Le symbole par excellence de cette pureté est le
manteau blanc manteau blanc que les carmélites portent sur l’Habit au
moment de l’Eucharistie et pour les Officies liturgiques les plus
solennels. c’est une des raisons pour lesquelles Elisabeth souhaite
tant revêtir l’Habit de la Vierge.
|
Avec
quelle joie j'ai chanté l'Alleluia, enveloppée du blanc manteau,
revêtue de ces chères livrées que j'ai tant désirées.
L 11 au Chanoine Angles, 7
avril 1902 |
- le 8 décembre, en 1901, est un dimanche…
coïncidence
qui fut une grande joie pour cette âme toujours plus appliquée au
mystère de la sainte Trinité : la Vierge toute pure l'offrait comme
une hostie de louange à la gloire des trois divines Personnes.
Le mercredi 4 décembre, au soir,
Élisabeth entre en
retraite pour trois jours.
|
Je
vais me préparer au beau jour des fiançailles par une retraite
de trois jours. Oh! voyez-vous, quand j'y pense je ne me sens déjà
plus sur la terre! Priez beaucoup pour votre petite carmélite
afin qu'elle soit toute livrée, toute donnée et qu'elle réjouisse
le Cœur de son Maître. Je voudrais Lui donner dimanche quelque
chose de si bien, car je l'aime tant mon Christ...
L
99 – 1er décembre 1901, au Chanoine Angles |
Mère Germaine, sa Prieure et maîtresse des
novices – et donc témoin privilégié de ce que pouvait vivre Élisabeth, se fera l’écho de ces moments en racontant dans les Souvenirs :
Toute à l'action de grâce, sœur
Élisabeth de, la
Trinité s'en remit, pour sa préparation, à Celui-là même dont elle
se savait tant aimée. Le divin Maître répondit à son attente,
opérant en son âme des effets si puissants qu'elle semblait parfois
défaillir. « Je ne puis plus porter ce poids de grâces »,
disait-elle…. Ainsi sœur Élisabeth de la Trinité était-elle
préparée par Dieu même à la transformation intérieure dont sa
vêture n'était pour elle que le symbole.

En ce
dimanche 8 décembre, une animation élégante
envahit les locaux d’accueil du Carmel de Dijon.
Les regards
convergent vers Élisabeth dans une belle robe de mariée. Paisible,
elle
se fait toute à tous.
Elle est admirablement coiffée. Madame Catez qui
voulait en effet que sa fille soit parfaite en a profité pour demander
à un coiffeur de venir s’occuper d’Élisabeth. Celle-ci, sans sortir
de ce recueillement qui la caractérise, s’est prêtée au désir de
sa mère.
- comment voulez-vous être coiffée, lui demanda le
coiffeur en lui présentant les journaux de mode ?
-
le plus simplement et le plus vivement possible,
répond Élisabeth.
L’homme de l’art s’acquitta de sa tâche dans
le silence auquel l’entraînait l’air un peu absent d’Élisabeth.
Puis, à la fin, lui présentant le miroir :
- Mademoiselle, êtes-vous
satisfaite ?
Elle, de répondre gentiment, en repoussant l’objet:
-
C'est certainement bien, merci
Impressionné le coiffeur confia à la sœur tourière
qui le raccompagnait :
- Ce n'est pas une jeune fille comme les autres. J'en
suis tout ému.
Et à sa femme, qui le rapportera aux sœurs, il
confiera :
- J'ai coiffé une sainte

Et voici le fils aîné du Vicomte d’Avout qui
vient s’incliner devant Élisabeth pour la féliciter. Fiancé depuis
peu, il se marie dans deux mois. Élisabeth lui dit :
-
Vous êtes heureux, mais moi je le suis bien
plus que vous.
Et de fait elle rayonne, impressionnant son entourage
par ce regard qui frappait tant ses amis qui, au milieu de l’une ou l’autre
rencontre mondaines la surprenaient attentive à une autre Présence.
Madame Hallo est là avec Marie-Louise
et Charles.
L’amitié
entre Marie-Louise et Elisabeth s’est nouée sur les bancs du
catéchisme de première Communion.
Autre amie d’enfance : Alice
Cherveau.

