRODUCTION Lire

 

I. - LES PRéVENANCES DIVINES

 

CHAPITRE I. - Premières années   Famille d'Elisabeth. - Naissance et éducation de l'enfant - Défaut naturel corrigé par le cœur. - Mort de son père. - Conversion. - Talent musical. - Première communion. - Maison de Dieu. - Séjours à Carcassonne.  Lire

CHAPITRE II. - L'appel divin  Résolution d'être toute à Dieu. - Vœu de virginité. - Au foyer de la famille. - Vocation mise à l'épreuve. -, Plaidoyer fraternel. - Journal d'Elisabeth.   Lire

CHAPITRE III. - La mission de 1899  Flamme apostolique. - Correspondance à la grâce. - Douleur de ses fautes. - Confession générale. - Elans de reconnaissance. - Clôture de la mission. Lire

CHAPITRE IV. - Vertus surnaturelles  Esprit de prière. - Grâces d'oraison. - Influence d'Elisabeth.- O crux, ave, spes unica. - Rapports avec le Carmel. - Dernière retraite dans le monde. Lire

CHAPITRE V. - Adieux au monde  Tarbes et Lourdes. - Le Carmel de Dijon. - Heure de grâce. - Etat de foi et d'abandon. - Lettres et souvenirs. - Le 2 août 1901. Lire

 

II. - AU CARMEL

 

Jugement du très Révérend Père Vallée sur sœur Elisabeth de la Trinité

 

CHAPITRE VI. - Le postulat  Le Carmel dans ses grandes lignes. - Joyeux élan. - Voie de recueillement. - Premiers échos de la solitude. - Fervente préparation. - La vêture. Lire

CHAPITRE VII. - Le noviciat  « La nuit obscure. » - Les fruits de l'épreuve. - Le secret du bonheur. - Retraite de profession. - Epouse du Christ. - Programme de sainteté. - Le ciel dans l'âme. Lire

CHAPITRE VIII. - Louange de gloire  Vie de foi. - A l'école de saint Paul. - Laudem Gloriae. - L'esprit de louange perfectionne les vertus. - Seconde portière. - Office d'ange. - Esprit de pénitence. Sœur Elisabeth de la Trinité dans la vie de la communauté. Lire

CHAPITRE IX. - Vie intime  Assiduité à la prière. - Retraite de 1904 Oraison. Dévotion à la Sainte Trinité et à la Sainte Vierge. - Le-21 novembre 1904. - « Mon seul exercice est de rentrer au dedans. » Lire

CHAPITRE X. - Relations de famille  Premier anniversaire. - La fête des morts en 1902. - Le culte d'une mère. - Comment Dieu répond à la confiance. - « Mes deux beaux lys. - Le mystère de l'adoption divine. Lire

CHAPITRE XI. - « Seule avec le Seul. »  Lettres consolantes. - Qu'il est simple de mourir. - Soif d'immolation. - Dernier jeûne. – Retraite de 1905. - Impressions de la dernière heure. - Pressentiment. Lire

 

III. - AU SEUIL DE L'éTERNITé

 

CHAPITRE XII. - Dieu rappelle à Lui sa Louange de gloire  Saint Joseph, patron de la bonne mort. - Retraite fortifiante. - Le Carême et saint Paul. - La vénérable Marguerite du Saint-Sacrement. Le dimanche des Rameaux. - Saint abandon. - Soudaine amélioration. - Lettres à sa famille. Lire

CHAPITRE XIII. - La transformation en Jésus crucifié.  L'autel du sacrifice. - Coup d'œil général. - émouvante entrevue. - Correspondance. - Les gloires du Carmel. Un palais royal. Lire

CHAPITRE XIV. - Tout près du sanctuaire  L'Ange de Lisieux. - Nuit de grâce. - Reine des Vierges et des Martyrs. - Janua cœli. - La petite tribune. - Le 2 août 1906. - Dernière retraite. Lire

CHAPITRE XV. - Joie dans l'immolation  Les Laudes nocturnes. - école des saints. - Billets intimes. - Conseils virils. - Soif d'abjection. - Lettre écho de sa vie. Lire

CHAPITRE XVI. - Dernières consolations  Débordante de charité. - Le 4 octobre. - Les fêtes du Triduum, - En société avec l'Amour. - Les préparatifs d'une prise d'habit. - Pendant la cérémonie. - Feu consumant. Lire

CHAPITRE XVII. - Du calvaire au ciel  Dernier parloir. - La gloire et l'amour. - L'Extrême-onction. - Impressions de grâce prés de l'angélique mourante. - Rêve symbolique. - L'Angélus. - Le ciel. - Les Dédicaces. Lire

Présentation

des Souvenirs

Les Souvenirs

 

Chronologie

Naissance

Baptême

Enfance

La 1ère communion

Musicienne

Adolescence

voyages

Désir du Carmel

Entrée au Carmel

La tradition du Carmel

Carmel de Dijon (histoire)

Carmel : lieux d'Elisabeth

Postulat

Prise d'Habit

Noviciat

Profession

Prise de voile

Louange de gloire

Maladie

 

Béatification

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

Sommaire

Le 9 novembre 1906, Dieu appelait à l'éternelle vision de paix Sœur Elisabeth de la Trinité, religieuse professe de notre Carmel, âgée de 26 ans. La lettre circulaire adressée, selon l'usage, à nos monastères, leur fit justement pressentir que cette âme devait avoir une histoire révélant une fidélité peu ordinaire, et bon nombre d'entre eux nous exprimèrent le désir de la connaître. Nous hésitâmes longtemps ; comment pénétrer plus avant dans ce sanctuaire privilégié, en faire admirer les merveilles, alors que l'humilité et le silence les avaient couvertes de leur voile ?

Outre que cette courte existence ne comptait guère plus de quatre années écoulées dans l'ombre du noviciat, et huit mois passés à l'infirmerie, tout y avait paru si simple et si divin, que le détail semblait devoir échapper à l'analyse. Pourtant l'accueil fait par nos monastères à la première révélation d'une âme dont le sillon paraissait à tous si lumineux, leurs vives instances pour « qu'aucun rayon de cette petite étoile ne fût laissé sous le boisseau », remplissaient nos cœurs d'une douce joie.

Une lettre résume les sentiments qui nous furent alors exprimés avec une fraternelle et toute cordiale spontanéité ; elle fera connaître cet accueil et l'impression de grâce produite par la circulaire de Sœur Elisabeth de la Trinité. Parce qu'elle nous vient d'un Carmel qui personnifie les grandes traditions de l'Ordre dont il fut en France le berceau, l'appréciation suivante justifie l'estime en laquelle l'humble enfant que nous avons la mission de dépeindre, demeure dans le souvenir de sa famille religieuse.

« Merci de nous avoir si bien fait connaître cette belle âme par la circulaire que nous avons déjà lue et relue. C'est bien là la vie d'une Carmélite entrant pleinement dans sa vocation, et allant droit à Dieu avec toute l'ardeur de l'amour. On éprouve, en, la lisant, une réelle impression de grâce ; nous en sommes édifiées, pénétrées, remuées jusqu'au fond du cœur.

» Tout est bien dans cette vie. Ce que votre sainte enfant a promis de demander après sa mort, répond admirablement à l'esprit de notre vocation ; c'est sérieux, religieux, en même temps qu'élevé. Dieu soit béni de donner ces trésors de grâce au Carmel !

» Il me semble que vous ne nous avez pas tout dit c'était juste et nécessaire dans la circulaire, mais ne puis-je vous demander quelques détails sur cette vie d'oraison ?... »

Plus tard, revenant sur ces détails et répondant à nos hésitations devant le projet d'une publication plus étendue, la même Mère nous écrivait : « Ne vous laissez pas arrêter par le peu de documents que pourrait offrir cette courte vie cachée en Dieu ; c'est le fait de bien des vies qui répandent un parfum céleste, sans présenter beaucoup de faits. La simplicité et le silence de Sœur Elisabeth de la Trinité seront de précieux modèles pour le Carmel et pour bien des âmes. Il n'y a qu'une voix ici pour dire : il faut écrire une notice. »

De pieuses indiscrétions, providentiellement commises à l'endroit de notre lettre circulaire, portèrent hors du cloître les échos de cette vie angélique ; de toutes parts nous vinrent alors les mêmes instances, et si pressantes, que nous dûmes nous rendre à la voix de Dieu, et songer sérieusement à publier nos Souvenirs.

Tel est le titre que nous adoptons pour ces pages forcément incomplètes à tous égards, et dont nous n'avons accepté la rédaction qu'afin d'assurer à la physionomie qu'il s'agissait de reproduire, toute la ressemblance possible, et de garder à cette fleur du Carmel son parfum monastique.

Grâce à Dieu qui voulait sans doute le rayonnement de sa « louange de gloire », les lettres de Sœur Elisabeth de la Trinité ont été religieusement conservées. Fidèle écho de son âme, sa correspondance n'a besoin que d'être classée dans l'ordre des faits à reconstituer, pour lui permettre de se dépeindre le plus souvent elle-même. Quelques souvenirs d'amis joints aux nôtres, quelques notes spirituelles dont il sera fait. mention en leur lieu, sont nos seuls documents. Nous y joignons certaines poésies de Sœur Elisabeth : elles achèvent de la révéler.

