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Dans
une joie profonde elle poursuit :
En cette matinée de l'épiphanie,
la plus belle de ma vie, quoique déjà le Maître m'ait fait passer des
jours si divins qui ressemblent bien à ceux que l'on passe en son
paradis, en ce jour où vont se réaliser tous mes vœux et où je vais
enfin devenir « épouse du Christ », voulez-vous, cher monsieur le
Chanoine, offrir le Saint Sacrifice pour votre carmélite; puis
donnez-la afin qu'elle soit toute prise, tout envahie et qu'elle puisse
dire avec saint Paul: «Je ne vis plus, c'est le Christ qui vit en moi .»
(L 151 - Au
Chanoine Angles)
Cependant,
comme l'écrit sa Prieure, Mère Germaine :
 
Commencée
dans la joie, cette retraite se poursuivit dans une recrudescence de
tortures intimes
telles que, la veille du grand jour, la pauvre novice était au comble
de l'angoisse. Un entretien ménagé avec un religieux prudent et
éclairé la réconforta vers le soir.
Sœur
Marie de la Trinité, sous-prieure, reçoit un billet où transpire
l'angoisse d'Élisabeth. Elle raconte :
Je me souviens encore du mot désespéré que je
trouvai sur notre chaire en venant à vêpres la veille de sa
profession.
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Je viens de voir Notre Mère qui m'a avoué son
inquiétude de me voir prononcer mes vœux dans un pareil état
d'âme. Priez pour votre petite qui est au comble de l'angoisse. |
Notre Mère elle même commençait à craindre et à
être indécise. Elle fit venir le Père Vergne la veille du 11 et après
lui avoir parlé longuement de Sœur Élisabeth il fut convenu que le Père
l'examinerait à fond et que s'il trouvait quelque chose de sérieux,
d'inquiétant qui put motiver un retard, tout au moins dans la
profession, il demanderait notre Mère après la pauvre novice et que
si, au contraire, il ne la demandait pas elle pouvait avancer. Le Père
ne demanda pas notre Mère et comme Sœur Élisabeth dit avoir été très
apaisée calmée par cette ouverture au Père, notre Mère fut rassurée.
De
23 h à 24 h en ce 10 janvier 1903, les sœurs, en une "heure
sainte", accompagnent de leur prière celle qui va s'engager pour
toujours à la suite du Christ, pour le service de l'église.
Lorsqu'elle
écrit au chanoine Angles en juillet de cette même année 1903, Élisabeth
lui confie la grâce qu'elle a reçue alors :

En
la nuit qui précéda le grand jour, tandis que j'étais au chœur dans
l'attente de l'époux, j'ai compris que mon
Ciel commençait sur la terre, le Ciel dans la foi, avec la souffrance
et l'immola tion pour Celui que
j'aime!... Je voudrais tant l'aimer, l'aimer comme ma séraphique Mère jusqu'à en mourir: « O charitatis
Victima », chantons-nous le jour de sa fête, et voilà toute mon
ambition: être la proie de l'amour !...
Il me
semble qu'au Carmel cela est si simple de vivre d'amour; du matin au
soir la Règle est là pour nous exprimer instant par instant la
volonté du bon Dieu. Si vous saviez comme je l'aime, cette Règle qui
est la forme en laquelle Il me veut sainte: je ne sais si j'aurai le
bonheur de donner à mon époux le témoignage du sang, mais du moins,
si je mène pleinement ma vie de carmélite, j'ai la consolation de
m'user pour Lui, pour Lui seul . Alors qu'importe l'occupation en
laquelle Il me veut: puisqu'Il est toujours avec moi, l'oraison, le cœur
à cœur ne doit jamais finir! Je le sens si vivant en mon âme, je n'ai
qu'à me recueillir pour le trouver au-dedans de moi, et c'est cela qui
fait tout mon bonheur ; Il a mis en mon cœur une soif d'infini et un si
grand besoin d'aimer
que
Lui seul peut rassasier: alors je vais à Lui, comme le petit enfant à
sa mère, pour qu'Il comble, qu'Il envahisse tout, et qu'il me prenne et
m'emporte en ses bras; il me semble qu'il faut être si simple
avec le bon Dieu.
