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1881

Après la naissance d'Élisabeth, les Catez restent environ 9 mois au Camp d'Avord puis s'installent à Auxonne, près de Dijon (en Côte d'Or) où la compagnie du capitaine Catez tient garnison à partir du 10 mai 1881. 

 

 

1882 

Madame Catez s'habitue difficilement à la vie d'Auxonne. Alors son attention est accaparée par sa fille. Elle raconte à ses parents : 

 

Auxonne dimanche19 juin 1881

Chère maman,

Un mot... pour répondre à ta chère lettre que j’ai seulement reçue hier soir. Ce matin nous sommes allés voir la procession et à la Grand-Messe ; l’après-midi à la musique... Je t’annonce que votre petite-fille a étrenné aujourd’hui une jolie toilette, que l’on a admiré à la musique. Depuis jeudi, où avait eu lieu la fête de la Sainte-Enfance et où nous avions vu à l’égliMonsieur et madame Rolland - parents de madame Catezse des enfants si bien aMadame Catezrrangés, Héloïse ne me laissait ni paix ni trêve que je n’ai acheté une robe claire à la petite. Élisabeth a été reçue à la Sainte-Enfance et a assisté à la Messe et au Salut ; elle est passée à l’Offrande et a embrassé le Christ, elle l’embrassait avant d’y arriver. Cette cérémonie religieuse et enfantine était belle ; chaque petit enfant avec une bannière. Vendredi j’ai dû m’exécuter et acheter des entre-deux en mousseline pour la robe de la petite, qui est un chef d’œuvre : elle est faite rien qu’avec des entre-deux et des petits plis, puis un haut volant brodé (à la mécanique) ; elle est sous un transparent en satin bleu pâle (coton) ; c’est un effet ravissant. Héloïse s’est levée hier à 4 heures pour y travailler ; moi j’ai fait les appartements ; les Guémard sont arrivés à 10 heures . Je ne pensais pas que la robe serait faite mais Héloïse a veillé jusqu’à 11 heures et demie ainsi que moi, et Élisabeth aujourd’hui était bien belle à la procession. A la musique, on a admiré la robe. Si seulement vous aviez pu voir votre petite-fille, c’était mon regret ! Elle était si bonne. Elle avait ta brassière à entre-deux de frivolité doublée en bleu, les jolis bas à jour. Je m’arrête, tu m’excuseras si je réponds mal à ta lettre, mais le temps me manque. ... Élisabeth n’a toujours pas percé de dents.

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La maladie qui emportera madame Rolland le 9 mai 1882 est l'occasion d'un courrier soutenu entre madame Catez et ses parents qui habitent à Saint Hilaire, dans l'Aude (près de Carcassonne).

Ainsi nous sont conservées les descriptions d'Élisabeth par sa mère :

 

vers le début avril 1882Elisabeth - vers deux ans

Élisabeth est très pénétrée de ta maladie ; non seulement elle prie, mais elle enseigne la prière à sa poupée : très dévotement elle vient de la faire mettre à genoux, j'aurais voulu que vous la vissiez. Après la Bénédiction des enfants , Héloïse l'a emmenée faire un tour à la musique et elle nous a dit que tout le monde la regardait en disant "Voyez comme elle est jolie !"

 

et encore, dans une lettre de la mi-avril 1882

 

Élisabeth qui babille si bien, l'amusera (madame Rolland, la maman de madame Catez) beaucoup, c'est une grande parleuse. Si vous l'entendiez chaque matin, lorsqu'elle traverse le salon, dire en regardant vos portraits : "Bonjour, papa Mond ! Et bonjour, maman Line !" Elle dit que papa Mond gronde Zabeth quand elle n'est pas sage ! Je vous annonce que la petite cuillère en argent est retrouvée ; on l'avait fourrée dans un tiroir qui m'était inconnu et c'est Ramiste qui l'a trouvée ce matin , dans le tiroir avec des chiffons et du blanc d'espagne. Élisabeth est bien capable de l'y avoir mise...

 

Le caractère de Sabeth surgit dans la lettre du 26 avril 1882

 

Élisabeth dort dans ce moment, elle va à ravir, elle a bien un peu d'éruption sur une joue, mais ce n'est rien. Elle a son couvert à table maintenant, elle boit de l'eau et du vin et sait très bien se servir de son verre toute seule. Comme sa pauvre grand-mère aimerait la voir, mais comme elle la fatiguerait, car elle est un pur diable, elle se traîne, il faut chaque jour une paire de pantalons blancs.