Madame de Sourdon est venue
aussi avec sa fille
Marie-Louise.


Et puis un vieil ami de madame Catez, la mère d’Elisabeth
: le Vicomte d’Avout est là avec sa famille. Madame Catez lui a
demandé de tenir auprès d’Elisabeth le rôle de son père défunt et
il est très ému à la pensée de la conduire tout-à-l’heure à
l’autel.
D’autres amis sont très
proches par la
pensée : Marie-Louise Ambry et le cher Chanoine Angles, cet allié
fidèle d’Elisabeth. Il a encore exhorté Madame Catez, qui ne se
résigne pa
s
totalement à cette séparation d’avec sa fille qu’implique
le Carmel : Laissez faire !…Vous avez donné votre enfant, ne
cherchez pas à la retenir. Il vous est indifférent, je crois, qu'elle
soit en robe de postulante, ou en habit de religieuse. Pour vous, c'est
la même chose. Pour elle, c'est différent. Elle n'a, soyez en
assurée, aucune volonté, aucun désir. Elle se laisse faire, livrée
comme elle l'est au Souffle de Dieu. Tenez pour sûr, qu'il vaut mieux
pour vous la savoir vivante et heureuse dans ce cloître où elle a
été appelée, que de la voir dépérir tous les jours auprès de vous,
jusqu'à un dénouement qui serait fatal.

Ces quelques heures de retrouvailles passent vite.
Déjà la cloche du Monastère sonne. Les amis se rendent ensemble à la
Chapelle où la « ville de Dijon », une fois encore, vient
rendre hommage à la « petite Catez ». Mais ce n’est pas
pour l’entendre évoquer le mugissement des vagues du Nautonier de
Diemer ou se laisser porter par la passion qui soulève son
interprétation de Chopin.
Aujourd’hui
Élisabeth les invite à entrer
dans la louange de la Trinité.

Monseigneur le Nordez, évêque de Dijon, préside
les Vêpres solennelles de l’Immaculée Conception.
Au bras de Monsieur d’Avout Elisabeth s’avance
vers le chœur et s’installe. L’Office commence.
Après l’intonation, le chœur de chant de Saint
Michel dont Élisabeth faisait partie, entonne la première
antienne : Toute belle êtes-vous, ô Marie, et la tache
originelle n’est point en vous.

Ecrasée sous le poids de grâces qui l’assaillent
depuis le début de son postulat, Élisabeth donne l’impression d’être
étroitement unie à Dieu. Elle confiera d’ailleurs à sa Prieure que
pendant la cérémonie elle avait perdu le sentiment des personnes et
des choses qui l'entouraient.
Avec quelle exultation chante-t-elle le Magnificat qu’introduit
l’antienne : Aujourd’hui est sorti un rejeton de la racine
de Jessé : aujourd’hui Marie a été conçue sans aucune
tache de péché : aujourd’hui la tête de l’ancien serpent
a été écrasée par elle, alléluia.
|
Mon
âme exalte le Seigneur,
exulte
mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s'est penché sur son
humble servante ;
désormais, tous les âges me dirent bienheureuse.
Le Puissant fit pour mi des merveilles ; Saint est
son nom !
Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le
craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les
superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève
les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches
les mains vides.
Il relève Israël,, son serviteur, il se souvient
de son amour,
de
la promesse faite à nos pères,
en faveur d'Abraham et de sa race, à jamais.
|