(
L169 au Chanoine Angles)
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Nous
célébrons trois mystères en ce jour. Aujourd'hui l'étoile a
conduit les mages vers la crèche ; aujourd'hui l'eau fut
changée en vin aux noces de Cana ; aujourd'hui le Christ a
été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver,
alléluia.
(Liturgie : antienne des Cantiques évangéliques
du jour de l'Epiphanie) |
En ce dimanche de l'épiphanie, après la Messe de 8 heures, les sœurs
gardent leur manteau blanc. Mère Germaine fait signe et elles se
rendent à la salle du Chapitre.
Elles tiennent à la main un
cierge allumé.
Les chantres ont entonné l'hymne O gloriosa Virginum
et la procession s'ébranle.
Élisabeth ferme vient en dernier, avec
Mère Germaine, la Prieure. Elle a laissé ceinture, scapulaire et
manteau.
O gloriosa
Virginum
Sublimis
inter sidera,
Qui te
creavit, parvulum
Lactente
nutris ubere.
Quod Héva
tristis abstulit,
Tu reddis
almos germine :
Intrent ut
astra flebiles,
Caeli
recludis cardines.
Tu Regis
alti janua,
Et aula
lucis fulgida :
Vitam datam
per Virginem,
Gentes
redemptae, plaudite
Jesu, tibi
sit gloria,
Qui natus
es de Virgine,
Cum Patre
et almo Spiritu,
In
sempiterna saecula. Amen
Ce qu'Élisabeth
pense à ce moment-là, elle le confiera plus tard. Et Mère Germaine
rapportera :

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... elle gravissait les
degrés conduisant à la salle du Chapitre, toute saisie par
l'idée d'immolation qu'exprimait en ce jour le capitule
(lecture) des vêpres : "Mes frères, je vous conjure
par la miséricorde de Dieu, de lui offrir vos corps comme une
hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, capable d'un culte
spirituel "
(Lettre
de St Paul aux Romains, chapitre 12, verset 1) |
En chantant, les
sœurs arrivent au premier étage et elles entrent dans la salle du
Chapitre.

Celle-ci est magnifiquement ornée de fleurs. La Communauté
se range en deux chœurs, les plus anciennes prenant place près de
l'autel. Mère Germaine se tient debout, près de la chaire de la
Prieure, tandis qu'Élisabeth s'agenouille devant elle.

Restées au
milieu de la pièce, les chantres entonnent :
- Prie
pour elle, sainte Mère de Dieu
La Communauté répond
:
- Qu'elle
soit rendue digne des promesses du Christ
Après avoir prononcé l'oraison, Mère Germaine
s'assied. Elle tient un bénitier dans sa main droite. On découvre à
sa gauche le scapulaire, le manteau et la ceinture d'Élisabeth.
La cérémonie se poursuit avec l'interrogatoire de la
novice.
Mère Germaine demande à Élisabeth :
- Que demandez-vous ?
Élisabeth répond :
- La miséricorde de Dieu, la pauvreté de
l'Ordre et la compagnie des Sœurs.
En une brève exhortation Mère Germaine rappelle alors
à Élisabeth ce que c'est que de faire Profession et de vivre
obéissante, pauvre et chaste.
Puis l'échange entre la Prieure et la novice se
poursuit :
Mère Germaine :
- N'est-ce
pas de votre bon gré et franche volonté, que vous avez pris l'habit de
notre Ordre, et que vous désirez maintenant faire votre Profession ?
Élisabeth :
- Oui
!
Mère Germaine :
- Voulez-vous
donc faire votre Profession pour le seul amour et crainte de
Notre-Seigneur ?
Élisabeth :
- Oui,
avec la grâce de Dieu et les prières des Sœurs.
Vient alors le
moment de l'émission de la Profession.
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Élisabeth met ses mains entre
celles de sa Prieure, tenant le papier sur lequel elle a écrit sa
Profession.