Le recueillement peut être considéré comme la caractéristique de cette âme, du moins nous plaisons-nous à signaler ce trait particulier de sa physionomie, car si l'oraison, l'humilité, l'amour de la souffrance et la force dans l'épreuve font admirer en elle l'action divine, toutefois ces dons excellents ne fructifièrent en notre petite sœur que parce qu'elle était ce « Jardin fermé » dont l'Epoux divin se réserve la culture.

« Vous ne serez héroïque, lui avait-il été dit, que le jour où vous serez tout ut à fait recueillie au fond de vous-même. » Cette parole, gravée dans son cœur, accrut encore sa passion du silence et développa cet esprit de solitude, tellement apprécié par elle comme un moyen assuré de sainteté, qu'avant de mourir elle nous a souvent répété : « Au ciel, je le crois, ma mission sera d'attirer les dures dans le recueillement intérieur, en les aidant à sortir d'elles-mêmes pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux ; de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s'imprimer en elles, de les transformer en Lui.»

Puisse notre modeste travail lui faciliter sa mission ! Puissent les parfums de sa vie d'oraison attirer un grand nombre d'âmes dans les voies intérieures, école de la parfaite abnégation.

 

De notre monastère de Saint-Joseph, sous la protection du Cceur agonisant de Jésus et du Cceur transpercé de Marie Immaculée, des Carmélites de Dijon,

le 11 février 1909,

en la clôture du Jubilé de Notre-Dame de Lourdes.

Sommaire

 

LES PRéVENANCES DIVINES

Sommaire

CHAPITRE I

Premières années.

Famille d'Elisabeth. - Naissance et éducation de l'enfant. - Défaut naturel corrigé par le cœur. - Mort de son père. - Conversion. - Talent musical. - Première communion. - Maison de Dieu. - Séjours à Carcassonne.

 

Dieu qui ordonne à ses Anges de veiller sur nos voies, préparait avec amour celles de sœur Elisabeth de la Trinité, lorsqu'il constituait le foyer auquel devait être confiée cette âme prédestinée.

Son père, M. François-Joseph Catez, appartenait à l'une de ces familles du Nord, chez lesquelles les principes religieux et les sentiments élevés se transmettent comme la véritable gloire. Au cours de la carrière militaire qu'il avait embrassée, « il s'attira toujours l'estime de ses chefs, l'affection de ses égaux, l'attachement de tous par sa loyauté, la justesse de son esprit, les nobles qualités de son cœur».

La divine Providence lui avait ménagé une alliance digne de ses mérites, dans la famille Rolland, d'origine méridionale, dont le nom avantageusement connu dans l'armée, rappelait aussi le culte de la religion, de l'honneur et de la patrie.

Lorraine par sa mère, Mlle Marie Rolland en avait la foi simple et vaillante ; une grande délicatesse d'âme la disposait à la mission qui lui était réservée. Admiratrice enthousiaste de la glorieuse Réformatrice du Carmel, elle se plaisait à transcrire les plus belles pages de ses œuvres, ne se doutant guère que par ses extraits, elle mettrait un jour l'âme de son enfant en communication avec l'âme de la séraphique Mère, et la nourrirait ainsi, toute jeune encore, de « sa céleste doctrine ».

Dès la première heure, la protection divine entoura l'existence bien chère dont ces pages doivent conserver la mémoire.

Tout était joie dans l'attente du petit être qui devait compléter le bonheur de ses parents. Mais bientôt cette joie fait place aux plus grandes alarmes : on s'inquiète de la mère et l'on désespère de l'enfant. Mû par sa foi profonde, le capitaine Catez court chez l'aumônier du camp d'Avor et lui demande de célébrer la messe pour conjurer le malheur qu'il redoute. Le prêtre monte à l'autel, et tandis que l'oblation sainte s'élève vers le trône de Dieu, la grâce en descend ; les cœurs renaissent à l'espérance et, vers la fin du dernier évangile, la petite Elisabeth fait son entrée dans la vie, 18 juillet 1880. C'était un dimanche, coïncidence qu'elle envisagera, dans la suite, comme un premier appel à sa vocation spéciale, à ce qui du moins, fut la caractéristique de sa vie religieuse : être à la sainte Trinité une louange de gloire.

Son baptême, en la fête de sainte Marie-Madeleine (22 juillet), pourrait être également regardé comme un signe de la Providence, qui, sous des circonstances fortuites en apparence, cache parfois tout un plan divin. Régénérée sous les auspices de l'illustre Pénitente, l'enfant entra de bonne heure en, son intimité, et, dans sa pure jeunesse, eut avec elle plus d'un trait de ressemblance. Blessée du même amour, elle comprenait ces recherches ardentes, ces longs silences aux pieds du Sauveur, ce besoin de le suivre jusqu'au Calvaire, jusqu'à l'union parfaite qu'il accorde à ses privilégiés.

Cependant, les premières années ne firent rien présager de l'avenir. De caractère très vif, Elisabeth se signala, jusqu'à sept ans, par de fréquents accès de colère qui contrastaient avec la douceur extrême de sa petite sœur Marguerite, plus jeune de deux ans. Il aurait fallu que tout cédât à sa volonté. Heureusement, la tendresse intelligente de sa mère n'excluait pas la fermeté, appuyée qu'elle était à un vrai sens surnaturel, trop rare même aux foyers chrétiens. Mme Catez entreprit sans découragement l'éducation de sa fille, d'autant plus qu'elle découvrait en cette petite nature indisciplinée, des ressources peu ordinaires de cœur et d'énergie. Elle y fit appel. La grande punition de l'enfant, celle qui triomphait de ses opiniâtretés, était la privation du baiser maternel avant le repos du soir. Elisabeth bénira un jour sa mère de ce châtiment qui lui avait appris à se vaincre par amour. Précieuse leçon ! Devenue plus tard la loi de cette âme, elle la conduira, d'effort en effort, jusqu'aux sommets ardus de la perfection.

De Bourges, la famille Catez vint en Bourgogne ; à Auxonne d'abord, puis à Dijon où l'épreuve ne tarda pas à la visiter. Dieu rappela presque aussitôt à lui le grand-père maternel d'Elisabeth. M. Rolland, homme d'une rare distinction, était avant tout un vaillant chrétien. Habile dans « l'art d'être grands-père », il savait se mettre à la portée de ses petites-filles et captiver leur attention par de charmants récits propres à former leurs jeunes cœurs. Elisabeth pleura beaucoup son vénérable aïeul. Huit mois après, son père fut ravi presque subitement à l'affection des siens. Il ne semble pas, néanmoins, que ce double malheur ait eu sur sa vie l'influence décisive qui devait opérer ce qu'elle appellera sa conversion. Cette influence, Dieu se la réservait : elle fut due à la première confession. L'enfant y ressentit une impression profonde, qui détermina tout un éveil à l'endroit des choses divines. Dès lors, elle se résolut avec énergie, à lutter contre son défaut dominant, sans toutefois que cette application à se vaincre altérât en rien son entrain et sa gaîté.

Pendant les vacances, quelques semaines passées chez des amis, au camp de Châlons, faisaient la joie d'Elisabeth ; elle prenait un vif plaisir à cette vie militaire si mouvementée, à ses batailles, quand venait l'époque des grandes manœuvres. Partout elle savait se faire aimer, et charmait déjà par un réel talent musical. A Dijon, des concerts d'enfants avaient été organisés pour l'émulation des jeunes virtuoses ; on admirait, entre tous, le jeu brillant et expressif d'Elisabeth, alors que ses huit ans lui permettaient à peine d'atteindre la pédale. Par L'Orage, de Steibelt, elle surprit ses auditeurs ; on s'étonnait de sa sûreté d'exécution, tandis que ses petits doigts semblaient égrener des perles. Ce beau talent devait lui procurer de douces jouissances, car elle avait l'âme pleine d'harmonies.

De tels succès, à un âge si tendre, auraient pu devenir un écueil pour l'enfant ; mais la vigilance maternelle, secondant le travail de la grâce, sut la maintenir dans une simplicité pleine de candeur et d'humilité, cachet de toute sa vie. Après avoir reçu de chaleureuses félicitations, quand Elisabeth demandait à sa mère : « Comment ai-je joué mon morceau ? » Mme Catez, craignant l'éveil du moindre sentiment de vanité, lui répondait: « Passablement. » - « Une autre fois, je m'appliquerai davantage », répliquait-elle, sans revenir jamais sur les éloges reçus. C'est que déjà son cœur, épris d'idéal divin, était tout entier à la préparation de sa première rencontre avec Celui dont elle pressentait l'amour.

Elle suivait, à cette époque, les catéchismes de la première communion et s'y intéressait beaucoup. La lutte contre sa nature bouillante portait ses fruits ; plus le grand jour approchait, plus se multipliaient les victoires d'une volonté déjà maîtresse d'elle-même. Avec quelle ardeur soupirait-elle vers le 19 avril 1891 ! Il se leva enfin radieux sur son âme.

La veille au soir, elle s'était ouverte au pieux aumônier du camp d'Avor, qui l'avait baptisée et venait assister à sa première communion ; le saint prêtre, ému de ce qui lui avait été permis d'entrevoir, se demandait quelle serait la destinée de cette enfant sur laquelle il lui semblait voir la main du Seigneur.