A l’issue des Vêpres, le Père Vallée, grand ami
du Carmel, monte en chaire. Avec l’éloquence qui caractérise l’Ordre
des Prêcheurs – dont il fait partie - il prêche sur la Vierge
Immaculée, fête du jour, en partant du Livre de l'Apocalypse (Ap 14,1-3;
Ap
4
).
Sa voix résonne encore aux oreilles de ses auditeurs
lorsque Monseigneur le Nordez se lève, imité par la nombreuse
assistance. Il va accompagner Élisabeth à la porte de clôture.
Celle-ci sort de la Chapelle en suivant la procession épiscopale.
De leur côté, les sœurs sont sorties de la
Chapelle. Elles se sont rendues à l’Avant-Chœur. Là elles pris ont
chacune un cierge. L’une d’elles s’est chargée de la Croix et
deux autres ont pris un chandelier.

Lorsque la porte de clôture s’ouvre devant Élisabeth,
elle découvre ses sœurs rangées en deux chœurs tournés l’un vers
l’autre. La Croix lui fait face. En l'accueillant, Mère Germaine
remarque le recueillement profond d'Élisabeth et comprend ce que vit
intérieurement sa fille ; malgré son respect devant l’œuvre de Dieu,
elle ne peut s’empêcher de se demander comment se terminera la
cérémonie…. En
échange d'un cœur totalement à Lui, le divin Maître comblait la
généreuse novice d'une plénitude d'amour dont elle ne pouvait plus
soutenir les effets.
Les chantres entonnent l’hymne O gloriosa Virginum,
tandis qu’Elisabeth s’agenouille pour adorer la Croix.
Puis la Communauté rentre au Chœur et chacune va
prendre place près de la grille. Monseigneur le Nordez, qui est
retourné à la Chapelle commence l’entretien rituel avec Élisabeth

- Que demandez-vous ?
-
La miséricorde de Dieu, la pauvreté de l'Ordre
et la compagnie des sœurs
- Ne venez-vous pas de votre bon gré et franche
volonté pour recevoir l'habit de cette Religion ?
-
Oui, mon Père.
- Voulez-vous donc entrer en cette Religion pour le
seul amour et crainte de Notre-Seigneur ?
- Oui, avec la grâce
de Dieu , et les prières
des Sœurs.
- Que Dieu achève en vous ce qu’il a commencé
Puis à l’invitation de l’évêque,
Élisabeth et
Mère Germaine sortent.
Monseigneur le Nordez bénit alors le manteau, le
scapulaire, la ceinture et le grand voile qui ont été déposés sur un
petit banc près de la grille.
Une petite attente précède le retour de Mère
Germaine et d’Elisabeth. Celle-ci est maintenant revêtue de la robe,
d’un petit voile et des « alpargates » souliers à
semelles de chanvre que portent les carmélites.
Élisabeth
retrouvant son cierge s’agenouille près
de la grille.
Mons
eigneur le Nordez prononce les prières d’usage
puis fait le signe de la Croix sur chaque partie de l’habit que Mère
Germaine lui présente avant d’en vêtir Élisabeth.
Et celle-ci se retrouve avec le manteau blanc et le
voile blanc des novices.

Alors Monseigneur le Nordez et son clergé s’agenouillent.
Les Sœurs puis l’assemblée en font autant et l’évêque entonne l’hymne
Veni Creator Spiritus.
|
VENI, Creator spíritus,
Mentes
tuorum visita,
Imple
supérna grátia,
Quae
tu creásti péctora.
Qui díceris Paráclitus,
Altíssimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, cáritas,
Et spiritális únctio.
Tu septifórmis munere,
Dígitus patérnae déxterae,
Tu rite promíssum Patris,
Sermóne ditans guttura.
Accénde lumen sénsibus,
Infúnde amórem córdibus,
Infírma nostri córporis
Virtute
firmans pérpeti.
Hostem
repéllas lóngius,
Pacémque dones prótinus :
Ductóre sic te praevio
Vitémus omne nóxium.
Per te sciámus da Patrem,
Noscámus atque Fílium,
Teque utriusque Spíritum
Credamus honni témpore
Sit
laus Patri cum Fílio,
Sancto
simul Paráclitó,
Nobísque
mittat Fílius
Charisma
sancti Spiritus.
Amen. |