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Elle dit :
Je,
Sœur Élisabeth de la Trinité, fais ma Profession, et promets
Chasteté,
Pauvreté et Obéissance à Dieu Notre-Seigneur,
et à la
Bienheureuse Vierge Marie,
sous
l'autorité de Monseigneur l'évêque et de nos légitimes Supérieurs,
selon
qu'ils sont établis sur notre Ordre,
par les
Bulles et les Brefs de nos Saint-Pères les Papes.
Et fais
cette Profession
selon la
Règle primitive de l'Ordre dit du Mont-Carmel qui est sans
mitigation,
et ce
jusqu'à la mort
Mère Germaine
se lève alors pour bénir la nouvelle Professe en prononçant les
prières d'usage.
Puis Marie de la
Trinité - sous-prieure - s'avance et s'approche d'Élisabeth, qui
est toujours à genoux. Mère Germaine prononce sur le scapulaire, le
manteau et la ceinture les bénédictions qui leur sont propres et Marie
de la Trinité aide Élisabeth à s'en revêtir.
Mère Germaine
bénit Élisabeth en jetant sur elle de l'eau bénite.
Puis elle
entonne le Te Deum.
Les Sœurs, qui
étaient agenouillées durant le temps de la Profession, se relèvent et
poursuivent l'hymne en chœurs alternés.
Mère Germaine
reprend son cierge, tandis qu'Élisabeth dépose le sien. Elle se rend,
conduite par Marie de la Trinité, au milieu du Chapitre où un tapis de
grosse serge est étendu. Elle se prosterne là, les bras en croix. Pendant ce temps la cloche du Monastère sonne.
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Te Deum
laudamus :
te Dominum confitémur.
Te aetérnum Patrem omnis terra veneratur.
Tibi omnes Angeli : * tibi coeli et univérsae potestates.
Tibi Cliérubim et Séraphim : * incessabili voce proclamant.
Sanctus, Sanctus, Sanctus * Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt coeli et terra * majestatis gloriae tuae.
Te gloriosus * Apostolorum chorus.
Te Prophetarum * laudabilis numerus.
Te Martyrum candidatus * laudat exércitus.
Te per orbem terrarum,* sancta confitétur Ecclésia.
Patrem * imménsae majestatis.
Venerandum tuum verum * et unnicum Filium.
Sanctum quoque * Paraclitum Spiritum.
Tu Rex gloriae * Christe.
Tu Patris * sempitérnus es Filius.
Tu ad liberandum suscepturus hominem * non horruisti Virginis uterum.
Tu devicto mortis aculeo: * aperuisti credéntibus regna
coelorurn.
Tu ad déxteram Dei sedes : * in gloria Patris.
Judex créderis * esse venturus.
Te ergo quaesumus tuis famulis subverii : * quos pretioso sanguine
redemisti.
Ætérna fac cum sanctis tuis : * in gloria numerari.
Salvum fac populum tuum Dômine : * et bénedic hæreditati tuæ.
Et rege eos : * et extolle illos usque in aetérnum.
Per singulos dies : * benedicimus te.
Et laudamus nomentuum in saeculum : * et in sæculum saeculi.
Dignare, Domine, die isto : * sine peccato nos custodire.
Miserere nostri, Domine : * miserére nostri.
Fiat misericordia tua , Domine, super nos : * quemadmodum speravimus in te.
In te Domine speravi, non confundar in ætérnum. |
A toi, Dieu, notre louange !
nous t'acclamons :
tu es Seigneur !
à toi, Père éternel,
l'hymne de l'univers.
Devant toi se prosternent les archanges,
les anges et les esprits des cieux ;
ils te rendent grâce ;
ils adorent et ils chantent
Saint, Saint, Saint, le Seigneur,
Dieu de l'univers ;
le ciel et la terre sont remplis de
ta gloire.
C'est toi que les Apôtres glorifient,
toi que proclament les prophètes,
toi dont témoignent les martyrs ;
c'est toi que par le monde entier
l'église annonce et reconnaît.
Dieu, nous t'adorons
Père infiniment saint,
Fils éternel et bien-aimé,
Esprit de puissance et de paix.
Christ, le Fils du Dieu vivant,
le Seigneur de la gloire,
tu n'as pas craint de prendre chair
dans le corps d'une vierge
pour libérer l'humanité captive.