Pendant la touchante cérémonie, les larmes d'Elisabeth coulèrent silencieuses. « Quand nous sortîmes de l'église, rapporte sa compagne de première communion, elle me dit : « Je n'ai pas faim : Jésus m'a nourrie. » Que de fois, nous-mêmes, devions-nous l'entendre dire, après une oraison profonde : « Oh ! comme Il m'a bien nourrie ! »

Dans la soirée, elle eut, au Carmel, une entrevue avec celle qui, huit ans plus tard devenue Prieure, reçut ses premières confidences. « Quelle douce vision ! nous écrit la Révérende Mère ; l'impression qu'elle me laissa est ineffaçable. Je lui dis que, d'après la signification de son nom, elle était l'heureuse petite Maison de Dieu. Cette pensée la frappa vivement ; je la lui inscrivis au verso d'une image, ne me doutant pas que le mystère de l'habitation divine en son âme deviendrait le mot propre de sa vie intérieure. »

Ce mystère ne lui était plus caché ; l'Hôte divin ne s'était-Il pas révélé le matin même ! Elisabeth n'avait pas livré le secret intime de cette première rencontre, mais on l'avait devinée profonde et décisive : rien ne le prouve comme la transformation qu'on vit s'opérer en elle à dater de ce jour béni. Dès lors, l'aimable enfant devint d'une douceur exemplaire ; on ne surprit même plus un mouvement d'impatience ; parfois seulement, une larme brillant sous sa paupière, révélait le combat intérieur. Le prêtre qui recevait ses confidences ne pouvait assez admirer l'énergie, quelle déployait pour maintenir en parfait équilibre la violence et la tendresse qui la caractérisaient.

L'ennemi de tout bien essaya de la troubler. Une âme si pure et si fidèle ne pouvait l'être qu'en matière de perfection. Pour éprouver son enfant bien-aimée, Dieu permit qu'elle passât par une phase de scrupules et d'angoisses ; mais la patience et la bonté de son confesseur, qui lui firent pressentir celles de Dieu même, l'ouvrirent à la confiance, par où elle rentra dans une paix toute sereine.

Nous aurions été heureuses de retrouver dans le Journal d'Elisabeth quelques traces de ses luttes et de ses efforts ; mais son désir d'échapper à tous regards lui fit détruire ces pages avec lesquelles il nous eût été facile de reconstituer sa vie tout entière, en lui donnant ce charme particulier que l'on trouve dans les lettres, les écrits de l'enfant, comme dans ceux de la Carmélite : nature pleine de grâce et d'élévation, dont un religieux devait dire, au sortir d'un entretien avecc elle au parloir du Carmel : « Elle a vraiment des dons charmants. » Oui, tout en elle charmait, d'autant plus qu'elle paraissait l'ignorer.

« Si tu voyais la beauté d'une âme en grâce avec moi, disait Notre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne, tu en mourrais d'amour. » « Telle fut ma première impression, écrit un prêtre chargé de la conduite d'Elisabeth quelques années plus tard, quand s'ouvrit à mon regard de directeur cette âme toute de candeur et d'innocence, limpide comme le pur cristal des eaux transparentes. Un enthousiasme contenu y échauffait une piété simple, régulière, bien naturelle dans son surnaturel ; pas d'exaltation, pas d'exigences extraordinaires. Le moi haïssable semblait n'avoir, pour ainsi dire, pas pris naissance en elle. »

Recueillons encore les souvenirs d'un vénérable chanoine de Carcassonne, chez qui la famille Catez faisait fréquemment de petits séjours. Ce digne prêtre connut d'autant mieux Elisabeth, que celle-ci, dès son jeune âge, aimait à le prendre pour confident de ses sentiments intimes.

« Que dirai-je de celle qui voulut bien faire de moi son ami, sinon qu'elle était une sainte ? Oh ! oui, une sainte, dans l'acception la plus large du mot. Cette conviction est tellement ancrée dans mon esprit, que j'écrivais un jour à sa mère : « Je brûle toutes les lettres que je reçois ; quant aux lignes qui me viennent d'Elisabeth, je les collectionne précieusement je les, léguerai à vos petites-filles ; qui sait si elles ne serviront pas un jour, quand il sera question de la béatifier ou de la canoniser ?

» Dieu est admirable dans ses saints ; et sa grâce, qui est une habile ouvrière, commença de bonne heure son travail dans cette âme prédestinée.

» Elisabeth fut sainte dès ses premières années. J'affirme qu'elle ne s'est jamais démentie. Demandez à sa pieuse mère, elle vous dira que dans nos conversations, comme dans notre correspondance, nous ne l'avons jamais nommée autrement que : notre petite sainte. Pour moi, elle est morte avec la pureté de son baptême.

» Elle a eu d'autant plus de mérite, qu'elle était douée d'une nature vive, ardente, passionnée. Née dans un camp, fille et petite-fille d'officiers, elle sentait circuler dans ses veines un sang de soldat, chaud et généreux. Facilement, elle aurait été emportée, volontaire, fougueuse. Heureusement deux amours furent, chez elle, les pondérateurs de sa vivacité : l'amour de sa mère et l'amour de Dieu ; l'amour de sa mère qu'elle chérissait éperdument, et l'amour de Celui qu'elle a toujours, avec une intonation céleste, nommé : Lui ! Ces grands beaux yeux que vous avez bien connus, ma Révérende Mère, ces yeux dans lesquels se reflétait le ciel, elle les avait sans cesse fixés sur sa mère et sur Dieu, et sans cesse demandait : que faut-il faire

» Elle aimait bien à jouer avec ses petites amies, et personne mieux qu'elle ne savait mettre de l'entrain au jeu. Je la vois encore, dans nos courses à travers les montagnes, les bois, les prairies, franchissant les rivières, toujours en tête de la bande. Un mot, un regard de sa mère, arrêtait le mouvement le plus vertigineux.

» Quelle différence entre elle et sa jeune sœur Marguerite, pourtant également bonne, également aimable ! L'une fougueuse, exubérante, l'autre calme, sérieuse ; nous l'appelions la justice !

» Quand Elisabeth quitta le monde, elle n'éprouva qu'un regret : sa mère.

» Je n'oublierai jamais sa dernière visite : nous étions bien émus au moment d'une séparation que nous savions définitive. Sa mère pleurait ; elle, refoulant ses larmes, se pencha vers moi et murmura deux mots que seul j'entendis : Merci !... Maman ! ! ! Je ne l'ai plus revue. Puisse-t-elle par sa prière m'obtenir de la revoir au ciel !

» Pourquoi ce merci avant de me recommander sa mère ? Parce qu'elle a toujours cru que j'avais favorisé sa vocation. Je ne m'en défends pas, et j'ai eu le courage de dire à sa mère : elle est à Dieu avant d'être à vous.

» C'était un soir, les fillettes, fatiguées de jouer, avaient entamé une conversation enfantine ; Elisabeth, elle, par une manœuvre rusée et savante, avait trouvé le moyen de se rapprocher de moi ; elle était même parvenue à grimper sur mes genoux. Vite, elle se penche à mon oreille et me dit : « Monsieur le chanoine, je serai religieuse, je veux être religieuse ! » Elle avait, je crois, sept ans !... Je me souviendrai longtemps de ce timbre angélique..., et aussi de l'exclamation quelque peu irritée de sa mère : « Qu'est-ce qu'elle dit, la petite folle ? »

Madame Catez sait bien sous quel cloître elle vint me retrouver le lendemain. Anxieuse, elle me demanda si je croyais sérieusement à une vocation ; et moi je répondis une parole qui, comme un glaive, transperça son âme : J'y crois.

Aujourd'hui, la sainte femme a gravi le Calvaire ; elle a assisté à l'immolation de son enfant ; pleine de larmes, mais debout, comme la mère de Jésus, forte, généreuse, elle a offert le sacrifice. Dieu la récompensera comme elle le mérite ; en attendant, elle peut être fière et consolée : elle a donné une grande sainte au ciel.

» Comment Elisabeth s'est-elle préparée à recevoir le Pain des anges au grand jour de la vie ? D'autres, plus heureux que moi, en ont été les témoins, ils pourront le dire. Tout ce que je puis certifier, c'est qu'après cet acte, je ne l'ai pas vue une seule fois prier, je ne l'ai pas entendue une seule fois en confession, je ne l'ai pas communiée une seule fois, sans murmurer, édifié : cette enfant est un ange. »

Sommaire

 

CHAPITRE II

L'appel divin.

Résolution d'être toute à Dieu. - Vœu de virginité. - Au foyer de la famille. - Vocation mise à l'épreuve. - Plaidoyer fraternel. - Journal d'Elisabeth.

« Je serai religieuse, je veux être religieuse », avait dit l'enfant de sept ans. Elle ne comprenait pas qu'on pût se donner à demi au bon Dieu ; ainsi sa conversion lui avait-elle ouvert la voie des parfaits.