 |
Après la première strophe les sœurs se lèvent et
les chœurs se tournent l’un vers l’autre.
Mère Germaine dépose son cierge et emmène
Élisabeth au milieu du chœur, où un tapis de grosse serge est étendu,
entouré de fleurs et de verdure.
Elisabeth se prosterne sur le tapis, les bras en
forme de Croix et demeure ainsi jusqu’à la fin de l’hymne et des
prières qui lui succèdent.


Puis la
nouvelle novice se relève. Mère Germaine la
conduit à l’autel du chœur, devant lequel Élisabeth se met à
genoux. Elle le baise pour signifier qu’elle se dédie au service de
Dieu. Puis elle baise la main de sa Prieure. Celle-ci la conduit alors
vers les sœurs qu’Élisabeth embrasse pendant qu’elles chantent le
Psaume 133

La cérémonie de la vêture proprement dite est
achevée.
L’assemblée, dans l’action de grâce s’apprête
à recevoir la bénédiction du Saint Sacrement.
Avec beaucoup de délicatesse les amies d’Élisabeth
ont choisi pour ce Salut les Cantiques que celle-ci apprécie.
De toute son âme
Élisabeth fait sienne cette prière
(un Cantique de Gounod inspiré des paroles d’Athalie de Racine) qu’elle
a demandé à Marie-Louise Hallo et à Alice Cherveau de chanter en
duo : D’un cœur qui t’aime.

D'un cœur qui t'aime,
mon Dieu, qui peut troubler la paix?
Il cherche en tout ta volonté suprême,
et ne se cherche jamais.
Sur la terre, dans le ciel même,
est-il d'autre bonheur que la tranquille paix
d'un cœur qui t'aime ?
Monseigneur Le Nordez bénit Elisabeth, ses sœurs et tous ceux qui
se sont unis à leur joie.
Et les sœurs se retirent en chantant le Psaume 66

Au soir de ce jour,
Élisabeth retrouve les sœurs en rencontre
communautaire. Laissant déborder sa joie elle leur chante, sur l’« Air
du carillon du Carmel » :
Oh, laissez-moi en ce beau jour
Oui, laissez-moi chanter l'Amour,
L'Amour qui me fait prisonnière
Pour me consumer tout entière.
Enfin me voilà fiancée.
J'ai revêtu l'humble livrée.
Enveloppée du blanc manteau,
Partout je suivrai mon Agneau.
Lui et moi sommes si heureux
Et nous voilà partis tous deux
Jusques en la Maison du Père,
Séjour de paix et de lumière.
Qu'il fait bon en la Trinité,
Tout est clarté et charité.
O Christ, toi qui daignas me prendre
Tiens-moi, je ne veux plus descendre.
Chez ces Trois, je fixe ma tente,
Je suis petite, peu encombrante,
Ne fatiguant point mon Agneau
A m'emmener bien haut, bien haut.
Un cœur trop plein ne peut plus dire.
Sur ma lèvre «merci» expire,
Mère, de votre tout petit,
Acceptez ce naïf merci.
Sur votre aile au pays de l'amour,
Bon Ange, emmenez-moi toujours.
O conduisez-moi face au Père,
En sa clarté, en sa lumière.
Et vous toutes qui pour mon cœur
Depuis longtemps être mes sœurs,
En vous suivant toute petite
Je deviendrai vraie carmélite.
Un jour en la Cité du Ciel
Se retrouvera le Carmel,
Sous le blanc manteau de Marie
Toutes nous serons réunies.
Suivant partout l'Agneau mystique
Nous chanterons le doux cantique
Et contemplerons les clartés
De l'immuable Trinité.