 

Élisabeth révèle très vite un tempérament passionné, coléreux, voire violent. Sa maman, en 1907, raconte :

 

... à un an sa nature ardente et colère se manifestait déjà, elle était très avancée pour parler et n'avait que 19 mois lorsque une maladie grave de ma mère m'appela en toute hâte dans le midi, une Mission fût prêchée pendant notre séjour et devait être clôturée par la Bénédiction des enfants, à cette occasion une religieuse vint me demander si la petite n'avait pas un bébé pour représenter le petit Jésus dans sa crèche, il devait être habillé avec une robe remplie d'étoiles dorées et méconnaissable aux yeux de l'enfant, je donnais donc le bébé qu'elle aimait tant. Le jour de la Bénédiction des enfants, j'amenais la petite Élisabeth à la cérémonie, les chaises de mes parents étant au premier rang de l'église et la crèche dans le chœur, 

l'Eglise de St Hilaire, dans l'Aude

 

l'enfant fut d'abord distraite par les personnes qui arrivaient, mais lorsque le Curé du haut de la chaire annonça la Bénédiction, Élisabeth jeta un regard sur la crèche, reconnut sa poupée et dans un transport de colère, les yeux furieux s'écria:

Elisabeth - vers deux ans

Méchant cuyé rendez-moi ma jeannette !

 sa bonne fût obligée de l'emporter au milieu de l'hilarité générale,

 

 

 

 

Et madame Catez conclut cette anecdote disant que 

 

...cette nature ardente et colère ne fit que s'accentuerGuite (Marguerite) - la soeur très aimée, à 12 mois

 

 

 

 

 

le regard d'Elisabeth sur cette photo en témoigne... qui contraste avec la douceur de Guite, sa petite soeur, sur une photo prise le même jour...

Elisabeth - peu avant quatre ans   

 

1887 - L'année qui fait date

Le 24 janvier décède monsieur Rolland, le père de madame Catez, qui vivait au foyer de ses enfants.

A ce premier choc affectif en succède un - plus proche encore - le dimanche 2 octobre, avec le décès de monsieur Catez

Elisabeth - vers 1885

O père, il y a dix années

Te frappait la cruelle mort !

Tu laissais ta veuve éplorée,

Tes enfants si jeunes encor ;

Et ton âme quittait la terre,

Le lieu d'exil et de misères,

Pour retourner au sein de Dieu

Dans la belle cité des Cieux.

C'est dans mes faibles bras d'enfant,

Ces bras qui te caressaient tant

Que dura ta courte agonie,

Le dernier combat de la vie !

Et j'essayais de retenir

Ce dernier, ce si long soupir !...

Monsieur Catez en uniforme de capitaine du 16ème escadron du train des équipages. Il porte la Légion d'honneur et la Croix de la valeur militaire. 

Protecteur de mon enfance,

Qui sus veiller avec constance

Sur tes chers petits enfants,

Je te promets bien que les ans

N'effaceront de ma mémoire

Le souvenir d'un père aimé

Qui par Jésus fut appelé,

Bien jeune, à l'éternelle gloire !

 

Poésie qu'Élisabeth écrit en 1897

 

Madame Catez entourée d'Elisabeth et de Guite

                     

 

 

 

Devant compter avec des moyens de subsister plus réduits, madame Catez déménage avec ses deux filles - toujours à Dijon - rue Prieur de la Côte d'Or. La maison est aujourd'hui disparue, mais par-dessus les toits, Élisabeth découvre le Carmel... 

 

 

 

 

 

1888 est l'année où Élisabeth révèle au chanoine Angles - un ami de la famille - son désir d'entrer dans la vie religieuse.

 

C'était au cours de vacances passées à Saint Hilaire (Aude).Le chanoine Angles raconte :

Le chanoine Angles - ami de la famille CatezC'était un soir. Les fillettes fatiguées de jouer avaient entamé une conversation enfantine. Élisabeth, elle, par une manœuvre rusée et savante, avait trouvé le moyen de se rapprocher de moi: elle était même parvenue à grimper sur mes genoux. Vite, elle se pencha à mon oreille et me dit: Monsieur Angles, je serai religieuse; je veux être religieuse !.. Elle avait, je crois sept ans .... 

Je me souviendrai longtemps de ce timbre angélique... Et aussi de l'exclamation quelque peu irritée de sa mère: Qu'est-ce qu'elle dit, la petite folle ? 

St Hilaire (Aude) - l'Abbaye

Madame Catez sait bien sous quel cloître elle vint me retrouver le lendemain. Anxieuse, elle me demandait si je croyais sérieusement à une vocation; et moi, je répondis une parole qui, comme un glaive, transperça son âme: J'y crois !