« Très enjouée par nature, nous confiait-elle, se reportant aux souvenirs de ses premières années, j'aimais m'amuser mais les fêtes mondaines, même à cet âge, me tenaient en éveil à cause de mon cœur. Cependant, ma résolution d'être toute à Dieu me gardait de l'attrait du plaisir... Quand j'étais invitée à de petites réunions, j'allais, avant de sortir, m'enfermer dans ma chambre pour prier un bon moment ; je me savais si ardente, que je m'obligeais à une grande vigilance. »

Cette volonté d'être complètement à Dieu ne fut d'abord qu'une tendance vague vers le plus parfait. « Je ne me souviens pas quand Elisabeth me fit ses premières ouvertures sur son désir de se consacrer à Notre-Seigneur, rapporte une amie intime ; mais encore bien petite, elle jouait, de préférence, à imiter les religieuses : c'était déjà sa seule pensée ; je ne l'ai jamais vue varier. Un soir, elle me déclara qu'elle voulait être trappistine, le Carmel ne lui paraissant pas assez sévère... »

Quelque temps après, son choix était fait. « Elle avait à peine quatorze ans, dit à son tour Mme X..., lorsqu'un jour, je la trouvai pensive, triste et levant ses beaux yeux vers le ciel comme pour l'implorer. Je m'approchai et lui demandai pourquoi cet air morose, quand tout lui souriait dans la vie. «Madame, je pense à mon bonheur, lorsque le Carmel m’ouvrira ses portes ; et il me semble que le temps passe bien lentement, car je voudrais déjà être au service de Dieu. » Je ris de cette décision prématurée, et lui fis entendre que, dans le monde, elle pourrait aimer et servir Dieu, tout en entourant de soins et d'affection sa mère si parfaite. Elle me laissa exprimer toute ma pensée, puis me répondit : « Dieu me veut pour Lui ; ma chère maman comprendra mon désir, elle sera heureuse de mon départ, puisque ce départ doit faire mon bonheur. Je l'aimerai bien tout de même, allez ! »

Comment Elisabeth s'était-elle déterminée pour le Carmel ? Nous l'apprenons par les lignes suivantes

« J'aimais beaucoup la prière, et tellement le bon Dieu, que même avant ma première communion, je ne comprenais pas qu'on pût donner son cœur à un autre ; et, dès lors, j'étais résolue à n'aimer que Lui et à ne vivre que pour Lui.

» J'allais avoir quatorze ans, quand un jour, pendant mon action de grâces, je me sentis irrésistiblement poussée à Le choisir pour unique époux, et sans délai, je me liai à Lui par le vœu de virginité. Nous ne nous dîmes rien, ajouta-t-elle en nous faisant cette confidence, mais nous nous donnâmes l'un à l'autre en nous aimant si fort, que la résolution d'être toute à Lui devint chez moi plus définitive encore. Une autre fois, après la sainte communion, il me sembla que le mot Carmel était prononcé dans mon âme, et je ne pensai plus qu'à m'ensevelir derrière ses grilles. »

Six années la séparent de ce jour tant désiré ; années d'attente bien longues au gré de ses aspirations, mais rapides et bénies pour le foyer qu'elle embaume du parfum de ses vertus. La tendresse de son cœur se concentre sur sa mère et sa sœur Marguerite. Sa mère, de quelle vénération elle l'entoure ! Elle écrira un jour, après avoir entendu un sermon sur l'éducation des enfants : « J'ai remercié Dieu du fond de mon cœur de m'avoir donné une mère comme la mienne, une mère douce et sévère à la fois, et qui a su vaincre mon terrible caractère. »

A l'égard de sa jeune sœur, elle joue son rôle d'aînée avec une grâce charmante : « Ses exemples ne m'instruisaient pas moins que les conseils de sa piété si éclairée, de son jugement si sûr », observe à ce propos celle dont il est ici question. « Elisabeth avait douze à treize ans, quand un dimanche, au sortir d'un office paroissial, elle me dit : « J'ai entendu le bon Dieu me demander de ne pas prendre deux chaises à l'église ; il ne faut pas être si bien installée. » Je me mis à rire, repartant que c'était bien égal au bon Dieu qu'elle eût une ou deux chaises. Plus tard, je compris dans quelle dépendance de la grâce vivait mon angélique sœur : le secret de ses rapides progrès dans la perfection m'était dévoilé. Avant cet âge, l'amour divin remplissait déjà son cœur ; tout en elle en témoignait. Un jour, petite enfant, elle s'était écriée, passant devant le théâtre : « Oh ! que je voudrais être actrice ! » - « Comment, vous, Elisabeth, avoir un pareil désir ? » lui avait-on dit plus que surpris de cette exclamation. - « Oui, car dans ce lieu il y aurait au moins un cœur qui aimerait Dieu. » Aimer Dieu et le faire aimer étaient toute sa vie. Elle veillait à ce que rien, en mon âme, ne fit obstacle à la grâce ; ainsi cherchait-elle à me corriger d'une certaine timidité, comme d'un manque de simplicité provenant de l'amour-propre.

» Se renoncer était passé dans ses habitudes, tellement qu'on ne pouvait apercevoir en elle la moindre contrainte en ces occasions ; elle témoignait même alors une satisfaction que pouvait seule causer la pensée d'un nouveau sacrifice, nouvel acte d'amour, et d'une joie à procurer aux autres. »

Ses amies donnent les mêmes éloges à sa vertu. « Je ne l'ai jamais ouï dire du mal de personne, témoigne l'une d'entre elles, jamais non plus du bien à faux ; elle savait faire ressortir ce qu'il y a de bon en chacun, sans pour cela nier les lacunes : son tact égalait sa charité, de même que son indulgence ne l'empêchait pas d'être ferme quand il le fallait. »

Elisabeth désirait mourir jeune, la terre n'avait rien qui l'attirât ; cependant elle avait grand'peur du jugement particulier, et chaque soir, ne s'endormait qu'après s'être préparée à la mort, comme si elle eût dû mourir la nuit même. Bientôt, à la crainte, devait succéder l'amour le plus épanouissant.

« Une tendre dévotion pour sainte Catherine de Sienne », nous dit-on d'autre part, « la portait à imiter son recueillement continuel dans la petite cellule de son cœur, où elle se plaisait à tenir compagnie au divin Maître et à lui offrir les fleurs de ses sacrifices. Je fus bien souvent témoin, ajoute la narratrice, de ses efforts pour dissimuler une peine, réprimer une impatience, une parole trop vive. »

Une note d'Elisabeth nous livre le secret de ces triomphes de la grâce : « Lorsque je reçois une observation qui ne me paraît pas juste, je crois sentir bouillonner mon sang dans mes veines, tant mon être se révolte !... Aujourd'hui, j'ai eu la joie d'offrir à mon Jésus plusieurs sacrifices sur mon défaut dominant ; comme ils m'ont coûté ! Je reconnais là ma faiblesse, mais Jésus était avec moi ; j'entendais sa voix au fond de mon cœur, alors j'étais prête à tout supporter pour l'amour de Lui ! »

Oui, Jésus vivait en elle ; sa présence se trahissait au dehors ; « il émanait d'elle quelque chose que je ne saurais exprimer, rapporte une autre amie ; c'était si pur, si ardent, si doux pourtant : c'était suave et simple comme le parfum de la vertu. »

Ces quelques souvenirs suffisent à esquisser la physionomie de cette enfant vraiment toute prise par Dieu. C'était bien ce qui se lisait en son regard limpide et profond, en son attitude modeste et recueillie ; l'âme de la « petite sainte » transpirait en tout son être, en tous ses actes, jusque dans les harmonies de son clavier, qu'elle faisait vibrer avec un art de plus en plus remarquable. « Nul ne sait comme elle interpréter les grands maîtres, disait-on, car elle a de l'âme » ; et l'on sentait que cette âme n'était pas faite pour le monde.

D'où lui venait ce génie d'interprétation ? Elle-même nous le fait connaître, écrivant à propos d'une enfant qui s'effrayait de prendre part active à une séance musicale : « Je prierai pour Madeleine afin que le bon Dieu l'envahisse jusqu'en ses petits doigts ; alors je défie qui que ce soit de rivaliser avec elle. Qu'elle ne s'énerve pas ; je vais lui donner mon secret : il faut qu'elle oublie tous ceux qui l'écoutent et se croie seule avec le Maître divin ; alors on joue pour Lui avec toute son âme, et l'on fait sortir de son instrument des sons pleins, à la fois puissants et doux. - Oh ! que j'aimais à Lui parler ainsi ! »

Non, en vérité, une telle âme n'était pas faite pour le monde, et l'on n'est pas surpris de l'entendre s'écrier, se reportant à cette époque de sa vie : « Le monde ! il m'effrayait. » Nous l'avons vue bien jeune encore, à l'approche d'une réunion enfantine, « se tenir en éveil à cause de son cœur ». La grande vigilance à laquelle s'était résolue cette jeune fille ardente et fidèle, nous savons avec quelle délicatesse, quels soins jaloux, elle sut l'exercer jusqu'à son entrée au Carmel.

« A dix-huit ans, ce fut fini de la lutte, disait-elle ; au milieu des fêtes, prise par la présence du divin Maître et par la pensée de ma communion du lendemain, je devenais comme étrangère, insensible à tout ce qui se passait autour de moi. »

Mme X... rapporte en effet que, dans une soirée pleine d'entrain, frappée de son regard, elle ne put s'empêcher de lui dire : « Elisabeth, vous n'êtes pas ici, certainement vous voyez Dieu. » La jeune fille s'était contentée de sourire. Mme Catez, dont l'attention avait été appelée sur le regard de sa fille emportée par le mouvement de la fête, comprit, elle aussi, que le cœur de son enfant n'était pas là. D'ailleurs, ignorait-elle ses aspirations ? Comment oublier ces lignes surprises dans son Journal : « 0 Carmel ! Quand donc m'ouvriras-tu tes portes ? » Depuis ce jour, la vision du grand sacrifice ne l'avait jamais quittée.

En 1897, M. l'abbé S... changeait de résidence ; avant son départ, il lui parla sérieusement de la vocation d'Elisabeth, dont il plaida la cause contre des délais trop faciles à prévoir. Tout en se soumettant à l'ordre d'en haut, Mme Catez voulut éprouver elle-même cette vocation et la laisser mûrir.

