|
La maladie qui emportera madame Rolland
le 9 mai 1882 est l'occasion d'un courrier soutenu entre
madame Catez et ses parents qui habitent à Saint
Hilaire, dans l'Aude (près de Carcassonne).
Ainsi nous sont conservées les descriptions d'Élisabeth
par sa mère :
vers le début avril 1882
Élisabeth est très pénétrée de ta maladie ; non seulement
elle prie, mais elle enseigne la prière à sa poupée : très dévotement
elle vient de la faire mettre à genoux, j'aurais voulu que vous la
vissiez. Après la Bénédiction des enfants , Héloïse l'a emmenée faire un
tour à la musique et elle nous a dit que tout le monde la regardait en
disant "Voyez comme elle est jolie !"
et encore, dans une lettre de la mi-avril 1882
Élisabeth qui babille si bien, l'amusera (madame Rolland,
la maman de madame Catez) beaucoup, c'est une grande parleuse. Si vous
l'entendiez chaque matin, lorsqu'elle traverse le salon, dire en
regardant vos portraits : "Bonjour, papa Mond ! Et bonjour, maman Line
!" Elle dit que papa Mond gronde Zabeth quand elle n'est pas sage ! Je
vous annonce que la petite cuillère en argent est retrouvée ; on l'avait
fourrée dans un tiroir qui m'était inconnu et c'est Ramiste qui l'a
trouvée ce matin , dans le tiroir avec des chiffons et du blanc d'espagne.
Élisabeth est bien capable de l'y avoir mise...
Le caractère de Sabeth surgit dans la lettre du 26 avril
1882
Élisabeth dort dans ce moment, elle va à ravir, elle a
bien un peu d'éruption sur une joue, mais ce n'est rien. Elle a son
couvert à table maintenant, elle boit de l'eau et du vin et sait très
bien se servir de son verre toute seule. Comme sa pauvre grand-mère
aimerait la voir, mais comme elle la fatiguerait, car elle est un pur
diable, elle se traîne, il faut chaque jour une paire de pantalons
blancs.
Élisabeth révèle très vite un tempérament passionné,
coléreux, voire violent. Sa maman, en 1907, raconte :
... à un an sa nature ardente et colère se manifestait
déjà, elle était très avancée pour parler et n'avait que 19 mois lorsque
une maladie grave de ma mère m'appela en toute hâte dans le midi, une
Mission fût prêchée pendant notre séjour et devait être clôturée par la
Bénédiction des enfants, à cette occasion une religieuse vint me
demander si la petite n'avait pas un bébé pour représenter le petit
Jésus dans sa crèche, il devait être habillé avec une robe remplie
d'étoiles dorées et méconnaissable aux yeux de l'enfant, je donnais donc
le bébé qu'elle aimait tant. Le jour de la Bénédiction des enfants,
j'amenais la petite Élisabeth à la cérémonie, les chaises de mes parents
étant au premier rang de l'église et la crèche dans le chœur,

l'enfant fut d'abord distraite par les
personnes qui arrivaient, mais lorsque le Curé du haut
de la chaire annonça la Bénédiction, Élisabeth jeta un
regard sur la crèche, reconnut sa poupée et dans un
transport de colère, les yeux furieux s'écria:

Méchant cuyé rendez-moi ma jeannette !
sa bonne fût obligée de l'emporter au milieu de
l'hilarité générale,
Et madame Catez conclut cette anecdote
disant que
...cette nature ardente et colère ne fit que s'accentuer
le regard d'Elisabeth sur cette photo en témoigne... qui
contraste avec la douceur de Guite, sa petite soeur, sur une photo prise
le même jour...
1887 - L'année qui fait date
Le 24 janvier décède monsieur Rolland, le père de
madame Catez, qui vivait au foyer de ses enfants.
A ce premier choc affectif en succède un - plus proche
encore - le dimanche 2 octobre, avec le décès de monsieur Catez

O père, il y a dix années
Te frappait la cruelle mort !
Tu laissais ta veuve éplorée,
Tes enfants si jeunes encor ;
Et ton âme quittait la terre,
Le lieu d'exil et de misères,
Pour retourner au sein de Dieu
Dans la belle cité des Cieux.
C'est dans mes faibles bras d'enfant,
Ces bras qui te caressaient tant
Que dura ta courte agonie,
Le dernier combat de la vie !
Et j'essayais de retenir
Ce dernier, ce si long soupir !...
Protecteur de mon enfance,
Qui sus veiller avec constance
Sur tes chers petits enfants,
Je te promets bien que les ans
N'effaceront de ma mémoire
Le souvenir d'un père aimé
Qui par Jésus fut appelé,
Bien jeune, à l'éternelle gloire !
Poésie qu'Élisabeth écrit en 1897

Devant compter avec des moyens de
subsister plus réduits, madame Catez déménage avec ses
deux filles - toujours à Dijon - rue Prieur de la Côte
d'Or. La maison est aujourd'hui disparue, mais
par-dessus les toits, Élisabeth découvre le Carmel...
1888 est l'année où Élisabeth
révèle au chanoine Angles - un ami de la famille - son
désir d'entrer dans la vie religieuse.
C'était au cours de vacances passées à
Saint Hilaire (Aude).Le chanoine Angles raconte :
C'était
un soir. Les fillettes fatiguées de jouer avaient entamé une
conversation enfantine. Élisabeth, elle, par une manœuvre rusée et
savante, avait trouvé le moyen de se rapprocher de moi: elle était même
parvenue à grimper sur mes genoux. Vite, elle se pencha à mon oreille et
me dit: Monsieur Angles, je serai religieuse; je veux être religieuse
!.. Elle avait, je crois sept ans ....
Je me souviendrai longtemps de ce timbre angélique... Et
aussi de l'exclamation quelque peu irritée de sa mère: Qu'est-ce qu'elle
dit, la petite folle ?

Madame Catez sait bien sous quel cloître elle vint me
retrouver le lendemain. Anxieuse, elle me demandait si je croyais
sérieusement à une vocation; et moi, je répondis une parole qui, comme
un glaive, transperça son âme: J'y crois ! |