Par ta victoire sur la mort,
tu as ouvert à tout croyant
les portes du Royaume ;
tu règnes à la droite du Père ;
tu viendras pour le jugement.
Montre-toi le défenseur et l'ami
des hommes sauvés par ton sang
prends-les avec tous les saints
dans ta joie et dans ta lumière. |
A la fin du Te Deum, tandis qu'Elisabeth reste prosternée, Mère
Germaine et les sœurs disent le Notre Père. Enfin Mère Germaine
dit les prières conclusives de la cérémonie.
Marie de la Trinité fait alors relever Élisabeth et la mène à
l'autel. Celle-ci s'agenouille et le baise. Puis elle se dirige vers
Mère Germaine, s'agenouille devant elle et baise sa main.
Puis elle se tourne vers les sœurs et elle embrasse chacune,
pendant que la Communauté chante le Psaume 132 :
Oui, il est
bon, il est doux pour des frères
de vivre
ensemble et d'être unis !
On dirait
un baume précieux, un parfum sur la tête,
qui descend
sur la barbe d'Aaron,
qui descend
sur le bord de son vêtement.
On dirait
la rosée de l'Hermon
qui descend
sur les collines de Sion.
C'est là
que le Seigneur envoie la bénédiction,
la vie pour
toujours
Gloire au
Père et au Fils et au Saint Esprit
pour les
siècles des siècles. Amen
Dans le silence
et le recueillement la Communauté quitte le Chapitre. Élisabeth rentre
dans sa cellule. Elle emporte le Christ que vient de lui remettre Mère
Germaine, après l'émission de ses vœux.
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Qui
pourrait dire la joie de mon âme lorsque, contemplant le Christ
que j'avais reçu après ma profession
et que notre Révérende Mère a placé «comme un sceau
sur mon coeur », j'ai pu
me dire: «Enfin Il est tout à moi, et je suis tout à Lui, je
n'ai plus que Lui, Il m'est Tout
! » Et maintenant je n'ai plus qu'un désir, l'aimer,
l'aimer tout le temps, zéler son honneur comme une véritable
épouse, faire son bonheur, le rendre heureux en Lui faisant une
demeure et un abri en mon âme...
(L
156 à Madame Angles) |
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Ce grand crucifix (22, 5 X 11,5 cm,
pesant 270 gr) qu'elle portait sur son cœur après sa
profession est en bois noir enchâssé dans du cuivre. Bien que
« de série », le Christ est beau néanmoins. Au pied du
crucifix, la date de la profession, 11 janvier 1903 ; au
dos de la poutre transversale, une inscription gravée dans le
bois: Amo Christum (J'aime le Christ) ; c'était la
coutume au Carmel de Dijon. Sur la poutre verticale, les
religieuses pouvaient faire inscrire le texte de leur choix;
Élisabeth choisit Ga 2,20 : Vivo enim jam
non ego, vivit vero in me Christus (Je vis, mais ce n'est
plus moi; c'est le Christ qui vit en moi).
Au croisement des deux poutres se trouve un
emblème de cuivre représentant un cœur d'où sort une flamme,
transpercé par un poignard et entouré d'une couronne. Le
Carmel de Dijon était en effet dédié au Cœur agonisant de
Jésus et au Cœur transpercé de Marie. Toujours au dos
figurent les sigles M. T. en haut (sans doute la Vierge Marie et
sainte Thérèse) et, en bas, E. T. (Élisabeth de la Trinité).
Élisabeth tient ce crucifix entre ses mains sur plusieurs de
ses photos de carmélite. |
Elle retrouve la
paix. Elle est dans l'action de grâces.
Ce soir, à la
récréation, la joie s'extériorisera
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Dans
une secret profond je vais m'ensevelir,
Ensevelie
en Dieu, je vais vivre et mourir.
O
mon Verbe adoré, ton amour est ma vie,
Laisse-moi
me plonger en ta paix infinie
(fragment
de la poésie qu'Élisabeth chanta à ses sœurs le soir de sa
Profession) |
Une Profession aujourd'hui
Elle
reçoit le voile noir le 21 janvier suivant...
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