Une des épreuves les plus sensibles à la chère enfant, fut la privation des rapports qu'elle eût aimé établir avec le Carmel pour consoler son attente et soutenir ses efforts. Elle l'accepta dans cet esprit d'obéissance qui l'animait toujours, et se prêta avec la même bonne grâce et docilité à tous les désirs de sa mère, en qui elle se confiait absolument.

L'été suivant, on partit pour la Lorraine.

Pendant trois semaines, les réunions se succédèrent ; « Elisabeth y paraissait irréprochable dans sa mise d'une élégante simplicité, car son bon goût la guidait en cela comme en toutes choses, sans recherche ni prétention ». A la voir ainsi aimable et gracieuse, nul ne se doutait qu'elle vécût dans l'attente du cloître.

Après la Lorraine, au camp de Châlons, elle se créa de nouvelles sympathies dans le monde militaire. Mais pendant que ses dehors charmants faisaient concevoir autour d'elle bien des espérances, elle continuait à poursuivre un plus haut idéal.

Admirant en silence cette rare vertu et se berçant encore de quelque espoir, sa pieuse mère s'en remit, pour l'avenir, au jugement d'un prêtre en qui elle avait toute confiance.

Un jour, s'ouvrant à sa seconde fille de ses perplexités, Mme Catez apprit que son Elisabeth aspirait plus que jamais au cloître, et, qu'en ce moment même, elle faisait une neuvaine à la Sainte Vierge pour obtenir le consentement désiré. Marguerite plaida généreusement une cause bien sensible à son cœur, et la pauvre mère, vaincue sans doute par la grâce, fit appeler sa fille aînée. Il s'ensuivit cette touchante scène décrite par Elisabeth elle-même

Dimanche,26 mai 1899.- « 0 Marie, vous m'exaucez continuez à me soutenir !

» Marguerite a encore abordé le sujet de ma vocation ; maman lui a répondu que je ne devais plus y penser, et qu'elle ne m'en parlerait pas la première. Cependant, après le déjeuner, cette pauvre mère m'interrogea. Quand elle vit mes idées toujours les mêmes, elle versa beaucoup de larmes, et me dit qu'elle ne m'empêcherait pas de partir à vingt et un ans ; que j'avais donc seulement deux ans d'attente et, qu'en conscience, je ne pouvais laisser ma sœur avant ce terme.

» Comme j'ai admiré sa résignation ! C'est bien Marie qui m'a obtenu cette grâce, car jamais je ne l'avais trouvée ainsi. Lorsque je les ai vues pleurer toutes deux, les larmes m'ont inondée moi-même. O mon Jésus, il faut que ce soit vous qui m'appeliez, vous qui me souteniez ; il faut que je vous voie me tendant les bras au-dessus de ces bien-aimées, pour que mon cœur ne se brise pas. Afin de leur éviter une larme, je tenterais tout... et c'est moi qui les afflige ainsi. 0 mon Maître ! je le sens, vous me voulez, et vous me donnez force et courage ; dans ma peine, j'éprouve un calme infini. Oui, bientôt je pourrai répondre à votre appel ; pendant ces deux ans, je vais faire plus d'efforts, afin d'être une épouse moins indigne de vous, mon Bien-Aimé.

» Je crois rêver. Ah ! c'est trop beau ! je ne puis penser qu'à moi, mauvaise, misérable créature, vous réservez un bonheur semblable. Soyez-en à jamais béni ! Et maintenant, ô vous qui pouvez tout remplacer en mon cœur, brûlez, arrachez tout ce qui vous déplaît en moi. O Marie, merci !... Continuez votre œuvre, soutenez ma bonne mère dont j'admire le courage, récompensez ma chère petite sœur qui ne pense qu'à m'obtenir le bonheur auquel j'aspire. Donnez-leur force et courage ; qu'elles comprennent que, malgré mon amour pour elles, je suis prête à les quitter pour mon Jésus ; qu'elles croient bien que c'est Lui qui m'appelle, que pour Lui seul je les sacrifie... 0 Bien-Aimé, soutenez-les, soutenez aussi celle qui vous aime à en mourir, et qui ne peut trouver une parole assez puissante pour vous remercier ! »

Sa prière fut exaucée : ces belles âmes firent de grands progrès dans les voies de Dieu. Quant à Élisabeth, elle ne songea qu'à mettre à profit ce délai trop long pour ses ardents désirs : « Puisque Jésus ne veut point encore de moi, écrit-elle, que sa volonté soit faite ; mais que je me sanctifie dans le monde ; que ce monde ne m'empêche pas d'aller à Lui, que les futilités de la terre ne m'amusent pas, ne m'attardent pas. Je suis l'épouse de Jésus ! nous sommes intimement unis, rien ne peut nous séparer. Ah ! que je sois toujours digne de mon céleste Epoux, que je ne gaspille pas ses grâces, et que j'aie le bonheur de Lui prouver combien je l'aime.»

Son Journal nous révèle quelques-unes de ses fidélités, et nous la montre sérieusement appliquée à l’œuvre de sa sanctification.

En ce compte de conscience ouvert, les grâces sont inscrites et les déficits humblement reconnus. Tout cela se fait avec beaucoup d'abandon, de simplicité, d'amour surtout. Elle veut plaire à Celui qui l'a charmée et choisie pour lui, elle veut consoler le cœur divin des outrages dont elle ressent avec lui la douleur. N'ignorant pas que seules les vertus chrétiennes prouvent la vérité de l'amour, elle s'y applique avec ardeur et persévérance, pour acquérir la perfection dont elle prépare la profession définitive au Carmel.

A la veille d'entrer dans le cloître, Elisabeth détruit ces pages intimes, sans penser qu'il y aurait intérêt pour d'autres à les conserver. Elle entend d'ailleurs disparaître complètement, s'ensevelir tout entière derrière les grilles, ne laissant à sa mère, à sa sœur, tendrement chéries, que l'assurance d'une affection qui doit se perpétuer dans l'infini de Dieu.

Un cahier cependant, avons-nous dit, échappa aux flammes. Comme il contient principalement des résumés de lectures et d'instructions, elle n'y prit pas garde et c'est, sous une autre forme, la continuation de son histoire intime.

« Je lis, en ce moment, Le Chemin de perfection, de sainte Térèse, cette lecture me captive et me fait beaucoup de bien : la Sainte dit de si bonnes choses sur la mortification intérieure, cette mortification à laquelle je veux absolument arriver avec l'aide de Dieu. Je lie puis m'imposer de grandes souffrances pour le moment ; du moins, à chaque instant, je puis immoler ma volonté. »

Plus loin : « Mon directeur m'a parlé aujourd'hui de la mortification intérieure ; Dieu l'avait bien inspiré... J'y travaille tant depuis ma retraite ! Je dois me persuader que la souffrance corporelle à laquelle j'aspire n'est qu'un moyen, d'ailleurs excellent, pour atteindre à la mortification intérieure et au complet détachement de moi-même. Jésus, mon amour, ma vie, aidez-moi ; il faut absolument que j'arrive à cela, à faire toujours, en toutes choses, le contraire de ma volonté. Bon Maître, suprême amour, je vous immole cette volonté ; qu'elle ne fasse qu'un avec la vôtre. Je vous le promets, je ferai tous mes efforts pour être fidèle à cette résolution que j'ai prise de me renoncer en tout. Cela ne m'est pas toujours facile, mais avec vous, ô ma force et ma vie, ne suis-je pas assurée de la victoire !

» Je ne saurais dire tout le profit que je retire de ce livre de sainte Thérèse. Tout en s'adressant à ses filles du Carmel, elle parle si bien de l'amitié ! Quelle véritable et parfaite amitié que celle d'une personne ou d'une religieuse qui travaille à l'avancement spirituel de son prochain ! Une telle amitié vaut mieux mille fois que celle que l'on pourrait témoigner dans le monde avec toutes les paroles de tendresse dont on n'use que trop, dit la Sainte.

» 0 mon Jésus, oui, je le reconnais, j'ai trop aimé les créatures ; je me suis trop donnée à elles et j'ai trop désiré leur affection, ou plutôt je n'ai pas su aimer divinement. Mais maintenant, je le sens, je ne tiens qu'à vous, et surtout, Bien-Aimé de mon cœur, je ne veux être aimée que de vous.

« ... Je me suis confessée aujourd'hui ; j'ai fait connaître à mon directeur mes résolutions et toutes les grâces dont Dieu m'a comblée pendant ces quelques jours. Il me conseille en chacune de mes confessions, d'accuser les manquements aux résolutions prises, il m'assure qu'ainsi je ferai plus de progrès. 0 mon Jésus, je désire en faire beaucoup, afin que vous m'aimiez encore davantage. Oui, Jésus, je suis jalouse de votre amour ; et moi, je vous aime tant que, par moment, je crois en mourir. »

Les lignes qui vont suivre sont l'écho des sentiments d'une piété filiale que la plume d'Elisabeth excelle à manifester. Le zèle de sa perfection lui ayant fait concevoir un plan qui ne reçoit pas l'approbation de sa mère, sans insister, elle se soumet : « Maman n'a pas été contente, écrit-elle, désormais je ne parlerai plus de cela. »

Et plus loin : « Je me réjouissais de communier aujourd'hui ; pendant quatre jours de suite... C'était trop de bonheur. Comme j'ai vu que cela contrariait maman, j'ai fait ce gros sacrifice et l'ai offert à mon Jésus. »

En 1899, Mme Catez tombe gravement malade. En proie à l'inquiétude, Elisabeth se lève la nuit pour aller écouter sa respiration. Elle cherche à connaître la vérité coûte que coûte. Elle prie surtout ; et Dieu l'exauce. « Enfin maman est guérie, écrit-elle toute joyeuse. 0 mon bon Maître, quelle épreuve vous m'avez envoyée là, et cependant je vous dis merci. Vous vous en êtes servi pour me détacher des choses d'ici-bas et m'attacher toute à vous, à vous seul pour qui je veux souffrir ou mourir. » Et après un sermon « J'ai pensé à maman lorsque le Père a dit : « O vous, pauvres mères auxquelles Dieu demande vos fils ou vos filles, venez puiser près de Lui force et courage. » Oui, mon Jésus, soutenez-la, je vous en conjure, son chagrin fait mal. »

Une émotion d'un autre genre était réservée au cœur d'Elisabeth si tendre pour sa mère : son Journal nous en fait la confidence. « 0 mon Jésus, gardez mon cœur, il est à vous ; je vous l'ai donné, il ne m'appartient plus. Ce matin, maman est rentrée fort tard et toute bouleversée. On lui a parlé d'un mariage pour moi, un parti superbe que je ne retrouverai jamais. Elle est donc allée demander conseil à mon confesseur ; il l'a engagée à me parler de cette proposition, à m'en montrer les avantages, disant que c'est une épreuve pour moi ; que je dois réfléchir.., qu'il ne peut se prononcer... ; que l'on ne doit point cependant organiser d'entrevue sans m'en prévenir. J'étais loin de m'attendre à cela ; mais comme je reste indifférente à cette séduisante proposition ! Mon cœur n'est point libre ; je l'ai donné au Roi des rois, je ne puis plus en disposer, j'entends la voix de mon Bien Aimé au fond de mon cœur : « Mon épouse, me dit-il, tu refuses donc tout bonheur ici-bas pour me suivre ; à ma suite tu passeras par la douleur, par la croix ; tu auras beaucoup de souffrances à endurer ; si je n'étais pas là pour te soutenir, tu ne pourrais les supporter ; même ces consolations spirituelles, si douces à l'âme, te seront enlevées. Que d'épreuves, quand on marche à ma suite ; mais aussi que de douceurs, que de joies je te ferai goûter dans ces tribulations. La part que je t'ai choisie est bien la plus belle, il faut que je t'aime d'un grand amour pour te l'avoir réservée. Sens-tu assez d'amour pour ton Jésus, acceptes-tu ces souffrances ? Veux-tu me consoler ? Je suis si abandonné, ma fille, ne me délaisse pas ; je veux ton cœur, je l'aime, je l'ai choisi pour moi, j'aspire au jour où tu seras toute à moi ; oh ! garde ton cœur ! »

« Oui, mon amour, ma vie, l'Epoux bien-aimé que j'adore ; oui, je suis prête à vous suivre dans cette voie de sacrifices. Vous me montrez toutes les peines que je rencontrerai, bon Jésus ; nous les traverserons ensemble ; à votre suite, avec vous, je serais forte. Oh ! merci d'avoir choisi une pauvre petite créature comme moi pour vous consoler ; vous saviez bien que je ne vous abandonnerais pas. Mais je serais plus coupable que les malheureux qui vous crucifiaient il y a vingt siècles ! O suprême Amour, je suis toute à vous, seulement soutenez-moi, car sans vous je suis capable de toutes les bassesses, de tous les crimes. Ma mère est admirable : c'est un miracle de Marie ; elle n'essaie même pas de m'ébranler. Je lui ai dit. lorsqu'elle m'a demandé de réfléchir, que ma réponse serait la même dans huit jours qu'aujourd'hui ; mais que si cela lui était agréable, je consentais à ce qu'elle ne répondit pas encore... maintenant elle me comprend... « C'eût été le repos pour moi, m'a-t-elle dit ; mais Dieu veut qu'il en soit autrement, que sa volonté soit faite ! »

Sommaire

 

CHAPITRE III

 

La mission de 1899.

Flamme apostolique. - Correspondance à la grâce. - Douleur de ses fautes. - Confession générale. - Elans de reconnaissance. - Clôture de la mission.

 

En 1899, nous trouvons Elisabeth tout occupée d'une grande mission qui se préparait.

« Nous allons avoir une mission pendant le carême ; je prie déjà pour son succès. Oh ! je désire tant ramener des âmes à mon Jésus ; je donnerais ma vie pour contribuer au rachat d'une de ces âmes qu'Il a tant aimées ; je voudrais le faire connaître, le faire aimer par toute la terre ! Je suis si heureuse de Lui appartenir ! Je voudrais que le monde entier se plaçât sous ce joug si doux, sous ce fardeau si léger... Je voudrais rendre à Jésus M. N..., un excellent homme, aussi charitable qu'il est possible de l'être, mais qui vit loin de Dieu. J'ai offert plusieurs communions à cette intention et je compte sur la mission -pour opérer cette belle œuvre... Si je pouvais y avoir une petite part, ce serait trop de bonheur ! Que n'endurerais-je pas pour cela !...

« Samedi 4 mars. - Je rentre de la cathédrale ; la cérémonie d'ouverture a été superbe ; Monseigneur est monté en chaire, il a parlé de cette mission qui doit réveiller les âmes de leur sommeil. Après le sermon, il y a eu une magnifique procession suivie par toute la maîtrise. Les voix angéliques s'élevaient pures et suaves jusqu'aux voûtes de l'ancienne basilique ; ces chants étaient beaux et touchants. »

Sa grande préoccupation est le salut des âmes. Les plus ardents soupirs s'échappent de son cœur embrasé du divin amour.

« Dimanche 5 mars. - Mon Dieu, je vous fais le sacrifice de ma vie pour le succès de cette mission ; faites-moi souffrir, mais exaucez-moi ; voyez mes larmes, mes soupirs ; grâce, pitié Dieu tout-puissant ; au nom de Jésus, mon Epoux bien-aimé, Jésus, ma vie, mon suprême amour.

» 0 Père, n'êtes-vous pas touché ? Que vous faut-il encore ? Des âmes, ô mon Dieu, il me faut des âmes, au prix de n'importe quelle souffrance ; ma vie entière sera une expiation ; je suis prête à tout souffrir ; mais grâce, pitié pour le monde, au nom de Jésus, mon divin Epoux, Jésus que je veux consoler.

» M. N... est venu à la mission, comme j'ai remercié Dieu ! »

« Dimanche 12 mars. - A vêpres, superbe sermon ; celui qui jusqu'à présent m'a peut-être le plus intéressée. En écoutant parler sur ce zèle dont on doit brûler, mes yeux se mouillaient de larmes. O bon Jésus, si j'ai vécu longtemps indifférente au salut de mes frères et vous offensant tant moi-même, du moins j'aspire à vous ramener des âmes ; mon cœur se consume pour cette œuvre de rédemption. Divin Epoux, je veux vous consoler, vous faire oublier le chagrin que vous causent les pécheurs. C'est par la souffrance que Jésus-Christ a opéré l’œuvre de la Rédemption, et après Lui, il nous appelle à cette vie de sacrifice, moyen le plus sûr pour sauver les âmes.

» O Jésus ! est-ce que je ne demande pas la souffrance à grand cris ? Je veux bien tout endurer ; mais donnez-moi des âmes, donnez-moi celle que je vous recommande d'une manière toute particulière. J'espérais tant, voyant ce pécheur assister à la mission, et voilà que maintenant il n'y retourne plus...

 

» Mardi 14 mars. - Le sermon sur l'éternité a été splendide. Ces Rédemptoristes parlent avec tant d'amour de Dieu, c'est admirable. Quand je les vois ainsi évangéliser, combien je les aime ! Ah ! ils ont pu suivre leur vocation, ils ramènent beaucoup d'âmes à Dieu, ils sont heureux ! Qu'ils jouissent de leur bonheur ! Mon Jésus, quand pourrai-je suivre ma voie, quand pourrai-je me donner à vous, j'ai si grande envie de souffrir, de vous gagner des âmes ! Je suis avide de sacrifices, je bénis tous ceux qui se présentent dans le courant de mes journées. Pendant cette mission, je sens redoubler ma flamme, mon cœur brûle du désir de convertir des âmes ; cette idée me poursuit jusqu'en mon sommeil, je n'ai plus un moment de repos. Mon Dieu, voyez les désirs ardents de mon cœur, envoyez-moi des souffrances, cela seul peut me faire supporter la vie : ô Père céleste, « ou souffrir ou mourir ! »

Dimanche 19 mars. - Aujourd'hui se terminent mes deux neuvaines à saint Joseph et à Notre-Dame du perpétuel secours ; je suis désolée, tout en demeurant confiante. J'attends un miracle, oui j'en attends un. Quand Jésus est venu ce matin en mon cœur, je Lui ai dit que je tenterai tout avec Lui pour ramener cette âme. La nuit, je ne dors plus bien ; O Père céleste, ne vous laisserez-vous pas toucher ? Je suis prête à tout pour obtenir la conversion de M. N... ; donnez-le moi, et faites-moi endurer tous les tourments qu'il a mérités ; je les supporterai pour mon Jésus, avec mon Jésus. Que ce pauvre pécheur ne laisse pas passer le moment de la grande miséricorde, qu'il profite de cette mission pour revenir à vous. Mon Dieu, mon cœur se brise, exaucez-moi. Chaque fois que je ressens une douleur, je me réjouis et me dis Marie m'exauce ; oui, oui, il le faut, j'attends un miracle.

» Jeudi saint, 30 mars. - Pardon, pardon pour les pécheurs. J'ai tant pleuré, supplié, ô Jésus, que j'espère vous donner cette âme. Je redouble de prières envers la Vierge Marie, et je sens augmenter ma confiance ; que je serais heureuse si elle revenait à vous, mon Bien-Aimé ! Ce matin, quand j'ai vu tous les hommes s'approcher de la sainte Table pour vous recevoir, j'ai pleuré de joie en pensant combien vous deviez vous réjouir ; mais il m'a semblé que vous me parliez au fond du cœur, de ceux qui n'étaient pas là. 0 mon Sauveur, oubliez-les ; ne pensez à eux que pour leur pardonner ; laissez-vous consoler par ceux qui vous aiment ; je suis trop malheureuse quand je pense que votre cœur est affligé. »

Le samedi saint, elle épanche ainsi sa douleur « Pauvre Jésus, quelle épine pour votre cœur ! Votre bien-aimée souffre avec vous ; oh ! n'est-ce pas, je ne vous ai refusé aucun sacrifice pour cette conversion ?

» Je suis si émue, pourrai-je seulement écrire ? Après avoir préparé les voies auprès de M. N..., maman avait demandé à Monsieur le Curé d'envoyer un missionnaire. Aujourd'hui le Père L... est venu... ; j'étais pleine de confiance ; hélas ! on lui a répondu un non qui ne laisse plus rien à espérer, et le Père craint que ce pécheur ne se convertisse jamais. J'en suis malade pour mon Jésus ; je tremble pour cette âme ; je ne la blâme point ; après un moment d'irritation contre elle, je la plains ; mon Dieu, n'aurais-je pas fait autant et plus encore, si vous ne m'aviez comblée de vos bienfaits 1

» Bon Maître, j'unis ma douleur à la vôtre ; nous avons tout tenté, maman par ses bonnes paroles, et moi, mon Jésus, je croyais avoir tant prié ! je ne l'ai point assez bien fait. Eh bien ! je souffrirai, je prierai jusqu'à ce que je sois enfin exaucée... Elisabeth songe à faire fructifier en son propre cœur la parole de Dieu. Après un sermon sur l'humilité, elle conclut :

« Donc s'humilier en toutes choses, s'humilier en voyant ses fautes et, au lieu de s'en vouloir à soi-même, reconnaître sa fragilité et son néant. 0 Marie, ô vous que je prie chaque jour pour obtenir l'humilité, venez à mon aide, brisez mon orgueil, envoyez-moi beaucoup d'humiliations, bonne Mère.

» L'instruction du Père missionnaire sur la charité m'a fait grand bien, car je ne suis pas toujours disposée à excuser mon prochain. J'ai pris de sérieuses résolutions. Jésus, aidez-moi, enlevez toutes les méchancetés de mon cœur... Le support des caractères, que cela est difficile ! Un saint l'a appelé « la fleur de la charité ». Mon Jésus, désormais plus une parole contre le prochain ne sortira de mes lèvres ; je l'excuserai toujours, et si l'on m'accuse injustement, je penserai à vous et je saurai tout supporter sans me plaindre. »

Son analyse du sermon sur le péché se termine par ces lignes : « Après le sermon, qui a été très émotionnant, le Père a prononcé tout haut un acte de contrition pendant lequel j'ai bien pleuré.

» 0 Jésus, pardon ! pardon pour mes offenses d'autrefois ; pardon pour mon mauvais exemple, mon orgueil et toutes les fautes que je commets si souvent. Je le sais, il n'est pas créature plus misérable que moi, car vous m'avez tant donné ! Vous ne vous êtes pas lassé de me combler encore. 0 Maître pardon ! Comment puis-je oser demander grâce pourles autres quand je suis si coupable ? Comment, après tant d'offenses, ne vous êtes-vous pas détourné de moi, ô Seigneur Jésus ? Mon Epoux, ma vie, pardon !... »

Deux jours plus tard, c'est l'instruction sur la confession qui « la remue, la bouleverse ». « Depuis quelque temps, je pense à cette contrition ; je me sens prête à mourir plutôt que de vous offenser volontairement, même par le péché véniel. Mais avant, à onze, douze, treize, quatorze ans, ô mon Dieu, ai-je toujours eu ce regret ? Y ai-je seulement songé ? Je tremble en y pensant ! Je suis décidée à faire une confession générale. Je m'en épouvante : comment me souvenir de ces péchés pour la quantité, la diversité ? Enfin Dieu m'aidera... Oh ! oui, qu'il m'éclaire, pour que je voie mes péchés dans toute leur malice et horreur...

» Bon Maître, si je devais retomber pareillement, je vous en conjure, faites-moi mourir ! Comment, après tant d'offenses, avez-vous pu supporter ma vue ? Comment m'avez-vous prévenue par tant de grâces ? Oh ! merci !... Oh ! pardon ! Quelle douleur j'éprouve en songeant au chagrin que je vous ai causé, vous que j'aime tant, vous qui me voulez pour votre épouse ; pardon, pardon, Jésus, je suis une indigne créature ; il n'en est pas une à qui vous ayez tant donné et qui se soit montrée si ingrate. Je vous aime, je pleure ces péchés qui vous ont fait tant de mal, ayez pitié de moi, ne voyez que votre miséricorde.

» Mercredi matin, 15 mars. - Je me suis confessée. J'ai rencontré un confesseur hors ligne, et j'en remercie le bon Dieu. Le Père m'a trouvé toutes les marques d'une vraie vocation ; il croit, lui aussi, que Jésus m'appelle au Carmel, et cette vocation, dit-il, est la plus belle. J'ai fait une confession générale depuis ma première communion. Le Père m'affirme que je n'ai jamais perdu l'innocence baptismale. » - Aucune réflexion ne suit l'aveu si simple de cette assurance dont nous savons qu'elle éprouva tant de bonheur ; mais les actions de grâce se pressent de plus en plus sous sa plume. Elle ne cesse de bénir Celui qui a fait en elle de grandes choses et lui réserve de nouvelles faveurs.

Après un sermon sur la mort et le jugement: « Chose extraordinaire ! je n'ai été nullement effrayée. 0 Jésus, pourquoi trembler de paraître devant vous ? Pouvez-vous condamner celle qui, malgré ses fautes sans nombre, n'a vécu que pour vous ? Certes, elle est bien misérable, elle a mille fois mérité l'enfer ; mais Jésus vous ne pouvez la méconnaître, c'est votre épouse ; qu'elle marche donc à votre suite ; et, chantant le cantique des vierges, qu'elle s'enivre des délices de votre présence. O mort ! si je n'avais l'espoir de souffrir et de faire un peu de bien sur la terre, comme je t'appellerais à grands cris ! Si jamais je devais offenser mortellement l'Epoux que j'aime par-dessus toutes choses, alors fauche-moi avant ce grand malheur. Mon Jésus, tout souffrir, tout endurer, mais ne point vous causer une telle douleur ! Gardez moi ; mon cœur est là près du vôtre ; veillez sur lui, protégez-le bien, consumez le du feu de votre amour. »

Les instructions sur le monde provoquent encore des élans de gratitude : « Mon Dieu, merci pour m'avoir, dès ma jeunesse, montré la vanité des choses de ce monde ; merci pour m'avoir attirée à vous !

» Lorsque j'entends condamner le monde et ses plaisirs, quels sentiments de reconnaissance s'élèvent du fond de mon cœur vers vous. Jamais je ne pourrai assez vous remercier pour cette belle part que vous m'avez choisie. Le Père disait ce matin qu'en retournant aux cieux, alors que vous recommandiez vos apôtres à Dieu, vous lui faisiez d'eux cet éloge « Père, ils ne sont point du monde ; ils vivent dans le monde, mais ils n'en sont point. » Et moi aussi, bon Maître, je suis dans le monde, mais je ne vois que vous, je ne veux que vous et votre croix. Ce monde ne peut me satisfaire, je languis, je souffre, car je vous cherche. 0 Bien-Aimé, prenez-moi toute à vous, vous êtes si puissant, vous pouvez tout arranger : un miracle, ô Jésus, je vous en conjure ! »

Quelques jours après : « Le sermon de ce soir sur l'amour divin a été admirable. J'ai pleuré en écoutant parler de cet amour de Dieu pour mon âme ; je regrette de ne pouvoir écrire le sermon d'un bout à l'autre, car c'est le plus beau de tous. 0 Jésus, je ne puis entendre dire que vous souffrez, que votre cœur saigne en voyant tous ces hommes s'éloigner de vous ; cela me torture. Vous souffrez, vous, mon Bien-Aimé ! Oui, et dans votre bonté, vous êtes allé jusqu'à me demander à moi, pauvre ver de terre, de vouloir bien vous consoler. Est-ce possible ? Mon Jésus ! C'est trop beau, trop doux pour mon cœur ! »

Prise à ce degré par le divin amour, Elisabeth sera plus attentive encore aux moindres détails de sa perfection. Elle cherche la lumière dont elle croit avoir besoin et regrette la manne fortifiante de la parole sainte. Après quelques instructions sur la vie chrétienne, nous lisons : « Je compte demander des avis à ce sujet au Père L... ; j'ai plusieurs choses, du reste, à lui dire, et il me tarde beaucoup d'aller le trouver...

» Quel malheur ! la mission approche de sa fin, comme elle a vite passé ! Un sentiment de tristesse s'empare de mon âme ; mais Jésus me dit d'être toute à la joie de bientôt Lui appartenir. Je regarde le monde, les objets du monde comme des choses parmi lesquelles je ne fais que passer ; je n'y attache point mon cœur, et chaque matin, en examinant ma journée, je promets au divin Epoux tels ou tels sacrifices. Lorsqu'il en est un qui me coûte, lorsque j'hésite, Jésus insiste si fortement qu'il m'est impossible de le Lui refuser.

» 0 mon Dieu, pendant ces quatre semaines, vous n'avez fait que me combler de bienfaits, surtout pendant ces derniers jours. Je suis si heureuse ! Je ne puis comprendre ce prodige de votre amour ; quand je pense à toutes mes faiblesses, à ma tiédeur envers vous, votre bonté me confond. Bientôt je serai toute vôtre, ne m'occupant que de vous, ne vivant que pour vous, ne conversant qu'avec vous. Je sais, je sens que vous aspirez à ce jour où votre bien-aimée sera enfin toute à vous ; elle aussi l'attend avec impatience. Ah ! Elle aura à faire un gros sacrifice en quittant celles qu'elle chérit si tendrement ; mais elle éprouve une douceur infinie dans ce sacrifice, puisque c'est pour vous qu'elle le fait ; pour vous qu'elle aime par-dessus tout ; pour vous qui avez blessé son cœur ; vous dont les attraits l'ont captivée ; vous son Epoux, sa mère, sa sœur, son amour suprême ; vous qui pouvez tout remplacer en son cœur. Mystère d'amour ! Quoi l vous voulez bien m'élever jusqu'à vous, et vous me donnez la plus haute des vocations ! Ah ! plus de larmes ni de tristesse ; mon âme, enivre-toi de bonheur.

» Je compte les jours qui me séparent de cette heure si belle où, par trois vœux, je vous appartiendrai sans retour. Je serai votre épouse, une humble et pauvre Carmélite, une crucifiée à votre image.. O mon Roi, mon amour suprême, soutenez-moi toujours dans cette voie de la croix que j'ai prise pour partage, car sans vous je ne puis rien. Je ne serai pas toujours portée par la grâce comme maintenant ; j'aurai à lutter : soyez là, mon Jésus, fortifiez-moi. Pendant ces deux années que je vais employer à me préparer à la vie religieuse, faites-moi beaucoup souffrir, détachez mon cœur de tout ; qu'il soit libre pour que rien ne l'empêche de vous voir ; brisez ma volonté, abaissez mon orgueil, ô vous si humble de cœur ; enfin, façonnez-le pour qu'il puisse être votre demeure aimée, pour que vous veniez vous y reposer, y converser avec moi dans une idéale union. Que ce pauvre cœur ne fasse plus qu'un avec vous, Cœur divin, et pour cela, arrachez, consumez tout ce qui vous déplaît. Dans deux ans !... C'est bien long ! Mais mon bonheur sera si doux, que déjà j'en jouis, je le savoure. Ah ! dites, mon Amour, rien ne surviendra ?... Non, j'ai confiance, et qui sait !... Peut-être sera-ce encore plus tôt que vous me prendrez ; arrangez tout, je vous confie tout. Merci, mon Jésus, inspirez mon confesseur, soutenez maman si admirable de résignation, récompensez Marguerite, et moi, faites-moi souffrir, prenez-moi, je suis toute à vous ! »

Pâques. - Les joies de la Résurrection ne lui font pas oublier la douleur que lui cause celui pour qui elle a tant prié. « Alléluia ! Alléluia ! Bon Jésus, je pleure en ce jour de gloire et de joie, je pleure la fin de la mission ; je pleure surtout l'endurcissement de M. N... ; j'ai entendu votre voix au fond de mon cœur ce matin ; vous m'avez dit de ne pas me désoler, que si mes prières semblaient ne point être exaucées, du moins toutes ces supplications, toutes ces souffrances avaient fait du bien à votre cœur. Cela me console. Mais puis-je être heureuse alors que vous, mon Epoux, vous souffrez. Vous pouvez cependant vous réjouir en, voyant toutes les conversions obtenues pendant cette mission ; et pour passer ce jour de Pâques un peu moins tristement, je m'unis à l'allégresse de votre cœur. Ne pensez, en ce beau jour, qu'aux brebis égarées qui sont revenues au bercail.

» Le Père missionnaire nous a fait ses adieux ; il a recommandé aux âmes qui n'ont point vu leurs prières exaucées de ne pas se décourager, leur assurant qu'il est impossible qu'elles ne le soient pas un jour, car Dieu tiendra compte de tant de prières et de sacrifices. Comme ces paroles m'ont fait du bien ! »

Hélas ! ce pécheur endurci, esprit voltairien, justifia les craintes du Père L... Quand on vint apprendre au Carmel sa mort caractérisée par tous les signes de l'impénitence, sœur Elisabeth de la Trinité leva simplement les yeux au ciel en poussant un profond soupir : « Le malheureux ! » dit-elle ; puis elle adora la justice de Dieu. Nous ignorions alors tout ce que cette âme lui avait coûté de sacrifices, de larmes et de prières. Elle ne parut avoir aucun retour sur elle-même ; toute à Dieu, la seule pensée de son amour méconnu l'affligea, témoin les lignes suivantes

« La mort de M. N... m'a profondément peinée ; dire que Dieu a tant aimé, et que des cœurs se ferment à l'action de cet amour ! »

Ce zèle brûlant qui la consumait bien jeune encore, plongeait ses racines dans une charité ordonnée par l'Epoux divin, qui l'avait introduite dans les celliers de l'oraison

« N'avez-vous pas ouy, écrit un vieil auteur, ce que l'Epouse dit, que le Roy l'a introduite dans la cave au vin et a ordonné en elle la charité ? C'est cela même qui se trouve en l'âme, et Dieu veut, sans que cette âme sache comment, qu'elle sorte de là scellée de son sceau, c'est-à-dire de son amour et du désir qu'Il a que les âmes se sauvent, et des peines qu'Il ressentait, voyant les grandes offenses qui se commettaient contre son Père. »

Sommaire

 

 

CHAPITRE IV

Vertus surnaturelles.

Esprit de prière. - Grâces d'oraison. - Influence d'Elisabeth. - O crux, ave, spes unica. - Rapports avec le Carmel. - Dernière retraite dans le monde.

 

Comment s'étonner qu'une âme aussi généreuse ait été divinement comblée. « Ta mesure sera ma mesure », disait Notre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne. Celle d'Elisabeth devait être abondamment remplie.

Elle reçut d'abord un esprit de prière qui l'aurait retenue des heures à l'église. Une amie de sa mère lui demandait un jour ce qu'elle pouvait dire au bon Dieu tout ce temps-là. « 0 Madame, nous nous aimons. » Réponse digne d'une enfant de sainte Thérèse : la séraphique Mère n'enseigne-t-elle pas que l'oraison consiste moins à penser qu'à beaucoup aimer.

Bien jeune encore, nous nous en souvenons, elle allait d'instinct à la prière ; « à treize ans, la contemplation de la Cène était déjà son habituel sujet d'oraison ». Comment se passaient ces heures si délicieuses à cette âme privilégiée ? Volontiers nous nous la représentons prenant sur le cœur du divin Maître la place de l'Apôtre vierge, et, dans cette attitude abandonnée qu'elle conservera jusqu'au dernier jour, reposer suavement. Alors commencent à lui être dévoilés les secrets de la Charité divine, dont le mystère doit absorber sa vie.

Le Jardin des oliviers l'attire aussi. Nous avons parlé d'une phase douloureuse qui suivit sa première communion. Ses propres angoisses la font-elles songer à celles du divin agonisant de Gethsémani ? Sont-elles le principe des stations qu'elle prolonge dans la compagnie du Sauveur triste jusqu'à la mort ? Quoi qu'il en soit, toujours oublieuse d'elle-même, la généreuse enfant cherche à le consoler par une compassion d'autant plus sincère qu'elle s'offre à partager l'amer calice.

Tandis qu'elle remplissait ce rôle d'ange consolateur, l'âme d'Elisabeth se fortifiait. Le désir de pâtir à son tour, fruit de son amoureuse contemplation, lui devenait un secours aux heures difficiles, car chez elle les mouvements de grâce eurent toujours un effet pratique.

C'est à cet âge environ que, se sentant conviée aux noces mystiques, elle y prélude par les divines fiançailles de son vœu de virginité. Il fut suivi de vraies grâces de recueillement : rien ne la détournait de Dieu. Pénétrée de sa sainte présence et tout émue des effets qu'elle en ressentait : « Quand je verrai mon confesseur, se disait-elle, je lui demanderai ce qui se passe en moi, » Le confesseur, prudent et sage, cherchait moins à l'éclairer sur son état contemplatif, qu'à encourager des efforts encore nécessaires pour achever d'ordonner sa vie au gré de Celui qui déjà. prenait en elle de si grandes complaisances.

En réalité, Dieu lui découvrait son habitation au dedans d'elle-même ; c'est là qu'elle se recueillera, à l'exemple de sainte Thérèse, à l'instar de la vierge de Sienne : « Puisque je ne puis rompre avec le monde et vivre solitaire, ah ! du moins, donnez-moi la solitude du cœur ; que je vive avec vous dans une intime union ; que rien ne puisse me distraire de vous ; que ma vie soit une oraison continuelle.

» Vous le savez bien, mon divin Maître,, quand j'assiste à ces fêtes mondaines, ma consolation est de me recueillir et de jou